Point chaud - Et si le vélo avait une ville?

Lundi, des voitures bloquaient toujours la piste cyclable du Vieux-Port, à Montréal, malgré l’interdiction de stationner désormais en vigueur. La cohabitation entre automobilistes et cyclistes ne va pas toujours de soi dans la métropole, ce que veulent changer les fondateurs de la Coalition vélo Montréal.
Photo: François Pesant - Le Devoir Lundi, des voitures bloquaient toujours la piste cyclable du Vieux-Port, à Montréal, malgré l’interdiction de stationner désormais en vigueur. La cohabitation entre automobilistes et cyclistes ne va pas toujours de soi dans la métropole, ce que veulent changer les fondateurs de la Coalition vélo Montréal.

Convaincus que Montréal peut devenir la Mecque du cyclisme en Amérique du Nord, des passionnés s’organisent pour « faire une place au vélo en ville » et limiter les frictions avec les piétons et les automobilistes.

La nouvelle Coalition vélo Montréal, formée d’une quarantaine d’adeptes du deux-roues, prépare un Sommet du vélo urbain, qui aura lieu le 18 mai. Le but : asseoir à une même table des cyclistes, des élus municipaux, des représentants des services publics et de simples citoyens. Bref, tous ceux qui s’intéressent au vélo à Montréal.


Cela commence à faire beaucoup de monde, parce que la bicyclette prend une place grandissante dans l’île. La fréquentation des pistes cyclables explose - en hausse de 20 % l’an dernier. Au coeur de l’été, des bouchons de circulation se forment aux heures de pointe sur les pistes les plus populaires, comme celles de la rue De Brébeuf, de la rue Rachel ou du boulevard De Maisonneuve.


Les cyclistes reviennent par milliers dans les rues avec le retour du beau temps. Et même durant l’hiver qui s’achève, ils ont été des centaines à braver le froid et la neige pour se déplacer à deux roues en ville. Pour le meilleur et pour le pire. Car la cohabitation entre cyclistes, piétons et automobilistes donne parfois lieu à des échanges de gros mots, à des poings brandis et même à des bousculades.


« On doit se poser la question : quel espace veut-on réserver aux vélos à Montréal ? », dit Pierre-Luc Auclair, un des fondateurs de la Coalition vélo Montréal.


Masse critique


Cet urbaniste, graphiste et programmeur Web de 27 ans se déplace à vélo, été comme hiver. Pour aller travailler, pour se rendre à l’épicerie, pour visiter ses amis. C’est un mode de transport et un mode de vie. Parce qu’il aime ça, tout simplement. « C’est bon pour la santé et bon pour le moral », dit-il.


Pierre-Luc Auclair est convaincu que la croissance fulgurante des déplacements à vélo force les élus et les gestionnaires de Montréal à repenser l’aménagement urbain. En mettant sur pied la Coalition, il dit souhaiter que les décideurs « pensent vélo » et prennent désormais en compte la présence de dizaines de milliers de cyclistes dans le paysage. Plus les infrastructures seront adaptées aux vélos, moins il y aura de frictions avec les autres usagers de la route, selon lui.


Mieux encore, les automobilistes doivent s’habituer à la présence des vélos dans toutes les rues, et pas uniquement sur les pistes cyclables, souligne Pierre-Luc Auclair. « Il commence à y avoir une masse critique de cyclistes. Les gens vont se dire : si le vélo est un mode de transport pour 10 % du monde, pourquoi je n’essaierais pas moi aussi ? »


Paradis du vélo… volé


Quand on lui demande des exemples d’infrastructures cyclistes à améliorer, Pierre-Luc Auclair s’emballe : un poteau en plein milieu de la voie cyclable sur le pont Jacques-Cartier ; à la hauteur de la nouvelle place des Festivals, la piste cyclable du boulevard De Maisonneuve - une autoroute de vélos - est déviée chaque été à cause de la présence des scènes de spectacle ; cette piste, comme bien d’autres, est d’ailleurs trop étroite et entraîne de dangereux frôlements ; les pistes cyclables en général passent trop loin des commerces, des écoles et des stations de métro.


L’urbaniste évoque une autre préoccupation plus terre à terre des cyclistes montréalais : les vols de vélo. Une plaie. Et un des plus importants obstacles à la pratique du cyclisme urbain pour bien des gens. « Montréal a besoin de stationnements sûrs pour les vélos, comme on en trouve dans les grandes villes d’Europe », dit Pierre-Luc Auclair.


Il faut inciter non seulement la Ville, mais aussi les commerces, les entreprises et les employeurs à aménager des espaces de stationnements à accès contrôlé, surveillés par des gardiens et par des caméras. Si on le fait pour les autos, on devrait aussi le faire pour les vélos, fait-il valoir.


