Entrevue avec Michel Prescott - La Ville maintient son objectif d'achever l'opération Solidarité 5000 logements en 2005

Pour la première fois, une Régie régionale de la santé et des services sociaux s'implique dans une opération logement. Un détail dans une opération qui approche en déboursés le demi-milliard, mais qui indique qu'une politique du logement se fait en collaboration avec des partenaires. D'autant plus que la nouvelle ville de Montréal doit aussi s'harmoniser avec diverses politiques locales d'habitation. Michel Prescott, vice-président du comité exécutif, explique son optimiste face à ce vaste projet social.

L'objectif de bâtir 5000 logements majoritairement neufs en un court laps de temps paraît ambitieux, mais il correspond à des besoins réels et criants à Montréal. Nombreuses sont les difficultés qui se présentent sur plusieurs fronts: le respect et l'accommodement des clientèles, le cheminement du dossier entre les divers intervenants politiques, les mécanismes d'intervention des arrondissements, le manque d'espaces constructibles et la résistance des citoyens font partie de celles-là et sous-tendent d'autres embûches à surmonter.

Obligation de réussite

Malgré tout cela, Michel Prescott, vice-président du comité exécutif, responsable du dossier habitation et conseiller du district de Jeanne-Mance, se montre confiant et croit que la volonté politique du maire jouera en faveur du projet; il pense qu'il est possible de livrer d'ici 2005 à la population montréalaise les 5000 logements sociaux et communautaires promis. Il se souvient toutefois des propos entendus lors d'une rencontre avec Yvon Lamarre, ancien président du comité exécutif de la Ville sous l'administration Drapeau, qui lui avait exprimé certaines craintes en début de projet: «C'est très ambitieux, mais vous n'arriverez pas à le réaliser pour toutes sortes de raisons.»

Dés le départ, les initiateurs de l'opération ont pris conscience des difficultés en présence: «La situation était même pire que celle que nous avions envisagée. À mesure que les projets avançaient, on s'est rendu compte que l'idée de bâtir du neuf plutôt que de rénover compliquait les choses. On s'est aperçu que la présence, le rôle et la collaboration nécessaire des arrondissements ne simplifiaient pas la question. On a eu des moments d'inquiétude et on a procédé à des repositionnements.»

Le gouvernement du Québec a été invité à revoir certaines normes et à accélérer le financement en vue d'acquisitions. Des ajustements de gestion ont même été récemment apportés, y compris la mise en place d'une direction spécifiquement dédiée à Solidarité 5000. À la suite de quoi

M. Prescott conclut: «Le maire tient absolument à ce qu'on livre la marchandise pour 2005 et on travaille dans ce sens-là.»

Les motivations municipales et le cheminement

La ville a mis en branle l'opération pour s'attaquer à la crise du logement et combler le manque d'espaces locatifs à prix abordables. Il cite des chiffres: «Quand on a lancé l'opération il y a deux ans, on était à 0,3 % et même dans certains cas à 0,1 % en termes de taux d'inoccupation; aussi bien dire qu'il n'y avait pratiquement pas de logements disponibles sur le marché. Aujourd'hui, on a grimpé à 0,8 %. Avec le privé, on participe en ce moment à un mouvement pour augmenter l'offre et ramener ce pourcentage d'inoccupation à un taux raisonnable d'équilibre de 3 %.»

Le deuxième grand objectif consiste à répondre aux besoins des clientèles dont les revenus sont faibles et moyens, affirme le responsable du dossier: «Il y a des logements qui sont libres mais le problème pour ces gens, c'est leur capacité de payer le prix des loyers exigés. On ajoute donc des unités à prix abordables. On veut s'adresser à des personnes qui éprouvent de la difficulté à se loger convenablement à des prix qui conviennent à leurs revenus. Ça ne suffira pas à répondre complètement à la demande mais c'est très ambitieux et ça représente le double de ce qu'on avait l'habitude de produire dans le passé.»

La participation tripartite

Le gros du financement est assuré par les gouvernements supérieurs, plus particulièrement par le Québec; la participation de la municipalité a été fixée à 15 % et pourrait atteindre dans certains cas jusqu'à 20 % en raison de la bonification des projets et des coûts additionnels qui s'imposent. Pour leur part, les éventuels occupants paieront plus tard les sommes encore dues sur les hypothèques encourues.

