L’anarchisme sous tous ses angles

Le printemps érable a laissé entrevoir le « potentiel » anarchiste de la population québécoise, selon l’un des auteurs d’un livre sur l’anarchisme qui vient de paraître.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le printemps érable a laissé entrevoir le « potentiel » anarchiste de la population québécoise, selon l’un des auteurs d’un livre sur l’anarchisme qui vient de paraître.

Ils sont anticapitalistes et antiracistes, écolos, féministes, et syndicalistes. Ils n’ont ni dieu ni maître, sont opposés à toute forme de pouvoir. Ils sont solidaires.

Fluide, voire insaisissable, le mouvement anarchiste est pourtant bien vivant au Québec. On l’a vu lors du printemps érable de l’année dernière. Ou encore, vendredi dernier, à la manifestation contre la brutalité policière qui s’est soldée par 250 arrestations, à Montréal.


Un groupe d’auteurs vient de lui consacrer un collectif, Nous sommes ingouvernables, aux éditions Lux. On y aborde l’anarchisme sous tous ses angles. Marc-André Cyr et Anna Kruzynski, l’un étudiant et historien des mouvements sociaux et l’autre professeure à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, se réclament tous deux du mouvement anarchiste. Pour eux, les arrestations de vendredi dernier sont une manifestation d’une intolérance croissante de l’État, et d’une montée de l’opinion publique en faveur de la police.


« Je crois que l’État veut arrêter le mouvement qui a commencé avec le printemps érable. Le gouvernement péquiste ne veut pas que ça reprenne. Il y a une tentative de casser le mouvement », dit Anna Kruzynski. Il faut dire que le printemps érable a permis de laisser entrevoir le « potentiel » anarchiste de la population québécoise, souligne-t-elle.


« Au printemps, on a vu qu’il y avait un potentiel humain. […] On a vu des gens qui sont sortis en masse dans les rues avec les casseroles. Ça a été le plus grand mouvement de désobéissance civile dans l’histoire du Canada. […] On l’a vu avec les assemblées populaires autonomes de quartiers, où les gens se sont organisés avec leurs voisins et voisines ».


Pourtant, le mouvement anarchiste ne recrute pas. « On n’est pas un mouvement politique qui vend des cartes de membres », explique Marc-André Cyr. Le mouvement anarchiste se régénère plutôt par « pollinisation » des idées, dit Anna Kruzynski.


Pour elle, il y a en gros deux pendants à l’action anarchiste. « Il y en a un qui est, oui, de perturber l’ordre établi, parce que les systèmes sont forts et très bons pour s’adapter, et qu’ils vont continuer à s’adapter. Mais en même temps, c’est de construire des espaces d’émancipation qui reflètent les valeurs de justice sociale et d’autonomie aussi basées sur des principes d’autodétermination et d’auto-organisation ».


Les anarchistes, quant à eux, sont partout, poursuit-elle. Elle cite différents groupes qui sympathisent volontiers avec cette bannière. No One Is Illegal, et Solidarity Across Borders, qui défendent entre autres les droits des réfugiés. « Il y a des médecins et des avocats anarchistes qui veulent offrir des services aux sans-papiers », dit-elle. Politi-Q, qui défend les queers et transgenres. Le Collectif opposé à la brutalité policière. Le Projet accompagnement solidarité Colombie, affilié aux mouvements sociaux colombiens. L’Union communiste libertaire. International Workers of the World, un syndicat sans accréditation qui organise des piquets de grève spontanés pour défendre des travailleurs non syndiqués qui ont perdu leur emploi, par exemple. « Ils l’ont fait dans plusieurs pizzerias de la rue Saint-Denis », relève Marc-André Cyr. Chez les écologistes, on trouve encore le mouvement Liberterre, Les Jardins de la résistance, où on fabrique des paniers biologiques sans passer par l’intermédiaire d’Équiterre, la revue Mauvaises herbes. Parmi ceux qui récupèrent de la nourriture dans les poubelles, il y a People’s potato, the Midnight Kitchen, ou encore Food not Bombs. Le collectif Les Sorcières regroupe quant à lui des féministes anarchistes depuis 1999.