Pierre-Luc Auclair propose aussi un programme amélioré de burinage et un registre informatisé des vélos volés, pour décourager les voleurs et les receleurs, et aider la police à retrouver les vélos volés.


Un plaisir


Contrairement à d’autres mordus de vélo urbain, Pierre-Luc Auclair se décrit comme un « pragmatique » qui veut concilier les intérêts des cyclistes, des automobilistes et des piétons. « Certains cyclistes ont une mentalité de victimisation et disent : fuck les chars ! […] Je comprends que quand t’es en voiture dans une petite rue et que tu suis un vélo, c’est plate », dit-il.


Malgré les accrochages qui surviennent de temps en temps entre cyclistes et automobilistes, il trouve qu’on roule bien à vélo dans Montréal. « Je n’ai jamais eu de problème. Je ne me suis jamais fait engueuler. On entend toujours parler de la minorité délinquante, mais en général, ça se passe bien en vélo. »


« Montréal est déjà une des meilleures villes de vélo en Amérique du Nord, avec Portland en Oregon, New York, Chicago et Vancouver. Mais je suis convaincu que Montréal a tout ce qu’il faut pour devenir la Mecque du vélo sur le continent », dit-il.

37 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 2 avril 2013 08 h 26

    Et le respect des règlements de circulation?

    Et la discipline? Et le simple gros bon sens? Tant et aussi longemps que la majorité des cylistes se conduiront comme des irresponsables, sans aucun respect des règlements de circulation, tant qu'ils ne respecteront pas les sens uniques, qu'ils rouleront à gauche, ou à contre-courant, ou sur les trottoirs, tant qu'ils ne respecteront ni les stops ni les feux rouges, tant qu'ils se faufileront à droite de votre voiture au moment où vous allez tourner, clignotants en fonction, et qu'ils vous couperont à vous frôler le pare-choc, et j'en passe, bref, tant qu'ils continueront à se croire tout permis, y compris de mettre leur propre vie en danger, parce que les autorités les y encouragent, il y aura des frictions entre les automobilistes, les piétons et les cyclistes. Et il y aura d'autres blessés, et pire encore, parmi les cyclistes, dont on imputera injustement la faute aux voitures.

    C'est très bien, le vélo, et je roulerais moi-même à vélo si je le pouvais, mais il faudrait tout de même arrêter de dérouler le tapis rouge à ceux qui se conduisent comme de véritables dangers publics et commencer à leur imposer un minimum de discipline.

    La voiture est un devenu nécessaire, elle fait partie de la rançon du progrès, mais c'est un facteur de rapidité dans le déplacement urbain, d'efficaceté, de développement économique, de progrès. Et rouler en voiture n'est pas criminel. Il faudrait donc penser à aménager le tissu urbain pour la cohabitation harmonieuse et pacifique du vélo ET de la voiture, et non pas réprimer l'une au profit de l'autre, comme on le voit de plus en plus.

    • Serge Tanguay - Inscrit 2 avril 2013 09 h 25

      Certains cyclistes se conduisent effectivement de façon irresponsable. Mais affirmer que c’est la majorité me semble un peu tiré par les cheveux.

    • David Savoie - Inscrit 2 avril 2013 09 h 45

      Je suis d'accord pour dire que certains cyclistes se comportent mal ou dangereusement, mais de là à dire que la majorité des cyclistes sont délinquants, il ne faudrait pas exagérer! Certains automobilistes ne devraient tout simplement pas avoir le droit de conduire, mais on ne blâme pas la majorité pour autant. Et si l'on veut éviter les situations ambiguës ou la cohabitation risquée, il faut justement développer davantage les infrastructures cyclables.

      En ce moment, le tapis rouge est déroulé pour les automobilistes d'abord. Or, je suis d'avis que ce moyen de transport en ville est tout sauf efficace. Ni même rapide! Sur des distances de 5 à 10 km (une forte proportion des déplacements urbains quotidiens), le vélo est généralement beaucoup plus rapide que la voiture de porte à porte. Je ne dis pas que l'automobile n'a pas sa place, mais cessons de penser que l'on peut développer le vélo en marge seulement d'un développement tout-à-l'auto simplement pour faire plaisir à quelques cyclistes. Il y a tout à gagner à donner une place grandissante au vélo comme moyen de transport utilitaire. Pour le meilleur et pour le plaisir!

    • Alexis Lupien-Meilleur - Inscrit 2 avril 2013 09 h 54

      Guéguerre cycliste/vélo. J'admets que certain (la majorité? non.) cyclistes ne donne pas leur place quand au non-respect des réglements. Il s'agit, à mon avis, d'une minorité et c'est effectivement problématique. L'inverse est toutefois tout aussi vrai.

