Cap sur une croissance démographique au Québec

Une part de plus en plus grande d’immigrants s’installe au Québec - 19,2 % des 250 000 immigrants ayant choisi le Canada durant la dernière décennie, 20,8 % en 2011 et 21,4 % en 2012
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une part de plus en plus grande d’immigrants s’installe au Québec - 19,2 % des 250 000 immigrants ayant choisi le Canada durant la dernière décennie, 20,8 % en 2011 et 21,4 % en 2012

Au début du XXe siècle, une famille québécoise sur cinq comptait au moins… dix enfants. Avec 1,73 enfant par famille en 2011, les tablées sont moins bruyantes aujourd’hui, assurément, mais un regain du taux de fécondité permet au Québec de supplanter la moyenne canadienne pour une première fois depuis 1960 et de croire en des jours meilleurs.

Voilà l’un des faits saillants tirés du portrait démographique du Québec de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les données, dévoilées mardi, mettent en relief une croissance démographique assez bien portante au Québec, bien qu’elle n’égale pas encore celle du Canada entier. Mais depuis une cinquantaine d’années, l’écart entre le Québec et le reste des autres provinces n’a jamais été aussi mince, avec une croissance de 0,9 % en 2012 pour le Québec, contre un peu plus de 1 % pour le reste du Canada.


Étirée sur une décennie, la santé démographique du Québec connaît un excellent bilan : la fécondité des Québécoises dépasse celle des Canadiennes depuis 2006, l’espérance de vie qu’on y observe est similaire à la moyenne canadienne (3e plus élevée parmi l’ensemble des provinces, alors qu’elle a occupé le dernier rang jusqu’à la fin des années 80).


En 2011, l’indice de fécondité du Québec se situait à 1,69 enfant par femme, contre 1,61 pour l’ensemble du Canada. Un petit retour dans le temps est instructif toutefois : au début des années 50, ce même indice était à 3,8 et l’âge moyen des femmes qui enfantaient était de 29,56 ans - aujourd’hui, le Québec est quasi sur la moyenne canadienne, avec 30 ans d’âge moyen à la maternité (30,2 ans pour le Canada).


Les experts de l’ISQ ont expliqué mardi ne pas s’attarder aux raisons qui expliquent les changements de courbe démographique, mais les programmes sociaux du Québec dirigés vers la famille, tel un réseau de centres de la petite enfance à 7 $ par jour ou encore un congé parental, pourraient avoir incité des couples hésitants à partir en famille !


D’autres provinces, toutefois, font encore mieux : notamment le Manitoba, avec un indice de 1,86 ; la Saskatchewan (1,99), et l’Alberta (1,81).


Parmi les autres facteurs qui expliquent ce bilan positif pour le Québec, l’ISQ note aussi dans son bulletin que « l’espérance de vie du Québec poursuit son rattrapage », se rapprochant de la moyenne canadienne avec 78,6 ans chez les hommes, et 83,2 ans chez les femmes. Dans les années 20, le Québec était bon dernier, et accusait même un retard de huit ans avec la Colombie-Britannique, alors la province détenant la position la plus enviable à ce chapitre.

 

Migration internationale


Même si le taux de fécondité du Québec est à la hausse, la province continue de vieillir plus rapidement que le Canada, avec une croissance toujours inférieure à la moyenne canadienne (population en 2012 de 8,1 millions d’habitants sur 34,9 millions au Canada, et une perte de presque cinq points depuis 1971).


Dans le lot des options présentées pour contrer cette croissance pas assez vigoureuse, l’immigration ne suit pas de très loin la natalité. Le bilan de l’ISQ nous apprend qu’une part de plus en plus grande d’immigrants s’installe au Québec - 19,2 % des 250 000 immigrants ayant choisi le Canada durant la dernière décennie, 20,8 % en 2011 et 21,4 % en 2012, l’Ontario dépassant toujours le Québec (toutefois, la portion d’immigrants optant pour l’Ontario est passée de 60 % en 2001 à moins de 40 % en 2012).


Les immigrants admis au Québec en 2011 provenaient de 130 pays différents, avec en tête Haïti (9,8 %), la Chine (9,5 %), l’Algérie (7,9 %), le Maroc (7,6 %) et la France (6,3%).


Si les mouvements migratoires favorisent d’autres provinces (notamment celles de l’Ouest) bien plus que le Québec, sa part d’immigrants admis s’est accrue au cours des dernières années.


Ce dernier portrait permettrait-il de croire à un renversement de tendance possible ? « Les dernières projections laissaient entrevoir une croissance québécoise de moitié moindre que celle du reste du Canada d’ici 2036 » (un taux de variation de 16,5 % par rapport à un taux canadien de 26,9 %), note le bulletin. « Bien que l’amélioration des indicateurs soit encore insuffisante pour permettre au Québec de croître plus rapidement que le reste du Canada, il est fort probable que la différence d’accroissement projeté s’amenuise. »

6 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 juin 2013 09 h 24

    Le mantra

    Le Québec accueille proportionnellement plus d’immigrants que la Grande Bretagne. Avec 55 000 nouveaux immigrants par année, proportionnellement plus que tout autre pays qui n’est même pas menacé de survie, la tendance est très inquiétante pour le peuple québécois. Plus de 50% des allophones vont au cégep et à l’université en anglais, et commencent ainsi leur vie sociale et adulte en anglais : la meilleure recette pour qu’ils restent anglophones le reste de leurs jours!


