Semaine de la santé mentale - Drogue et maladie mentale: un cocktail explosif

C’est à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel que Max a trouvé la médication adéquate pour à la fois soigner la psychose de sa maladie bipolaire et cesser de consommer de la drogue et de l’alcool.
Photo: François Pesant - Le Devoir C’est à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel que Max a trouvé la médication adéquate pour à la fois soigner la psychose de sa maladie bipolaire et cesser de consommer de la drogue et de l’alcool.

Max avait consommé du cannabis et de la cocaïne, il y a cinq ans, lorsqu’il a poignardé une inconnue en pleine rue en espérant calmer les voix qui le hantaient en permanence.

Et c’est au cours du séjour à l’institut psychiatrique Philippe-Pinel qui a suivi qu’il a trouvé la médication adéquate pour à la fois soigner la psychose de sa maladie bipolaire et cesser de consommer de la drogue et de l’alcool.


La personne qu’il a attaquée a survécu. Depuis quelques mois, Max, qui a aujourd’hui 28 ans, vit en appartement supervisé. Il joue au hockey et est en recherche d’emploi. « Avant, j’aurais été incapable de donner cette entrevue », dit-il. À l’occasion de la semaine de la santé mentale, Max a accepté de partager son histoire, en compagnie de responsables de la clinique Cormier-Lafontaine, qui traite conjointement la toxicomanie et les problèmes de santé mentale.

 

Effets pervers


Cette approche tente de contrer certains effets pervers du système qui faisaient en sorte que des personnes toxicomanes étaient exclues des soins de santé, et que les malades ne pouvaient pas bénéficier de soins de désintoxication.


« Souvent, on demandait à un patient de cesser de consommer pendant au moins six mois pour faire une bonne évaluation de son état de santé mentale. On faisait abstraction du fait que c’est difficile de cesser de consommer pour n’importe qui », expliquait mardi Nathalie Néron, coordonnatrice de la clinique Cormier-Lafontaine, qui allie les services de l'institut universitaire Dollard-Cormier et de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.


Parallèlement, les personnes souffrant de problèmes de santé mentale s’adaptaient mal aux exigences des cures de désintoxication, entre autres à cause de relations interpersonnelles difficiles lors de groupes de partage, ou encore parce qu’on exigeait d’elles l’abstinence de toute médication.


Or, selon les données de la clinique Cormier-Lafontaine, 50 à 70 % des personnes qui consultent pour des problèmes de toxicomanie ont des problèmes de santé mentale. Inversement, de 30 à 50 % des personnes qui souffrent d’une maladie comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire ont aussi des problèmes de surconsommation de drogue ou d’alcool.


Et si les personnes aux prises avec ces problèmes disent souvent qu’elles procèdent à une forme d’autotraitement en consommant drogue et alcool, ce cocktail a la plupart du temps des effets dévastateurs sur leur maladie.


« Quand je fumais, les voix augmentaient, se souvient Max, qui ne se définit pas comme un homme violent. Mais je n’étais pas capable de m’en passer. »


Selon Nathalie Néron, plusieurs personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont aussi de la difficulté à faire confiance à leur médecin, ce qui n’était pas le cas de Max, qui a toujours pris la médication prescrite. D’où l’importance d’établir un lien de confiance entre patients et traitants, ce que privilégie la clinique Cormier-Lafontaine en assurant un suivi de l’équipe soignante à travers les différentes étapes de la vie du patient.

 

La cause, l’effet ?


Max a consommé du cannabis à partir de l’âge de douze ans. Il a ensuite fumé de quinze à vingt joints par jour. Il a aussi consommé beaucoup de cocaïne, dont le jour de son crime, mais aussi de la kétamine, une drogue utilisée entre autres en clinique vétérinaire et qui se vend dans les bars.


« Souvent, ils ne savent même pas ce qu’ils prennent », ajoute le psychiatre François Noël, chef médical de la clinique Cormier-Lafontaine, qui est aussi le médecin traitant de Max.


Dans la rue, on peut se procurer des amphétamines pour trois fois rien, un dollar la pilule, par exemple, et cette drogue peut avoir pour effet d’induire des psychoses.


Les études ont démontré qu’il y a deux fois plus de psychoses chez les consommateurs de cannabis. Mais il demeure difficile d’établir hors de tout doute un lien de causalité entre les deux phénomènes, la prédisposition à la maladie mentale pouvant être un facteur de consommation.


En fait, la consommation de drogue peut devancer de dix ans l’apparition des symptômes de maladies comme la schizophrénie, estime Nathalie. Et pour le Dr François Noël, ces dix ans sont précieux, parce qu’ils peuvent faire une différence dans le niveau de scolarisation de l’individu, par exemple.


Par ailleurs, le cannabis, la cocaïne et les amphétamines peuvent clairement induire des états psychotiques, relève le Dr Noël.


Max est pour sa part certain qu’il ne serait pas où il est s’il n’avait pas consommé autant de drogue. « J’aurais fini mon secondaire », soutient-il. Une démarche qu’il lui reste encore à faire.

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Ce texte a été mise à jour après publication.