Églises en mutation - L’acquisition des églises par les municipalités s’accélère

Des 57 églises de propriété municipale, 21 ont été achetées dans les deux dernières années. La valeur de la majorité des transactions (36 sur 57) : la somme symbolique d’un dollar.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Des 57 églises de propriété municipale, 21 ont été achetées dans les deux dernières années. La valeur de la majorité des transactions (36 sur 57) : la somme symbolique d’un dollar.

Les fermetures d’églises se succèdent et font pression sur les petites municipalités du Québec. C’est qui ressort du troisième volet d’une enquête menée par le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) dans toutes les régions de la province.

L’acquisition des églises par les municipalités est devenue une « tendance lourde », selon le président de l’organe-conseil, Denis Boucher. Selon lui, les intervenants municipaux étaient à peu près absents il y a cinq ans. « On est dans une accélération du phénomène », affirme-t-il.


Des 57 églises de propriété municipale, 21 ont été achetées récemment, soit dans les deux dernières années. La valeur de la majorité des transactions (36 sur 57) : la somme symbolique d’un dollar.


Les petites agglomérations rurales de moins de 5000 habitants raflent la palme à ce titre avec 35 lieux de cultes entrés dans le giron municipal. Ceux-ci ont une valeur patrimoniale et identitaire d’autant plus grande qu’ils marquent fortement la trame urbaine ou villageoise.


La vitalité immobilière des grandes villes ouvre plus facilement la voie à des projets privés, qui peuvent offrir des solutions de rechange intéressantes aux initiatives publiques. « Dans le reste du territoire, surtout dans les milieux ruraux, il n’y a pas cette capacité et les municipalités se voient obligées, souvent en réponse aux pressions des citoyens, de s’en porter acquéreurs », souligne M. Boucher.


Si les plus grandes villes propriétaires d’églises projettent souvent d’y installer des services de bibliothèque ou de centre communautaires, les plus modestes les achètent avant tout pour tenter de sauver le bâtiment de la ruine.


« Mais elles n’ont pas nécessairement de projets de conversion ou de réutilisation, note M. Boucher. Et là, on voit la difficulté pour les petites municipalités de trouver le financement, d’assurer l’entretien et de mettre sur pied un projet de transformation. Elles ont le moins de recours pour assurer l’avenir de ces bâtiments. »


Même si elles ne sont pas propriétaires, les municipalités jouent un rôle croissant dans la protection du patrimoine religieux et, plus largement, la conversion des églises.


L’enquête du CPRQ relève d’ailleurs l’importance pour les villes de se doter d’une politique culturelle, voire d’une politique du patrimoine, afin de mieux gérer la mutation des églises. Six municipalités québécoises ont une politique du patrimoine : Montréal, Québec, Victoriaville, Shawinigan, la MRC Les Maskoutains et Rivière-du-Loup, « la première et la plus précise quant aux actions à entreprendre » advenant la fermeture de ses églises.


Ces données font partie d’une enquête amorcée il y a deux ans par le CPRQ pour tracer le portrait et le bilan du patrimoine religieux.


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La mutation en chiffres

2751 Nombre de lieux de culte inventoriés en 2003 par Québec.

312 Nombre d’églises vendues, fermées ou transformées à ce jour, selon les plus récentes données de l’enquête du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

40 Nombre de celles qui ont gonflé la liste des églises en transition dans la dernière année.

57 Nombre d’églises appartenant à des municipalités. Parmi celles-ci : 35 ont été achetées par des agglomérations de moins de 5000 habitants, 14 ont été acquises par des villes de 5000 habitants à 45 000 habitants et 8 sont la propriété de grandes villes.