      Combien de fois me suis-je fais dépasser (frôler) par une auto impatiente qui se foutait éperdument de la distance miniale de 1,5 mètre lors des dépassements auto/vélo. Ou le nombre de fois que je me suis fait klaxonner puisque supposément trop dans la rue (c'est vrai que je devrais en tout temps coller le trottoire malgré la glace, la neige, les profondes flaques d'eau et les nombreux nids de poules...en fait, non. Le cycliste doit coller sa droite s'il le peut, en rapport à sa propre sécurité).

      Hier encore, un automobiliste frustré qui a ouvert sa porte sans regarder (une constante menace pour nous, cyclistes) m'a dit que le «boulevard» St-Denis n'étais pas pour les vélos et que je devais aller sur le trottoire... de manière moins poli, bien évidemment.

      Les automobilistes (et les cyclistes aussi, mais à moindre partie) doivent apprendre à partager la rue.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 avril 2013 10 h 01

      Je sais que la plupart des cyclistes se foutent des règles, mais ils le font surtout par réflexe de survie. Par contre, les automobilistes se foutent des angles morts, et l'adjectif mort est ici tout à fait pertinent, du moins pour un cycliste. Un cyclistes qui veut aller tout droit sur une flèche verte à Montréal doit se méfier, parce qu'un automobiliste qui veut tourner à droite va presque toujours empiéter sur sa voie -- en fait, lui foncer dessus.

    • Simon Chamberland - Inscrit 2 avril 2013 10 h 41

      Présentement presque tout est fait en fonction de la voiture. Laisser un minimum de place au vélo, ce n'est pas réprimer la voiture.

      Pour vous en convaincre, essayer de comparer la superficie dédiée à l'automobile et celle dédiée au vélo.

    • Simon Chamberland - Inscrit 2 avril 2013 11 h 22

      La majorité des cyclistes a le même niveau de délinquence que la majorité des automobilistes.

      M. Bernard, au volant de votre véhicule motorisé, vous dépassez certainement les limites de vitesses, ne serait-ce que d'un maigre km/h, et je suis prêt à parier que vous ne respectez pas toujours le temps d'arrêt obligatoire à une intersection.

      Vous n'avez pas de leçon à donner.

    • Godefroy Laurendeau - Inscrit 2 avril 2013 11 h 52

      Tous les... la majorité des... moi, je...
      Il existe plusieurs cyclistes délinquants. J'estime que les mentalités évoluent tout de même : depuis le premier été où j'ai croisé des Bixis, je remarque, par exemple, que de plus en plus de cyclistes respectent les feux rouges. Je me rappelle d'une étude qui avait déterminé que 68% des accidents impliquant vélos et voitures étaient la responsabilité des premiers. Pas surpris. Plusieurs cyclistes sont encore dans un paradigme digne du farwest. Ça va prendre des shérifs

      Une chose demeure cependant et devrait primer : lorsqu'un cycliste frôle une voiture ou l'inverse, un des deux risque sa vie réellement. Rouler en frôlant un cycliste (ou un piéton) en se disant : " $??$%/ de cave" est irresponsable. Ralentir, passer à bonne distance puis, "sensibiliser" le cycliste avec des mots de votre choix serait la méthode responsable si gueuler vous fait du bien.

      Bon été!

    • Maria Gatti - Inscrite 2 avril 2013 18 h 58

      La voiture est devenu nécessaire par une planification criminelle qui visait à obliger tous à s'endetter et à détruire bonne partie des transports publics, notamment les tramways, après la 2e guerre mondiale. Rouler en voiture contribue à la destruction de l'écosphère: plus criminel que cela, tu meurs!

      Je n'aime pas les dits "lycra-louts", mais c'est parce qu'ils (et rarement elles) mettent en danger les piétons, jeunes et vieux, et les cyclistes plus vulnérables, pas à cause des pare-choc de monsieur le fier pollueur.

  • Monique Deschaintres - Abonnée 2 avril 2013 08 h 45

    pourquoi pas?

    Bonne idée que de continuer à développer le cyclisme à Montréal mais il faut avant tout que les cyclistes, comme les automobilistes, connaissent le code de la route, s'arrêtent aux stop etc... sinon c'est l'enfer. C'est mieux qu'il y a quelques années mais il reste encore beaucoup à faire. Et pourquoi pas le casque obligatoire?

    • Maria Gatti - Inscrite 2 avril 2013 19 h 28

      L'enfer? Franchement. Je n'aime point les cyclistes qui mettent en danger les piétons ou les cyclistes plus vulnérables, mais c'est si peu à côté des morts et éclopés tous les jours à cause de la voiture.

