Reconnaissance des compétences professionnelles - Pas d’accord en vue avec les vétérinaires français

Le Québec vit une pénurie de médecins vétérinaires en région.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Québec vit une pénurie de médecins vétérinaires en région.

Ce n’est pas demain la veille que des vétérinaires français pourront exercer au Québec sur simple présentation de leur titre de compétence. Les négociations lancées en 2008 dans le cadre de l’Entente Québec-France sur la reconnaissance des qualifications professionnelles sont dans l’impasse. Et rien ne laisse présager un dénouement de la situation.

« L’accord a buté », lâche candidement le président du Conseil supérieur de l’Ordre des vétérinaires français. « Les gouvernements souhaitent cet accord. Mais en réalité, il n’y a pas une volonté considérable de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec de réaliser cet arrangement. Il n’y a pas non plus davantage de volonté des vétérinaires de France d’obtenir cet arrangement », affirme Michel Baussier, lors d’une entrevue accordée au Devoir depuis ses bureaux parisiens.


Peu d’espoir


Les Français veulent un accord permettant la reconnaissance automatique des permis délivrés dans leur pays, ce que refuse l’Ordre québécois, qui veut s’assurer que leurs homologues ont les compétences requises avant de pratiquer dans la province. En raison des « propositions inacceptables » de part et d’autre, M. Baussier a « peu d’espoir » que les pourparlers débloquent.


Le président de l’ordre français ne s’en formalise toutefois pas. « Ce dossier est extrêmement mineur », dit-il, indiquant que peu de vétérinaires français veulent pratiquer au Québec. « Ça relève plus du symbole dans le cadre de l’amitié franco-québécoise que de la nécessité. »


Les vétérinaires ne s’occupent pas que des animaux domestiques. Les soins prodigués aux animaux de productions sont cruciaux pour la salubrité des aliments.


Du côté québécois, le président de l’Ordre des médecins vétérinaires, Joël Bergeron, ne veut pas enterrer définitivement les négociations. Mais il reconnaît qu’elles sont « aux ralentis ». Le dossier n’avance pas depuis deux ans.


Il n’y a pas de pourparlers en ce moment, et la signature d’un Arrangement de reconnaissance mutuelle n’est plus un objectif, reconnaît-on d’ailleurs dans l’équipe de direction.


Compte tenu des circonstances, l’Ordre, qui accueille des vétérinaires étrangers chaque année, a changé de stratégie. L’objectif est maintenant de développer un programme de reconnaissance des acquis pour l’ensemble des vétérinaires diplômés hors Québec. Un processus que l’Ordre espère mettre en place d’ici 2014. La barrière à l’entrée est importante pour les vétérinaires étrangers : trois ans peuvent s’écouler avant de pouvoir réaliser tous les examens et il faut débourser près de 10 000 $.


M. Bergeron admet par ailleurs qu’il y a une pénurie de vétérinaires dans la province, touchant surtout les régions éloignées et les médecins s’occupant des grands animaux. Mais cette pénurie existe aussi en Europe, dit-il.


François Lubrina, porte-parole de l’Assemblée des Français de l’étranger au Québec, est pour sa part très remonté contre l’Ordre québécois. Ce « système corporatif » bloque toute entente, croit-il.


Des offres «humiliantes»


Les vétérinaires québécois veulent empêcher les étrangers de pratiquer dans la province afin de conserver des salaires élevés, accuse M. Lubrina, lui-même médecin vétérinaire. Les offres québécoises sont « inéquitables » et « humiliantes pour la médecine vétérinaire française ». Pour lui, « les négociations sont mortes ».


M. Lubrina croit de toute manière que l’Entente Québec-France est un « véritable fiasco » et que les Français se sont fait « rouler dans la farine » dans la quasi-totalité des accords signés. Les ententes sont plus contraignantes pour eux que pour les Québécois, estime-t-il.


Annoncée en grande pompe en 2008 par Jean Charest et Nicolas Sarkozy, l’Entente Québec-France sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles vise à baliser l’acquisition d’un permis pour l’exercice d’une profession ou d’un métier en sol québécois ou français. Bien qu’il s’agisse d’une entente entre deux gouvernements, les négociations incombent aux autorités qui supervisent les professions. Au dernier décompte, 68 Arrangements de reconnaissance mutuelle avaient été signés pour divers emplois (voir encadré).


Le ministère des Relations internationales du Québec, qui chapeaute l’application de l’entente, affirme de son côté que les négociations entre les vétérinaires sont toujours en cours, quoique difficiles.


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De nombreuses ententes conclues

Ententes conclues

Agronome, architecte, avocat, boucher, boulanger, chimiste, comptable, débosseleur, dentiste, électricien, frigoriste, infirmière, ingénieur, mécanicien, médecin, opérateur d’équipements lourds, pâtissier, peintre, pharmacien, plombier, poissonnier, sage-femme, soudeur travailleur social, urbaniste.

Toujours en négociations

Chiropraticien, ergothérapeute et physiothérapeute, technicien en réadaptation, psychologue.

Exclus des négociations

Acuponcteur, audiologiste, hygiéniste dentaire, infirmière auxiliaire, notaire, optométriste, traducteur.

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 mai 2013 23 h 53

    Quelles conditions ?

    Vous affirmez qu'il y a entente avec les pâtissiers.

    Laquelle ?