Cette participation élargie au coût des opérations pourrait compliquer le cheminement du dossier et le retarder. Des pressions sont exercées pour éliminer cet obstacle, selon M. Prescott: «C'est surtout la Société d'habitation du Québec qui intervient et je ne voudrais pas être mauvais joueur avec celle-ci. Nous avons cependant fait valoir au gouvernement du Québec et à cette dernière qu'il nous semblait qu'on pouvait donner davantage de latitude à la Ville de Montréal; on pense qu'on est capable de gérer nos dossiers et que les vérifications pourraient se faire a posteriori plutôt qu'a priori. Je crois qu'il y a effectivement moyen de dégraisser un peu l'appareil démocratique autour de la gestion de programmes semblables.»

Ce sur quoi il s'empresse de souligner que Solidarité 5000 comporte 80 ou 85 % de logements neufs: «Dans le passé, on faisait beaucoup de restauration. Dans ces cas-là, il n'y a pas de problèmes de zonage, de décontamination ou d'intégration. Lorsque l'on fait du neuf, c'est le contraire. Le simple fait de construire de telles unités explique en partie le temps requis entre l'idée de départ et la réalisation d'un projet.»

Intervention des arrondissements et résistance des citoyens

De façon générale, il n'existe pas de confrontation avec les arrondissements dans l'application du plan d'action mais des complications surviennent à propos des règles, qui différent sur certains points dans plusieurs d'entre eux: «Il en va ainsi sur le plan du stationnement. Certains acceptent de modifier ces règles mais tout cela prend du temps. Les arrondissements possèdent maintenant leur autonomie et ils s'en servent. Effectivement, il y a dans la nouvelle ville un intervenant majeur additionnel. Il faut composer avec ces partenaires et notre approche, c'est d'éviter les conflits.»

Les citoyens ont aussi leur mot à dire et certains se sont opposés à des projets dont ils ont sérieusement compromis le déroulement, sinon l'existence. Le phénomène du «pas dans ma cour» fait-il boule de neige? Il semble que non, selon le vice-président: «Ça existe et j'ai en tête deux ou trois projets où ça s'est passé. Je dois dire à ce sujet que nous avons adapté notre façon de faire connaître nos plans. On tient des rencontres avec les voisins au cours desquelles on présente le projet. On tente d'éliminer l'effet de surprise. En agissant de cette façon, les chances d'atterrissage en douceur sont meilleures.»

La rareté des espaces et les clientèles visées

Compte tenu du fait que plus de 60 % des Montréalais sont des locataires qui occupent en grande partie des duplex et des triplex où logent également leurs propriétaires, dans le contexte également où les chantiers de condos prolifèrent, le manque d'espaces pour la construction de logements sociaux et communautaires se fait sentir: «C'est pourquoi, dès le départ, une des contributions de la Ville a consisté à rendre disponibles le plus de terrains possible appartenant à celle-ci. On les a réservés pour Solidarité 5000 en évitant de les mettre sur le marché.»

Au début, une inquiétude se manifestait vraiment au sujet des espaces à trouver pour construire ces logements: «Finalement, les groupes à l'origine des projets se sont assez bien débrouillés et on a maintenant au-delà de 6000 unités pour lesquelles un emplacement a été identifié. On a trouvé des solutions sans que ce soit toujours facile et l'un des problèmes que ça pose, dans un marché aussi actif que celui qu'on connaît aujourd'hui, c'est le prix d'acquisition; sans compter que les coûts de la construction sont élevés au moment où les travailleurs et les entreprises de cette industrie débordent de travail. Il y a des appels d'offres qui nous font parfois quelque peu sourciller.»

Les 5000 logements, qu'ils soient localisés dans un endroit ou un autre, doivent répondre aux attentes de tous les groupes sociaux et communautaires. Dans ce but, deux programmes sont mis à contribution, soit «Accès-logis» et «Logement abordable Québec». À l'intérieur de ceux-ci, des volets tiennent compte des besoins des familles à faibles revenus et des personnes âgées en perte d'autonomie. Les personnes plus démunies n'ont pas été oubliées, comme le spécifie Michel Prescott: «On a réservé des espaces pour les gens qui ont des problèmes de toxicomanie, pour les sans-abri ou pour ceux d'entre eux qui cheminent vers l'autonomie. Il existe

500 logements qui sont prévus. C'est peu, mais la plupart de ces unités vont répondre aux besoins des personnes qui nécessitent un certain encadrement; il fallait prévoir des budgets pour offrir celui-ci.» La Régie régionale de la santé et des services sociaux versera finalement 300 000 $ qui serviront à payer le personnel nécessaire à cet encadrement, ce qui représente une première dans l'histoire du logement social et communautaire.