Coupes à l'aide sociale - Ajustements «cosmétiques», dénoncent les opposants

La ministre de l’Emploi, Agnès Maltais, a promis mardi des aménagements à son projet de coupes à l’aide sociale, notamment une bonification des prestations des personnes seules dont les détails sont encore à venir. La ministre a néanmoins maintenu l’essentiel de ses réformes.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La ministre de l’Emploi, Agnès Maltais, a promis mardi des aménagements à son projet de coupes à l’aide sociale, notamment une bonification des prestations des personnes seules dont les détails sont encore à venir. La ministre a néanmoins maintenu l’essentiel de ses réformes.

Les pénalités aux prestataires d’aide sociale de 55 à 57 ans et aux familles responsables d’un enfant de moins de cinq ans resteront le coeur du projet de règlement toujours controversé de la ministre Agnès Maltais, qui a annoncé mardi des aménagements sitôt qualifiés de « cosmétiques » par les détracteurs des coupes.


Comme elle l’avait annoncé au Devoir en entrevue le 13 mars dernier, la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale a confirmé que les personnes seules recevant 604 $ par mois, mais dont la situation commanderait qu’elles soient jugées inaptes au travail (avec la compensation qui y est adjointe), seront repérées. À la mi-mars, elle avait promis de s’attaquer aux vices du système en comblant certains « trous », dont celui-là.


« L’organisation de rencontres systématiques personnalisées constitue une première. C’est la meilleure façon d’identifier les plus vulnérables, de leur offrir des mesures adaptées à leurs besoins et, surtout, de s’assurer que l’on n’échappe pas personne », a indiqué Mme Maltais.


Selon la ministre, les 85 000 personnes seules sans contrainte recevant 604 $ par mois pour vivre auront la chance de voir leur prestation bonifiée. Mme Maltais promet les détails pour plus tard.

 

Un flou artistique


L’opposition a immédiatement dénoncé le flou artistique entourant les ajustements, en plus de décrier le maintien des pénalités. « C’est une tentative de diversion, cette annonce », a dit Karine Vallières, porte-parole du Parti libéral en matière de lutte contre la pauvreté. « Ce sont vraiment des coupes qui restent. Aujourd’hui, ce qu’elle annonce, c’est vraiment aberrant, c’est de la poudre aux yeux. »


La députée de Gouin pour Québec solidaire, Françoise David, était aussi mécontente. « Ceci n’est pas une annonce, a-t-elle dit. Le gouvernement ne recule pas sur les coupes à l’aide sociale. Il les maintient. Le reste, c’est du cosmétique, du très mauvais théâtre. »


Outre une bonification à préciser pour les personnes seules bénéficiaires de l’aide sociale, les changements apportés mardi concernent les familles composées de deux adultes ayant la garde d’un enfant d’âge préscolaire. Celles-ci verront leur prestation de 129 $ pour contrainte temporaire retirée dès le 1er juin, mais bénéficieront d’une période transitoire s’échelonnant jusqu’au 30 septembre. À l’intérieur de ce délai seulement, si les familles n’ont pas encore entrepris de démarche pour trouver un emploi, elles pourront conserver cette prestation additionnelle.


En outre, les changements visant les 55 à 57 ans entreront en vigueur comme prévu, avec un droit acquis pour ceux qui auront atteint l’âge de 55 ans au moment de l’entrée en vigueur du règlement. En juin 2013, 343 personnes qui auraient reçu une allocation de 129 $ pour contrainte liée à l’âge sous l’ancien régime empocheront seulement la prestation de 604 $.


Amélie Châteauneuf, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, n’a vu dans cette annonce que « des changements mineurs » et le maintien des pénalités, qu’elle dénonce. Sur les bonifications pour personnes seules, le groupe espère des détails et s’interroge sur la disponibilité des agents pour tenir les rencontres.


Des manifestations sont prévues dans cinq villes jeudi. Une vigile de 24 heures se tiendra devant l’Assemblée nationale dès mercredi midi.



Avec Jessica Nadeau

27 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 10 avril 2013 01 h 19

    Elle qui tombait des nues devant les réponses des libéraux au pouvoir

    Elle ne fait pas mieux. On lui pose une question et elle répond à côté de la question. Mais le PQ, ce n'est pas pareil. Legault n'est pas fiable et le PQ n'est pas pareil.

    • Maxime Dion - Inscrit 10 avril 2013 06 h 25

      Mme Maltais fait comme son mentor : quiconque a pris la peine d’écouter Mme Marois en Chambre, depuis que la télévision nous en rediffuse les débats, aura remarqué que Mme Marois étire longuement à coup de <<cependant>> sa réplique en ne répondant pas à la question qui lui est adressée. C’est-là un trait qui la caractérise depuis fort longtemps lors des débats à l’Assemblée nationale.

  • Marcel Bernier - Inscrit 10 avril 2013 04 h 50

    Marois et le conseil des ministres persistent et signent...

    Bien. On veut là, avec cette supercherie du déficit zéro (comme si cela existait un déficit zéro dans l'ordre d'une administration gouvernementale), nous mystifier afin d'obtenir nos votes à la prochaine élection. Désolé! Mais cette mesure néolibérale propre à faire plaisir aux agences de notation et aux électeurs les plus réactionnaires le sera justement électoraliste, en cela qu'elle vous fera perdre des milliers de vote dans les urnes, malgré tous les sondages qui disent le contraire.