 

La violence, un outil


« Moi je suis anarchiste, j’ai 40 ans, un enfant de 4 ans, j’habite à Pointe-Saint-Charles, j’habite dans une coop d’habitation, je suis professeure d’université, raconte Anna Kruzynski. Mais il y en a toute une gamme, dans tous les milieux. Il y a des anarchistes dans le mouvement étudiant, il y a des anarchistes qui sont impliqués dans leurs quartiers, dans leur syndicat, dans les groupes d’environnementalistes. Et il y a des anarchistes qui ne sont pas nécessairement impliqués dans les groupes. Fondamentalement, ce qui importe pour les anarchistes, c’est que ça ne soit pas d’autres personnes qui prennent des décisions pour eux. »


Encore et toujours, le mouvement anarchiste est confronté à l’épineuse question de la violence. « L’émeute est l’expression du mal », écrit Marc-André Cyr, en amorce d’un article « Feu sur la Belle Province, les anarchistes et les émeutes », publié dans le livre. Pourtant, elle est généralement considérée, dans le mouvement anarchiste, comme un outil, dit-il en entrevue.


« C’est que la violence, c’est un outil, c’est un mode d’action. On ne peut pas être pour un outil à 100 %, ou contre un outil à 100 %, c’est comme être pour ou contre un marteau ou une égoïne. Ça ne marche pas. On est pour l’égoïne quand on a besoin d’une égoïne, ou pour un marteau quand on en a besoin. De façon générale, les anarchistes vont considérer que c’est un faux débat, une fausse question. Est-ce que c’est violent de briser la vitrine d’une banque ? Si on met les choses en contexte, on se rend compte que la violence est là avant que la vitrine soit cassée. Que, quand elle n’est pas fracassée cette vitrine, il y a des gens qui perdent leur emploi, qui sont acculés à la pauvreté, dont la maison est saisie par ces mêmes banques. On ne parle jamais de cette violence-là. [...] Les anarchistes luttent contre cette violence. Ce n’est pas vrai que les anarchistes sont violents. Ils tentent par tous les moyens nécessaires de ne pas reproduire la violence et d’y résister à la fois. »


« C’est une tactique l’action directe, poursuit Marc-André Cyr. Des fois, on est pour, ou contre. Ce n’est pas toujours le moment d’utiliser ces actions-là. Seulement, les anarchistes ne vont jamais moralement ou éthiquement dénoncer ces actions-là, parce qu’éthiquement ils dénoncent justement une violence vraiment plus grande et plus importante que celle de l’action elle-même. »

73 commentaires
  • Claude Jacques - Inscrit 19 mars 2013 01 h 27

    L’anarchisme sous tous ses angles

    Alors, qu'on leur construise une ville fermée où ils aurons la paix, vivront dans l'harmonie de leurs croyances et quand le temps viendra, ils nous suppliront de leur fournir une aide de bien être sociale, car la vraie vie, n'est pas celle qu'ils s'imaginent.

    • Valérie Jubainville - Inscrit 19 mars 2013 07 h 11

      Quelle serait la vraie vie selon vous?? J'aimerais que l'on m'éclaire, car en ce moment, j'ai plutôt l'impression que le modèle sur lequel nous nous basons en tant que société s'effondre, élargit le fossé entre les pauvres et les riches, exploite les peuples des pays du Tiers-Monde pour nous permettre à NOUS d'avoir un mode de vie de consommation effrené, que l'environnement ne supportera plus longtemps notre avarice, etc... Mais je dois surement me tromper, ce modèle doit être la vraie vie et on ne peut certainement pas aspirer à mieux j'imagine. Je dois être une jeune en quête d'utopie qui rêve en couleur... Que connaissez-vous de l'anarchisme, vraiment, mis à part ce que les médias de masse veulent bien en dire? Merci de m'éclairer.

    • Christian Méthot - Inscrit 19 mars 2013 07 h 42

      Ils vont probablement s'entre-tuer bien avant d'avoir le temps de demander de l'aide... La moindre personne qui essaierait de tirer son épingle du jeu dans une telle société se ferait instantanément traiter d'exploiteur et de bourgeois.

    • Dany Tanguay - Inscrit 19 mars 2013 08 h 49

      Ces jeunes sont en train de nous démontrer que la société capitaliste dans laquelle nous vivons s'en va directement dans un mur.....les riches se dépêchent à se remplir les poches avant que tout s'effondre et c'est commencé, nous n'avons qu'à regarder «l'empire américain» qui décline peu importe les tentatives capitalistes pour supposément redresser leur économie mais en fait ces efforts ne servent qu'à enrichir encore plus les super bien nantis........

    • Richard Laroche - Inscrit 19 mars 2013 10 h 19

      Le mot "anarchie" est une exagération qui a depuis toujours été collée à ceux qui s'opposaient à l'oligarchie, et ce même si ces opposants n'étaient pas nécessairement contre toute forme d'État.