    Ce qui fait la richesse d'un pays, c'est le produit intérieur brut PIB par habitant, pas le nombre de personnes dans ce pays. Il n'y a aucune corrélation entre le niveau de vie et l'ampleur de la population. On n'a qu'à penser aux pays scandinaves riches et et de faible population, et aux pays africains pauvres et avec beaucoup de population.

    Il y a actuellement au Québec un mantra à l'effet que le Québec a absolument besoin de plus d'immigrants. Aucunement prouvé. Si au moins nous réussissions à intégrer tous ou presque tous les immigrants au Québec francophone, ce pourrait à la limite être acceptable d'accueillir plus d'immigrants, mais plus de la moitié de ceux-ci ne s'intègrent pas à la majorité francophone, alors on se tire dans le pied en augmentant inconsidérément le nombre d'immigrants.

    De plus, l'immigration incontrôlée de personnes sans grandes compétences ne résulte qu'en une diminution des salaires des faibles salariés, comme il a été amplement observé et démontré aux États-Unis. Et cette diminution se répercute aussi à la baisse sur l'ensemble des salaires. On sait alors pourquoi les entreprises y sont favorables.


    L’avenir du Québec ne peut s’écrire que par une meilleure instruction donnée à nos enfants, et par des efforts soutenus en recherche et développement. Nous serons alors plus productifs. L’augmentation de notre productivité est la vraie la clef de notre survie comme peuple francophone et la la clef de la santé économique et sociale du Québec.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2013 09 h 49

      Je suis d'accord avec vous M. Saint-Arnaud.

  • Gaétan Fortin - Inscrit 5 juin 2013 10 h 48

    Une immigration nécessaire

    Sans l'immigration le Québec est condamné à disparaître.

    Le taux de natalité indispensable au renouvellement des générations est, si je
    ne m'abuse, de 2,1%, Ce qui est inférieur aux taux américains et français.

    Mauvaise nouvelle pour l'avenir du peuple °québécois» (entendere «pure laine».
    L'avenir du Québec francophone passe par l''appoint de l'immigration.

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 juin 2013 13 h 00

      Vous confondez taux de natalité (le nombre de naissances pour 1000 personnes, autour de 11 pour 1000 par année, actuellement) et l'indice synthétique de fécondité, dont le calcul est assez difficile à expliquer simplement mais qui montre finalement combien d'enfants a cette année une femme moyenne au cours de sa vie.

      Mais qui nous dit que l'on doive garder la même population? Pourquoi ne pourrait-on pas voir notre décroître lentement?

  • Benoît Gagnon - Inscrit 5 juin 2013 12 h 54

    Avenir

    Ma génération sera prise en étau entre le surpoids de la précédente (baby-boom) et la suivante (ce suposé regain de fécondité). J'aimerais, de ce point de vue, qu'on m'explique comment cela est-il sensé nous promettre des jours meilleurs? Étant gouvernés majoritairement par des baby-boomers, peu de gens semblent se soucier de cet état de fait.

    Nous seront donc la génération sacrifiée. Nous paieront pour tous les services (y compris ceux n'ayant plus cours), sans jamais pouvoir y référer. Les plus vieux en auront profité et les plus jeunes en profiteront; mais sans nous. Et ce sera à NOUS de faire des sacrifices, bien entendu... Belle prespective d'avenir!

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 juin 2013 13 h 03

    Immigration: soyons sérieux et ouvrons les yeux

    « Il semble y avoir un écart entre le discours officiel sur l'impact de l'immigration et les données économiques et démographiques. Comment expliquer cet écart? Il est probable que la rectitude politique, l'inculture économique et les considérations politiques y soient pour quelque chose. Pourtant, la réalité est simple. Globalement, l'immigration ne peut avoir qu'un impact marginal sur l'économie et la démographie. » (Benoît Dubreuil - Chercheur postdoctoral à l'Université du Québec à Montréal, Le Devoir, 18 mai 2010 , voir : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/289137/im )

    « Des études de démographes au Canada, aux États-Unis, et dans plusieurs pays européens montrent sans l’ombre d’un doute que l’immigration n’a qu’un impact marginal sur la structure par âge de la population de la société d’accueil. En outre, on a depuis longtemps constaté que les difficultés d’intégration économique des immigrants compromettent sérieusement la possibilité que l’immigration ait une incidence favorable sur les finances publiques.

    Il existe des raisons morales, humanitaires, sociales, culturelles, linguistiques ou politiques d’être favorable ou défavorable à tel ou tel aspect de nos politiques d’immigration. Toutefois, plusieurs chercheurs ont la conviction que le public et les décideurs entretiennent une idée fausse de l’effet de l’immigration sur l’économie et la démographie. Ils croient que cela les empêche d’évaluer de façon objective la politique québécoise d’immigration et conduit aussi bien les Québécois de naissance que les immigrants à concevoir des attentes démesurées à l’égard de cette politique, des attentes qui, un jour ou l’autre, seront forcément déçues. »


    Lire à ce sujet le livre-choc « Le Remède imaginaire, Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec », par Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, Boréal, 2011