    • Patrick Boulanger - Abonné 10 avril 2013 12 h 49

      L'équilibre budgétaire souhaité par le gouvernement Marois est une bonne chose M. Bernier. Ce qui cause problème, à mon avis, c'est que le PQ s'y prend mal pour l'atteindre : il devrait hausser davantage ses revenus au lieu de couper, par exemple, dans l'aide sociale.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 avril 2013 07 h 27

    Qu'ajouter ?

    Pourquoi couper et, ensuite, bonifier ?

    S'agit-il d'une stratégie administrative susceptible d'encadrer un budget difficile que personne ne veut partager ?

    Que cherche-t-on à prouver ou valoriser ?

    Que le Système est capable de toucher les plus pauvres de la Communauté québécoise ?

    Qu'ajouter ? - 10 avril 2013 -

  • Jacques Boulanger - Inscrit 10 avril 2013 07 h 38

    Les eaux troubles

    Bonification sans compensation. C’est comme vouloir le beurre et l’argent du beurre, non ? Pas facile pour Agnès Maltais de naviguer dans ces eaux troubles. Pourtant, sa réforme semble remplie de bonnes intentions. Que ferait concrètement Françoise David à sa place ? C’est beau de dénoncer mais que proposerait-elle, elle ? Les assistés sociaux seraient-ils mieux servis par le PLQ ou la CAQ ? Le statu quo serait-il la solution de remplacement ? Ce débat sur l’aide sociale nous laisse perplexe et songeur.

    • Bernard Gervais - Inscrit 10 avril 2013 11 h 57

      Vous avez raison de vous demander ce que ferait, par exemple, F. David à la place de la ministre, compte tenu de l'état actuel des finances du Québec et surtout du fait que, si Ottawa décide de passer à l'action avec sa réforme de l'assurance-emploi, les citoyens du Québec faisant alors appel au B.S. risquent d'être encore plus nombreux !

    • Gilbert Talbot - Abonné 10 avril 2013 12 h 24

      Le programme de QS est très clair sur ce que ferait Françoise David pour lutter contre la pauvreté: QS met de l'avant un revenu minimum garanti de 12,000$, au début qui sera hausser progressivement par la suite. Ce qui veut dire au moins 1000$ par mois, alors que madame Maltais elle, au lieu d'augmenter les revenus de famine, les coupe davantage. Comment peut-on parler alors d'un ministère de la solidarité sociale ? Parlons plutôt ici du ministère de la misère sociale, oui !

    • Solange Bolduc - Inscrite 12 avril 2013 21 h 09

      Vous avez les mots justes M. Boulanger ! Et j'aime bien votre Tintin!

  • Louka Paradis - Inscrit 10 avril 2013 08 h 26

    Chiâler pour chiâler

    Quoi que fasse la ministre Maltais, il y aura toujours des mécontents : on critique avant même de voir les résultats de ses mesures. Elle a beau proposer des aménagement, on s'empresse de les dénigrer. Ah ! partisanerie, quand tu nous tiens... On voit bien que QS critique tout mais tout ce que fait le gouvernement Marois : seuls les Solido détiennent la Vérité absolue...Facile quand on n'a jamais rien géré. En plus, ces idélologues poussent les jeunes à la révolte et à l'anarchie, dressant les citoyens les uns contre les autres. Pour des gens qui prônaient «une autre façon de faire de la politique», c'est plutôt décevant. Amir, Françoise et les autres peuvent bien continuer à se draper dans leur courtepointe idéologique : leur bla-bla-bla négatif et leur prêchi-prêcha n'impressionnent plus grand monde.
    Louka Paradis, Gatineau

    • Peter Kavanagh - Inscrit 10 avril 2013 09 h 36

      M. Paradis, il en a toujours été ainsi dans notre belle province et ce, peu importe le parti au pouvoir. Si ceux qui sont en faveur d'une mesure gouvernemental (peu importe le parti au pouvoir) criait aussi fort que ceux qui sont contre et que les journalistes leur donnaient le même espace, on verrait un tableau très différent de ce qu'on voit actuellement. Quand on est pour, on se contentent d'en jaser dans la cuisine, quand on est contre, on crient dans la rue.......

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 10 avril 2013 09 h 46

      Et vous, ne vous empressiez-vous pas de dénoncer les mesures du gouvernement Charest sans attendre les « conséquences » effectives de ces dites mesures ?

      Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre ce que va entrainer des coupes dans l'aide sociale.

      Pour ce qui est du reste en ce qui concerne QS, je référerais à votre titre pour qualifier vos dires. Faudrait quand même pas supplier le Bon Dieu péquisse du consensus mou pour avoir droit à l'existence. La dissidence est le principe même de la démocratie. Je vous invite à vous procurer le bouquin «La haine de la démocratie» du philosophe Jacques Rancière et à le lire attentivement. Votre perspective pourrait s'élargir.

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 avril 2013 09 h 47

      À Louka Paradis,

      Quand on crève de faim et de misère à 604$ par mois, en plus d'être ostrcaicisés par les prégugés de la société, on ne chiale pas pour chialer vous saurez, on essaye de survivre et on défend sa peau.

      La vérité, c'est que la pauvreté coute plus de 6 milliards par année en frais de santé; soit 20% du budget total du ministère de la santé, et qu'il est imbécile d'appauvrir les plus pauvres en prétextant des économies, alors que ces coupures engendreront des frais infiniment plus grands.

      Christian Montmanquette
      QS-Montréal

    • Solange Bolduc - Inscrite 12 avril 2013 21 h 11

      Entièrement d'accord avec vous, Mme Paradis !