      On oublie que les humanistes Français (comme Thomas Paine et J-J Rousseau) sont parfois référencés en tant qu'anarchistes modérés. On oublie que le libéralisme classique était associé à l'anarchie à l'époque des royautés. On oublie par exemple que les pères fondateurs des États-Unis étaient également des anarchistes MODÉRÉS avoués.

      Isoler une petite communauté en autarcie têtue n'est pas une protection contre l'oligarchie (corée du nord par exemple).

      Ce qui importe réellement, c'est de savoir qui avantageons-nous collectivement quand nous coordonnons nos efforts? (en ce sens l'État existe dès que deux personnes s'entraident) Mais surtout, qui désavantageons-nous?

      L'oligarchie consiste à garder les gens ignards sur l'origine des richesses avec lesquelles ils sont récompensés de leur collaboration (corrompus?) afin qu'ils se complaisent dans une innocence irresponsable.

      La démocratie c'est laisser les gens connaitre, de manière transparente, qui est favorisé par leur collectivité et qui est défavorisé, en toute conscience de la possible immoralité de leurs choix et conséquemment, de leur confort. Qui n'a jamais acheté un t-shirt fabriqué dans une maquiladora?

      L'anarchisme n'est pas un cri de vérité, mais simplement un déni du mensonge et une prise de conscience de l'ignorance. C'est l'expression de la frustration de ne pas avoir vu la vérité. C'est pourquoi l'anarchie est souvent confondue avec la démocratie, au grand plaisir des oligarques qui agitent la chose en épouvantail pour renforcer leur pouvoir.

    • Yves Claudé - Inscrit 19 mars 2013 13 h 49

      Angle droit: L’anarchisme … du monde ouvrier … à la petite-bourgeoisie québécoise…!

      Ce qui constitue un courant politique historique de la classe ouvrière (européenne, nord-américaine, etc.), l’anarchisme, ou plutôt le mouvement libertaire, issu des luttes ouvrières du XIXe siècle, a subi quelques mutations majeures en devenant l’idéologie à la mode, le prêt-à-penser d’une frange “radicale” de la petite-bourgeoisie québécoise.

      En tant que courant ouvrier, le mouvement libertaire a servi, d’une manière insuffisante certes, de contrepoids aux dérives staliniennes qui ont affecté les organisations communistes et les expériences révolutionnaires de divers pays ayant vécu des régimes dits «communistes».

      Le souffle libertaire, c’est celui qui a inspiré la Commune de Paris (1871), la République espagnole (1936), mais aussi, comme l’a fait valoir Jules Verne, écrivain libertaire, la Révolte des Patriotes du Bas Canada en 1837-38, dans son trop peu célèbre roman «Famille-Sans-Nom» (1889).

      Outre les dérives relevant d’une logique de classe, l’anarchisme québécois “à la mode” souffre de ses origines anglo-montréalaises, d’un parti-pris anti-national voire anti-québécois, qui en fait non seulement - en tant que courant gauchiste (selon la définition léniniste) - un allié des forces politiques d’une droite représentant les intérêts de la bourgeoisie, mais aussi un agent idéologique “de gauche” des forces fédéralistes.

      On remarque une migration des certains éléments “anarchistes” vers Québec solidaire : il n’est pas certain que ce parti y trouvera son profit politique !

      Yves Claudé

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 mars 2013 14 h 55

      Réponse à M. Claudé

      « On remarque une migration des certains éléments “anarchistes” vers Québec solidaire : il n’est pas certain que ce parti y trouvera son profit politique ! (M. Claudé) » ?

      Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette migration « anarchiste » vers QS ?

    • Yves Claudé - Inscrit 19 mars 2013 16 h 13

      Monsieur Boulanger,

      Mon propos se veut plutôt sociohistorique, et je ne souhaite pas le personnaliser … Mais on remarque, parmi les différentes tendances et micro-organisations “anarchistes” soit une sympathie (vote pour QS en 2012), soit une adhésion formelle à QS (avec éventuellement une double appartenance), comme cela a été le cas pour quelques personnes originant de l’OCL (Organisation communiste libertaire).

      La forte tendance anti-étatique, anti-nationale et anti-indépendantiste de la mouvance “anarchiste” fait que ces individus recherchant une certaine institutionnalisation du politique, iront vers QS, avec sa position plus qu’ambiguë sur la question nationale, et non pas vers ON ! Par ailleurs, les positions postmodernes multiculturalistes de QS favorisent aussi ce rapprochement, tandis que le style “gavroche” affiché par le député Khadir en aura peut être séduit plusieurs.

