Hochelaga-Maisonneuve - Revitalisation

Dans l'est de Montréal, le quartier Hochelaga-Maisonneuve est encore pour beaucoup un endroit à éviter, sans intérêt, désolant et peu sécuritaire. Et pourtant, les choses sont en train de changer. Au coin d'Ontario et de Pie IX, l'ancienne usine de l'American Can est en passe de devenir un complexe artistique où se rejoignent toutes les disciplines. Un nouveau CLSC a été construit en 2002, des condominiums se bâtissent — au Carrefour Coubertin, entre autres. Depuis environ sept ans, près de 30 M$ ont été investis pour rénover quelque 1000 logements.

Quartier orphelin

Le Collectif en aménagement urbain d'Hochelaga-Maisonneuve (CAUHM) n'est pas étranger à ce vent de renouveau. Né en 1983 du regroupement d'organismes locaux, le CAUHM s'est donné pour mission d'améliorer la qualité de vie du quartier, notamment en freinant l'exode des ménages à revenu moyen et en amenant de nouveaux propriétaires occupants. Il y a du travail à faire!

«Entre 1961 et 1996, explique Jean Rouleau, coordonnateur au CAUHM, la population du quartier a diminué de 46 %, passant de 83 000 à 45 000 habitants. En 1995, il y avait 2400 logements vacants répartis sur le territoire, dont 870 barricadés ou en fort mauvais état. Début 1990, les propriétaires se sont cassé la gueule, il y avait des reprises de finance record; les banques et même les caisses fermaient. Nous sommes devenus ce qu'on appelle aux États-Unis un quartier orphelin, où il n'y a plus de contrôle, où toutes les problématiques peuvent exploser.»

Malgré l'état des choses, Hochelaga-Maisonneuve possédait d'excellents éléments — quatre stations de métro, un patrimoine architectural exceptionnel — pour devenir la proie des spéculateurs immobiliers. Après avoir un temps craint ce phénomène, les gens du CAUHM ont paradoxalement fini par se dire: «On ne pourrait pas en avoir, nous aussi, un peu de "gentrification"?»

Mixité sociale

Selon M. Rouleau, plusieurs études ont été faites pour analyser l'impact de la mixité sociale. «Il y a des places fortunées où a été fait un effort de planification municipale pour implanter des logements sociaux, pour amener des pauvres dans des places fortunées. Un modèle de gens qui ont réussi, c'est positif et ça amène les plus pauvres à vouloir eux aussi réussir.»

«Dans Hochelaga-Maisonneuve, nous avons fait le contraire, c'est un genre de première. Quand les gens sont pauvres et sous-scolarisés, dans des familles monoparentales, l'homogénéité est négative. Ce n'est pas normal que des enfants grandissent dans un endroit qui ressemble à une zone bombardée. Nous voulons rétablir une sorte d'équilibre, nous pensons à l'ascension sociale des gens. Ceux qui croient que nous "gentrifions" à outrance ne réfléchissent pas à long terme.»

Le coordonnateur du CAUHM fait remarquer que les condos ne se font pas au détriment d'espaces locatifs et que personne n'est chassé puisqu'il s'agit de constructions neuves ou de rénovation de bâtiments désaffectés. Pour l'instant, 86 % des habitants sont locataires. Mais avec la hausse des prix, le logement social et coopératif pourrait être une solution à explorer.

De 1996 à 2001, le CAUHM a procédé à des consultations populaires, répertorié les bâtiments problématiques, repéré les opportunités de développement, fait de la promotion et du télémarketing. Encore aujourd'hui, l'organisme offre son expertise pour trouver du financement et des subventions.

Le projet de l'usine Lavo est emblématique de ce désir de brasser les classes. Situé sur sept parcelles de terrain entre les rues Aylwin et Valois, au sud d'Ontario, Lavo fabriquait des produits de nettoyage et de lessive jusqu'à son déménagement à Rivières-des-Prairies. Dans le cadre de son programme «Habiter Montréal», la ville a acheté les terrains et le gouvernement provincial s'est engagé à défrayer les coûts de la démolition des bâtiments et de la décontamination du site. Une entente a été ratifiée stipulant que 62 % de l'espace serait attribué à des logements sociaux. Vers l'automne 2004, une coopérative et un organisme sans but lucratif offriront respectivement 71 et 40 logements. Malheureusement, les terrains pour les condos n'ont pas encore été mis en vente, le processus étant retardé par des transitions de pouvoir entre Ville et arrondissement. «Nous ne savons pas encore quelles conditions fixera la Ville, précise M. Rouleau, mais elle tiendra compte de nos recommandations pour que les bâtiments respectent la trame urbaine.» On retrouvera deux formes de mixité sociale sur le site Lavo: entre le privé et le logement social d'une part, et ensuite, à l'intérieur de la coopérative, où 50 % des occupants auront accès au programme de «supplément au loyer».

Une identité en mutation

Il semble que le travail du CAUHM et de ses collaborateurs pour la revitalisation du quartier porte finalement ses fruits. Selon des statistiques de l'organisme, en 1999-2000, le volume des transactions immobilières d'Hochelaga-Maisonneuve s'est accru de 63 %, comparativement à 33 % pour la Ville de Montréal. En 2001, la population du quartier est passée à 48 000 habitants, un premier renversement de tendance en 40 ans. Plusieurs autres projets en sont à différents stades de développement. Au Carrefour du marché, on en est à la phase 2 de la construction de 28 nouveaux condos, qui seront érigés par les Entreprises Rachel-Julien. «Nous les avions approchés il y a sept ans, rappelle Jean Rouleau. Ils ne travaillaient que sur le Plateau et étaient très réticents à venir dans Hochelaga-Maisonneuve.» Également nouveaux dans le quartier, des logements pour les personnes âgées, un centre d'hébergement pour hommes avec enfant. Si la question de la future maison de la culture Maisonneuve reste pour l'instant en suspens, le CAUHM sonde actuellement les artistes pour mesurer leur intérêt dans la transformation d'usines désaffectées en lofts.

«C'est du travail à long terme, souligne Jean Rouleau. Il y a eu ici

50 ans de dégradation. Au niveau urbain, il y a une amélioration, mais au niveau social, ça pourrait être beaucoup plus long.»