International - «Les expertises québécoises peuvent être exportées»

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À une époque où le gouvernement fédéral semble de plus en plus tourner le dos au reste du monde, les municipalités du Québec développent et consolident leurs échanges, leurs engagements et leurs partenariats avec d’autres villes de la planète.


Le 11 avril dernier, le Groupe d’études sur les relations internationales du Québec (GERIQ) de l’École nationale d’administration publique (ENAP) a organisé, en partenariat avec l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le premier Colloque sur les relations internationales des villes du Québec (CRIVIQ). Cet aspect du monde municipal est souvent méconnu et, surtout, peu étudié.


Gopinath Jeyabalaratnam, fondateur du GERIQ, a eu l’idée de ce colloque après avoir constaté que peu de recherches universitaires se penchaient sur le phénomène. Il a vu dans cet événement un potentiel pour sensibiliser les étudiants, les chercheurs et la population à ces enjeux. « Les citoyens ne comprennent pas que le marché québécois est saturé, que les expertises québécoises peuvent être exportées et qu’ils peuvent tirer profit des expertises internationales, soulève M. Jeyabalaratnam. Les villes et les municipalités devraient faire la promotion des retombées, des résultats positifs que les relations internationales municipales peuvent avoir directement sur eux. »


M. Jeyabalaratnam croit qu’il serait intéressant que les relations internationales fassent l’objet de débats lors des campagnes électorales municipales de l’automne prochain. En effet, les échanges internationaux entre municipalités connaissent une véritable effervescence.


« Il y a moins de protocoles et plus de choses pratiques qui se négocient » entre les villes, observe Louise Duquet, directrice des relations internationales à l’UMQ. Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie, souligne que « traditionnellement, les villes québécoises étaient très peu impliquées à l’international. On n’en voyait que quelques-unes dans des jumelages culturels. Aujourd’hui, on est rendus à un autre niveau. On parle de réseautage et de partenariats entre des municipalités de différents pays ».


Une nouvelle dynamique que M. Jeyabalaratnam trouve prometteuse. « Si je me fie à l’histoire des pays et des États fédérés, souvent, les résultats ont été beaucoup plus intéressants quand ils se sont embarqués dans des relations multilatérales. » De plus, les réseaux sont des endroits où des villes de taille équivalente ou dans des situations similaires peuvent échanger sur leurs expertises en matière de gouvernance locale, de transport en commun, d’aménagement, etc.


Partenariats et réseaux


Sainte-Julie est une parfait exemple de municipalité travaillant activement dans des réseaux internationaux. Elle fut l’une des premières villes d’ici à être reconnue comme Municipalité amie des enfants (MAE). Ce projet de l’UNICEF vise à stimuler les initiatives faisant la promotion de la Convention relative aux droits de l’enfant et les échanges sur les pratiques exemplaires dans les secteurs concernés. Cette mouvance s’est répandue depuis longtemps à travers le monde, mais elle reste peu connue en Amérique du Nord. Aujourd’hui, une quinzaine de municipalités et d’arrondissements du Québec ont aussi décroché ce titre. Sainte-Julie tisse un partenariat inspirant dans ce domaine avec Aubagne, en Provence. « Quand nous sommes allés là-bas, on y travaillait à l’élaboration du plan stratégique d’une façon toute particulière, qui est très différente de celle qu’on connaît traditionnellement au Québec. On s’est vraiment inspirés de leurs pratiques en faisant des sondages auprès de la population, des rencontres dans tous les quartiers et des séances de travail avec les partenaires et les employés municipaux ». Une autre démarche a été empruntée à Aubagne : lors de soumissions relatives à l’élaboration d’un parc à Sainte-Julie, 10 % des points sont désormais attribués par les enfants. « C’est grâce à Municipalité amie des enfants qu’on a changé nos pratiques locales », assure la mairesse.


Mme Roy est aussi impliquée dans le réseau Municipalités amies des aînés (MADA), mis sur pied en marge du Guide mondial des villes amies des aînés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui s’articule autour des questions de vieillissement de la population. Plus de 500 municipalités québécoises se sont aujourd’hui dotées d’un plan d’action au sein de ce réseau. « Notre façon de faire est citée à l’international comme un modèle à suivre », assure Mme Roy. La deuxième conférence internationale des villes amies des aînés se tiendra d’ailleurs du 9 au 11 septembre prochain à Québec.


Ce type de partenariats enrichit la société. Mais les liens noués à l’international produisent aussi des bénéfices économiques pour les municipalités d’ici. Drummondville est à même de le constater. Il y a 30 ans, cette municipalité a amorcé un jumelage social avec La Roche-sur-Yon. Au début des années 1990, ce jumelage a entraîné des échanges économiques. S’inspirant de ce qui avait été observé outre-Atlantique, Drummondville a été parmi les premières municipalités du Québec à mettre en place des incubateurs d’entreprises. De plus, son partenariat a favorisé l’implantation sur son territoire de l’entreprise de propriété française Laboratoire Provence Canada. Drummondville s’est récemment engagé dans un partenariat avec la ville de Jiaxing, en Chine, avec laquelle elle organise des missions économiques.

 

Une commission


Il y a cinq ans, l’UMQ a donné naissance à une Commission des relations internationales, actuellement présidée par le maire de Cowansville, Arthur Fauteux. Cette commission se penche entre autres sur les questions d’immigration, d’emploi et de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée auxquelles les municipalités sont confrontées. « Notre commission est assez jeune, admet Louise Duquet. On en est toujours à faire des études et à approfondir nos réflexions. Nos planifications n’ont pas encore nécessairement débouché sur quelque chose de très concret ». Sauf dans le cas, précise-t-elle, d’un projet de solidarité internationale, monté en partenariat avec la Fédération canadienne des municipalités et la Ville de Montréal, pour soutenir des administrations municipales en Haïti.


N’empêche, un mouvement de fond semble s’amorcer. Selon Louise Duquet, les relations internationales, pour les villes, sont « loin d’être un luxe. Elles deviennent de plus en plus une nécessité. On est dans un contexte de mondialisation. On a une obligation de s’ouvrir sur le monde et d’aller voir un peu plus loin comment les choses se passent, ne serait-ce que pour voir comment fonctionnent les administrations municipales en Scandinavie, en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud ». Et tous ont bon espoir qu’un deuxième CRIVIQ puisse être organisé l’année prochaine.



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