81e congrès de l'ACFAS - Faire une place au passé dans le culte de l’instant présent

De plus en plus d’archives numérisées circulent sur le Web 2.0.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir De plus en plus d’archives numérisées circulent sur le Web 2.0.

Le paradoxe est amusant. À une époque qui aime carburer à l’instant, par l’entremise des réseaux sociaux, l’engouement soulevé en ces lieux par les images ou documents issus du passé fait forcément sourire.


Provenant de fonds d’archives nationales, de celles des villes ou encore de musées internationaux, ces fragments du passé, lorsque mis en circulation par des institutions ou de simples internautes, semblent avoir un effet d’attraction qui tranche avec le culte très contemporain du présent, ce qui est loin d’étonner la responsable des archives de l’Université de Montréal, Diane Baillargeon.


« Les gens ont besoin d’avoir un certain ancrage, lance-t-elle à l’autre bout du fil. À toujours être dans l’instant présent, dans l’éphémère, dans l’urgence, on finit par se retrouver dans le vide. Les archives numérisées qui circulent sur le Web 2.0, c’est une façon de donner du sens à tout ça, mais aussi de répondre à ce besoin de se distraire de façon intelligente. »

 

Patrimoine archivistique


L’univers des archives est-il en train de trouver un deuxième souffle en se forgeant une place appréciable dans les communautés numériques ? C’est la question que va poser Mme Baillargeon dans le cadre d’un colloque portant sur l’exploitation et la mise en valeur des archives à l’ère du numérique, tenu dans le cadre du 81e congrès de l’Acfas. Et les résultats de l’expérience menée par l’université dans les dernières années vont certainement donner une teinte positive à sa réponse, tout en relevant au passage quelques écueils auxquels les archivistes vont devoir prendre garde à l’avenir, pour ne pas trop se diluer dans le numérique.


Les archives de l’Université de Montréal, comme bien d’autres, ont investi récemment les réseaux Twitter, Facebook ou encore Flikr - dédié au partage de photos - pour rapprocher son contenu d’une population qui fréquente de moins en moins les salles d’archives et de plus en plus les tablettes, les écrans d’ordinateurs ou des téléphones intelligents, « qui semblent être devenus une extension d’eux-mêmes », dit-elle. « Dans ce contexte, c’est une façon que nous avons trouvée pour dire, nous aussi, que l’on existe, pour accroître notre notoriété, intéresser les étudiants et les chercheurs à notre patrimoine archivistique, à l’histoire de l’établissement… »

 

Recette payante


La recette a été payante. En un an, explique-t-elle, le site des archives a été crédité de 20 000 visiteurs uniques supplémentaires, dont un grand nombre est sans doute, croit-elle, arrivé là en passant par ces nouvelles portes d’accès au savoir et à l’information que sont en train de devenir les réseaux sociaux. « Tout ça est très encourageant », dit Mme Baillargeon, qui reste toutefois vigilante quant aux effets pervers possibles que cette nouvelle communication pourrait bien engendrer.


C’est que, pour attirer les regards dans des univers où l’information circule à haute vitesse, où le bruit est omniprésent, les services d’archives doivent bien souvent faire leur représentation en format 2.0 par l’entremise de contenus « plus légers », « plus ludiques », « plus esthétiques », au risque un peu de sombrer eux aussi dans cette superficialité que le numérique nourrit facilement, reconnaît-elle. « Il faut faire attention avec ça, dit Mme Baillargeon, et surtout s’assurer que les gens aient envie d’aller plus loin. Le défi est là : les archives numérisées, c’est la pointe de l’iceberg, une partie infime d’un tout qui en contient beaucoup plus, mais que la numérisation tend à faire oublier. Il faut donc accrocher l’oeil et surtout lui donner le goût de chercher plus que ce qu’il voit. » Une stratégie qui, si elle réussit, risque bien sûr de passer à l’histoire et du coup d’être un jour archivée.