Trois femmes libérées après 10 ans de séquestration

Charles Ramsey, le voisin énergique qui a libéré trois jeunes filles kidnappées à Cleveland, est devenu mardi, avec son accent plein de gouaille et ses formules-chocs, le chouchou des médias et des internautes américains, qui se repassent ses interviews en boucle.
Photo: Agence France-Presse (photo) Scott Shaw Charles Ramsey, le voisin énergique qui a libéré trois jeunes filles kidnappées à Cleveland, est devenu mardi, avec son accent plein de gouaille et ses formules-chocs, le chouchou des médias et des internautes américains, qui se repassent ses interviews en boucle.

Trois femmes qui avaient disparu séparément il y a une dizaine d’années ont été retrouvées lundi dans une maison de Cleveland, dans le Midwest américain, et ont probablement été retenues en otages au même endroit pendant toutes ces années, a indiqué mardi le chef de police de la ville.

Les trois captives semblaient en bonne santé et ont été amenées à l’hôpital pour y être examinées et réunies avec leurs proches. Elles ont obtenu leur congé mardi matin puis ont été emmenées vers un lieu gardé secret. La police a indiqué qu’une fillette âgée de six ans, la fille de l’une des femmes, avait été retrouvée au domicile.


Une des femmes séquestrées, Amanda Berry, avait fait un appel désespéré aux services d’urgence dans lequel elle expliquait avoir été enlevée. « Au secours, je suis Amanda Berry. J’ai été kidnappée et je suis disparue il y a 10 ans, a-t-elle lancé. Et je suis ici. Je suis libre maintenant. »


Les autorités ont arrêté trois frères, Ariel, Pedro et Onil Castro, âgés de 50 à 54 ans. Un proche a indiqué que son neveu Ariel Castro était le propriétaire de la maison. Le chef de police, Michael McGrath, a dit croire qu’Amanda Berry, Gina DeJesus et Michelle Knight avaient été emprisonnées dans la maison depuis qu’elles étaient adolescentes ou au début de la vingtaine. Son collègue Ed Tomba a refusé de dire qui était le père de la fillette, que l’on croit être la fille de Mme Berry.

 

Un appel frénétique


La libération des trois femmes a commencé par un appel à l’aide frénétique.


Un voisin, Charles Ramsey, a raconté à la chaîne WEWS-TV qu’il a entendu des cris lundi et qu’il a aperçu une femme qui tentait désespérément de sortir de la maison et qui l’a imploré de l’aider à contacter la police. « J’ai entendu des cris. J’étais en train de manger mon McDonald’s. Je suis sorti dehors. J’ai vu cette fille affolée, qui tentait d’essayer de sortir de la maison », a-t-il raconté.


Une autre voisine, Anna Tejeda, a expliqué qu’elle était assise sur son perron avec des amis lorsqu’ils ont entendu quelqu’un de l’autre côté de la rue crier et donner des coups de pied dans une porte.


Un de ses amis a traversé la rue et a suggéré à Mme Berry de défoncer à coups de pied la moustiquaire, ce qui lui a permis de s’enfuir.


Mme Tejeda, qui s’exprimait en espagnol, a raconté que Mme Berry était nerveuse et pleurait. Elle était vêtue d’un pyjama et de vieilles sandales.


Lorsqu’elle lui a expliqué qui elle était, Mme Tejeda a refusé de la croire, lui disant qu’« Amanda Berry est morte ». Quand cette dernière a rétorqué qu’elle avait été kidnappée il y a 10 ans, Mme Tejeda lui a tendu un téléphone pour qu’elle appelle la police.


Les policiers sont arrivés en quelques minutes et ont libéré les autres femmes de la maison.


14, 16 et 20 ans


Mme Berry avait disparu le 21 avril 2003 après avoir appelé sa soeur pour l’avertir qu’on la ramenait à la maison en voiture depuis son travail. Elle était alors âgée de 16 ans et en a aujourd’hui 27.


Mme DeJesus n’avait pas été vue depuis qu’elle revenait de l’école, un an plus tard. Elle n’avait que 14 ans au moment de sa disparition. Toutes deux ont été retrouvées à quelques kilomètres de l’endroit où elles avaient été portées disparues.


Quant à Mme Knight, les autorités ont dit qu’elle avait 20 ans au moment de sa disparition survenue en 2002. Elle est aujourd’hui âgée de 32 ans.


« Nous avons plusieurs questions sans réponses. Pourquoi ont-elles été enlevées ? Comment ont-elles été enlevées ? Et comment sont-elles restées à Cleveland sans être repérées pendant tout ce temps ? », s’est demandé mardi le maire de Cleveland, Frank Jackson, lors d’une conférence de presse.


La police a indiqué être déjà intervenue à deux reprises dans la maison des jeunes femmes : en mars 2000 pour une bagarre dans la rue et en janvier 2004 au sujet d’Ariel Castro, chauffeur de bus scolaire, qui avait oublié un enfant dans un bus. La police avait alors frappé en vain à la porte du domicile, sans obtenir de réponse. Mais elle n’avait pas trouvé motif à délit.


Cette découverte à Cleveland a mis fin à des années d’attente anxieuse de la part de leurs proches et a été accueillie avec stupeur par le voisinage de ce quartier résidentiel habituellement paisible. Des voisins, stupéfaits, ont décrit Ariel Castro comme un chauffeur de bus sympathique, musicien, indiquant que sa fille venait le voir de temps à autre avec ses enfants. Mardi, un drapeau américain flottait devant la façade de la maison où ont été découvertes les jeunes femmes, mais la bâtisse est désormais barrée par la police pour cause d’enquête, cernée par des médias et une cinquantaine de curieux.


 

Avec l’Agence France-Presse

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Le nouveau chouchou des Américains

Charles Ramsey, le voisin énergique qui a libéré trois jeunes filles kidnappées à Cleveland, est devenu mardi, avec son accent plein de gouaille et ses formules-chocs, le chouchou des médias et des internautes américains, qui se repassent ses interviews en boucle. Charles Ramsey est « le nouveau héros de l’Amérique », résume le site de nouvelles TheDC.com, alors que les vidéos de ce plongeur dans un restaurant racontant son exploit ont été vues des centaines de milliers de fois sur YouTube et répandues tout autant sur Twitter ou Yahoo !. L’homme, un Noir d’une quarantaine d’années, est le voisin immédiat de la maison où étaient séquestrées les trois jeunes filles et, en répondant à l’appel de l’une d’entre elles, a permis leur libération. Avec force « bro ! » pour « brother » et des jurons typiquement américains, l’homme aux cheveux longs, les dents abîmées et le t-shirt blanc taché, a raconté comment il avait « entendu un cri alors qu’il mangeait son McDonald’s ». Quelques-unes de ses phrases, à la presse ou à la police, se retwittent à l’infini, comme celle à la chaîne WEWS : « J’ai su que quelque chose n’allait pas quand une jolie petite Blanche s’est précipitée dans les bras d’un Noir. Ou elle est clodo ou elle a des problèmes. » Lorsqu’il appelle la police qui lui demande si la jeune fille « a besoin d’une ambulance ou de quoi que ce soit », il répond : « Elle a été kidnappée ! Elle a besoin de tout, mets-toi dans ses baskets ! » Ses phrases ont même été remixées, style rap.

1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 8 mai 2013 11 h 55

    En bonne santé?

    Physique peut-être.

    Mais comment peut-on dire de quelqu'un qui est séquestré depuis dix ans qu'il est en bonne santé, sauf si on ne tient pas compte de sa santé mentale?