Le suffixe « .quebec » malmené par les forces commerciales du Web

La demande de PointQuebec.org est la seule en provenance du Canada.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jonathan Hayward La demande de PointQuebec.org est la seule en provenance du Canada.

Ce n’est plus pour aujourd’hui, mais pour demain. L’apparition dans le cyberespace d’un nouveau suffixe d’adresse faisant expressément référence au Québec, le « .quebec », ne verra pas le jour ce printemps, comme prévu, mais plus tard « dans le courant de l’année 2014 », ont indiqué au Devoir les promoteurs de ce projet d’adressage à saveur géographique et culturelle. La faute en revenant à « l’amateurisme » et à la désorganisation de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), l’instance internationale de régulation des adresses sur le Web, mais également des « organisations commerciales » qui retarderaient le traitement des dossiers ne portant pas sur des marques de commerce, a déploré Normand Fortier, qui préside à la naissance du « .quebec » depuis plusieurs années.

« Je suis toujours confiant, mais je commence à être impatient, lance-t-il au téléphone. Cela fait plus de six ans que l’on travaille sur ce projet et, bien sûr, cela n’avance pas aussi vite qu’on le souhaiterait. Le processus est long. Les démarches administratives sont nombreuses. Il y a des imprévus, et les suffixes liés à des marques de commerce ont été traités en priorité et ont pris toute la place. On pense désormais obtenir le feu vert de l’ICANN l’an prochain, peut-être en juin. Pas avant. »


Diversité dans les suffixes d’adresses


En juillet prochain, le gardien des adresses utilisées sur le Web va reprendre les discussions à Durban, en Afrique du Sud, en vue de l’attribution d’un ensemble de nouveaux noms de domaine de premier niveau générique - les gTLD, pour « generic top-level domain », dans le langage des programmeurs. Présentée en 2011 comme la plus grande expansion de nom de domaine depuis trente ans, cette mutation vise à apporter plus de diversité dans les suffixes des adresses qui, pour le moment, sont dominés par les «.com», «.net», «.org», tout comme par les marqueurs de pays «.ca», «.uk», «.de», «.fr», «.it».


Elle se prépare à faire apparaître des suffixes plus conceptuels, comme « .mobile », « .ville », « .casino », « .architect », mais également d’autres à saveur géographique, comme « .paris », « .boston », « .miami », « .vegas », « .london » et « .quebec », sans accent toutefois pour le moment. Les propriétaires d’adresses se trouvant dans ces zones pourront les utiliser sur une base volontaire. Dans les nombreuses demandes de gTLD présentées à l’ICANN, celle du « .quebec » est étrangement la seule en provenance du Canada, alors que les États-Unis, l’Australie, la France, l’Allemagne, le Japon en ont soumis plusieurs centaines. « Ailleurs au pays, personne ne semble avoir allumé sur le potentiel lié à ces nouveaux suffixes », résume M. Fortier qui a assisté à toutes les discussions sur l’attribution de ces nouveaux noms.


Jusqu’à maintenant, l’organisme PointQuebec.org, qui pilote ce dossier et qu’il représente, a déboursé 185 000 $, puisés à même des fonds privés ainsi qu’un prêt du gouvernement, pour le traitement de cette demande d’adressage par l’ICANN, demande qui vise à favoriser l’expression « de la culture et des talents du Québec sur le Web ».


Malgré la lenteur de l’exercice, cette création devrait toutefois se faire sans plus d’entraves puisqu’aucune opposition n’a été formulée à l’ICANN pour le « .quebec ». Ce n’est pas le cas de l’« .amazon », convoité par la multinationale américaine Amazon pour son commerce de livres en ligne. L’Argentine et le Pérou s’y opposent vertement, donnant pour argument que ce suffixe devrait plutôt revenir aux pays qui occupent le territoire de l’Amazonie, en Amérique du Sud.