      Ces migrations individuelles vers QS ne constituent cependant pas un phénomène majoritaire dans la mouvance “anarchiste”, malgré, par exemple quelques tentatives formelles de discussions entre QS et l’OCL : le dogmatisme des uns n’est pas facilement soluble dans celui des autres !

      Ainsi, les partisans discrets du “Comité invisible”, qui fantasment sur une insurrection “révolutionnaire”, sont peu aptes à adhérer à la stratégie électorale de QS : il leur faudrait pour cela déconstruire une représentation mythique du changement social selon laquelle c’est en renversant des véhicules de la police que l’on renverse l’ordre établi du capitalisme !

      Yves Claudé

  • Tim Vining - Abonné 19 mars 2013 06 h 35

    La colère et l'espoir!

    Je vous remercie de votre article sur le sujet d'anarchisme au Québec. Le mouvement me donne espoir! Je préviens une bonne lecture.

  • André Michaud - Inscrit 19 mars 2013 06 h 55

    Romantisme révolutionnaire

    On se proclame anarchiste par une forme de romatisme révolutionnaire totalement décalé de la réalité et vivant dans un monde magique impliquant une croyance en l'homme responsable ultra sur évaluée .....je le sais car moi aussi je me suis proclamé anar en écoutant Ferré et en lisant la bible anar de Daniel Guerin dans la collection Idées en 1968 (à 18 ans) ...pour le rester quelques décennies...avant de descendre de mon nuage et voir la réalité en face...que de temps perdu !

    • Raphaël Arsenault - Inscrit 19 mars 2013 09 h 01

      Quelle était donc cette réalité que vous avez vu en face? En quoi est-elle meilleure?

      Pour ma part, je crois que s'affranchir de l'état de gouvernant-gouverné est non seulement souhaitable, mais inévitable. C'est pas parce qu'on y est pas arrivé encore que c'est une erreur.
      Comme dire au musicien classique qui commence, que si il ne réussit pas du premier coup, c'est que c'est impossible de jouer du beethoven...

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 19 mars 2013 09 h 21

      Vous n'êtes pas descendu de votre nuage pour voir la " réalité " en face, vous êtes simplement devenu vieux. La vieillesse ramolli toute chose, vous savez, y compris le courage de ses idéaux.

      S'interroger sur le sens du politique n'est jamais du temps perdu, c'est un exercice essentiel qui doit être renouvelé à chaque génération.

      Vous décrivez en fait merveilleusement bien toute l'hypocrisie de votre génération. Une génération qui a passé sa jeunesse a scander les slogans anarchistes, à mettre de l'avant les Michel Chartrand de ce monde et un réel désir de changement, pour finir en banlieusards frustrés qui votent pour Francois Legault et se plaignent de tous ces jeunes idéalistes qui ne voient pas la réalité en face. Cette "réalité" dont vous parlez n'a rien de réel. Elle est l'expression d'un cynisme désabusé, d'un abandon de l'engagement social et intellectuel nécessaire pour faire bouger les idées et redéfinir le politique. Si beaucoup de Baby-boomers d'aujourd'hui se font les défenseurs acharnés du statut-quo, c'est que le mouvement étudiant est le puissant rappel qu'ils ont eux-mêmes trahi leurs propres idéaux au profit d'une respectabilité mièvre et confortable.

    • André Michaud - Inscrit 19 mars 2013 09 h 40

      @ Raphael Arsenault

      Les communes des années 70 m'ont démontré que c'était toujours les même qui allaient travailler, et toujours les même qui restaient assis sur leur cul à fumer du pot et ne pas vouloir étudier ou travailler Voila la société anarchiste idéale. Ceux qui ne veulent pas n'étudient pas et ne travaillent pas et vivent au dépend des autres.. Imaginez que les gens à l'urgence de l'hôpital peuvent aller travailler quand ils veulent , au nom de la liberté!

      Sans lois, sans cadre et sans discipline la société ne peut exister. Comme le soulignait Freud si chacun ne réprimait pas ses instinct la société ne tiendrait pas, tout serait permis (vol, viol..voir meurtres)

      Les humains ne sont pas assez logiques et responsables pour vivre sans loi. Comme disait Dylan "pour vivre en dehors des lois il faut être honnête"..

      Mon romantisme anarchiste était dû à une surévaluation très très idéalisée de la race humaine !!

      Si les citoyens n'étaient pas obligé de payer impôts et taxes, ils feraient tout pour L'éviter et l'état n'aurait plus d'argent pour les écoles, les routes , les hôpitaux etc.. Dans une société anarchiste ce serait les riches qui s'en tireraient le mieux, et les démunis qui seraient les grands perdants.