      Dans les pays où le vélo a droit de cité, pas d'obligation de se déguiser en martien ou en coureur cycliste. Aux Pays-bas et chez les Danois, les casques sont presque inconnus chez les cyclistes utilitaires. La sécurité provient des infrastructures, du cadre juridique, et de la formation cycliste universelle, à l'école.

  • Jean Richard - Abonné 2 avril 2013 09 h 10

    Éducation – Les gars de char en vélo

    « Certains cyclistes ont une mentalité de victimisation et disent : fuck les chars ! »

    Hélas ! Il faut aussi s'attaquer au problème d'une minorité trop visible de cyclistes ayant des problèmes de comportement envers non seulement les chars, mais TOUS les usagers de l'espace public. Évidemment, il ne faut pas le faire à la manière des policiers – qui pensent d'abord et avant tout contraventions ou du blé pour la caisse.

    Les premières victimes des comportements délinquants des cyclistes sont probablement les autres cyclistes. Ça devient particulièrement problématique sur les pistes cyclables mal conçues (comme celle sur Boyer dans Rosemont-Petite-Patrie).

    Il y a des gens qui prolongent leur personnalité dans les objets, les moyens de transport surtout. Le gars de char fait partie de l'espèce. Un gars de char ne tolère pas d'obstacle sur son chemin car ces obstacles s'opposent à l'expression de sa puissance et à sa liberté. Or, il y a des gars de char à vélo, qui ne sont pas moins pire que les gars de char en voiture.

    Quand il y a confrontation entre gars de char en voiture et gars de char en vélo (ça comprend aussi des femmes dans les deux cas, le phénomène n'étant pas exclusivement masculin), il en résulte un durcissement des positions et ce sont tous les cyclistes qui en paient le prix car ça vient contrer les efforts de cohabitation, efforts qui au cours des ans ont quand même peu à peu amélioré la situation.

  • Noah Campbell - Inscrit 2 avril 2013 09 h 32

    Éloge du bon sens…

    C’est certain que la ville a besoin de plus d’infrastructure pour les vélos mais en attendant les vélos devraient être bannis des axes principaux. Ça n’a pas de bon sens de rouler sur vélo dans les rues comme Sherbrooke ou St-Denis ou Pie IX. À peine plus que de rouler dans la Métropolitaine…

    Je travail en construction donc je dois me rendre au travail en voiture et c’est le bordel avec des vélos mélangés dans le trafic lors des heures de point. Et c’est surtout frustrant de voir le monde sur vélo dans la rue Sherbrooke quand il y a une piste cyclable une rue au nord sur la rue Rachel. Ou de voir le monde sur vélo dans la St-Denis quand il y a la piste sur la rue Boyer. Ça prendre des pistes séparé du trafic comme sur la rue Maisonneuve par exemple.

    • Viviane Genest - Inscrite 2 avril 2013 12 h 03

      Ca pas de bon sens qu'il y aie 2-3 voie pour les autos, mais aucune pour les vélos plutôt.

      Les pistes cyclacles sont même pas plus sécuritaire que les rues.

      Et puis allez y vous sur Rachel vous. Il faudrait que les vélos fassent des détours pour vous laisser passer.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 2 avril 2013 12 h 33

      Les automobilistes paient très cher avec les taxes sur l'essence pour avoir des voies praticables. Les cyclistes devraient faire pareil avec un permis.

    • Viviane Genest - Inscrite 2 avril 2013 14 h 09

      Les taxes sur l'essence couvrent même pas les frais de la pollution.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 avril 2013 14 h 42

      Monsieur Lamontagne,
      1. Une partie importante des frais d'entretien des routes provient des impôts généraux. Nous payons aussi.
      2. Les automobiles (et les camions) occupent beaucoup plus de place et détruisent bien davantage les routes qu'un vélo, qui pèse dix ou vingt fois moins. Il est donc normal que les automobilistes paient davantage.
      3. De nombreux cyclistes ont un permis.

  • Benoît Gravel - Abonné 2 avril 2013 09 h 56

    Nouvelle Piste et l'entretien bordel!

    Je suis automobiliste, piéton et cycliste.
    Si on veut une ville exemplaire, des stationnements surveillés et couverts cela est primordial.
    De plus, avant de penser à tous ces beaux projets, à quand la revue et l'entretien de ce qui existe. Vous avez refait le tour de l'ïle à la fin de l'été dernier???
    Supposé être bucolique et une carte de visite à qui veux découvrir son île.

    J'aime mieux rouler sur une piste en gravier que sur celle du boulevard Gouin!
    Entretien, zéro. Risques 100%.

    Arrêtons de rêver et ayons la décence de reviser et ou améliorer ce qui existe déjà. Quant au civisme des uns envers les autres, c'est un problème sociétal de savoir vivre avant tout.

    Benoît Gravel
    Laval

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 2 avril 2013 12 h 28

      Très bon commentaire