      Enlever les polices de la route et ce serait un désastre ! Surtout au Québec où les conducteurs sont peu disciplinés. Déjà avec des policiers les autos vont beaucoup trop vite..et les citoyens peu courtois (tasse toué bonhomme)

      Si il n'y avait pas le risque de se faire pogner et aller en prison, le nombre vols se multiplierait...Sans les policiers le printemps érable aurait connu encore plus de casse, voir brûler de banques etc.. Comme le disait Zappa, l'humain est stupide de nature mais se prend pour un dieu!

      L'esprit est promp mais la chaire est faible et l'humain profondément égoiste de nature. Est-ce que les manifestants anar se préocupe de leurs concitoyens qui payent les millions pour leurs manifs anarchistes? Non! Est-ce qu'i

    • Marie-Hélène Lagueux-Tremblay - Inscrite 19 mars 2013 10 h 26

      C'est sûr que c'est romantique, c'est sûr que c'est un idéal que la majorité n'est pas prête à vivre. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas s'émanciper, peu à peu, chacun à notre façon, en embarquant les gens de notre entourage dans le mouvement, pas pour les manipuler, pas pour les utiliser, juste parce qu'ils réalisent qu'on partage les mêmes valeurs, qu'on pose des gestes pour les mêmes raison et non pas pour se plier à un système qu'on nous a imposer, qu'on nous fait croire qu'il fonctionne, alors que tout se contredit.

    • Jacques Pruneau - Inscrit 19 mars 2013 10 h 35

      Selon son habitude bien établie, Monsieur Michaud nous fait l'honneur de nous parler de lui. Il est venu, il a vu, il sait et il est le seul à savoir.

      Si le grand homme descendant de son nuage avait réussi à faire de sa réalité quelque chose de potable, il serait sans doute moins amer aujourd'hui.

      Daniel Guerin était bien, mais Proudhon avant lui n'était pas mal non plus. De plus, parler de "bible" dans une vue Anarchiste est une insignifiance. Ce n'est pas la seule dont le grand homme nous fait part. Que de temps perdu... en effet!

    • Maxime Dion - Inscrit 19 mars 2013 12 h 13

      @Mathieu Massicotte

      Les mouvements alternatifs de l’époque n’ont pas tous été vécus de la même façon de part le monde.

      Ainsi, aux USA la jeunesse était confrontée avec la crainte d’aller se faire tuer ou mutiler au Vietnam, ce qui avait pour effet de catalyser les mouvements alternatifs en véritable mouvement de contestation.

      Pendant ce temps, dans le confort relatif de la Belle province, cet engouement pour la contestation n’était dans l’ensemble qu’un effet de mode.

      À ce compte-là, la petite bourgeoisie de par chez-nous qui revêtait à l’époque la défroque d’hippies en goguette ainsi que nos révolutionnaires de salon qui essaimaient des bungalows de la banlieue n’ont eu aucune difficulté à renier un discours convenu, et ainsi à adhérer à la société de consommation dès que cessa la mode de la contestation et de la vie alternative.

    • André Michaud - Inscrit 19 mars 2013 13 h 47

      @ M.Pruneau

      Je n'ai pas la prétention de posséder LA vérité, la vie m'a apprise que LA vérité noire ou blanche c'est un mythe. Si je parle parfois de ma petite expérience personnelle c'est pour éviter de rester purement "théorique". Libre aux lecteurs d'en penser ce qu'ils veulent.

      @ Mathieu Massicotte

      La société de consommation m'a bien moins touché que bien des gens de ma génération et que les jeunes aujourd'hui. Que des meubles usagés chez moi, pas de voyages, pas de dettes.. etc..

    • Gabriel Auclair - Inscrit 19 mars 2013 15 h 27

      @ André Michaud,

      Si vous croyez que votre expérience personnelle est mieux que de l'information théorique, vous avez tors. Votre expérience personnelle est subjective et est bourrée de prénotions (notion conçues avant l'examen scientifique des faits).

      Vous dites savoir que les anarchistes sont détachés de la réalité avec comme argument que vous croyez que c'était votre cas, mais vous n'êtes pas un échantillon représentatif.

      De grâce, ne dites pas que vous savez quelque chose si ce n'est pas le cas.

      P.S. Freud n'a jamais dit que l'état seul avait le pouvoir de réprimer les instincts.

    • André Michaud - Inscrit 19 mars 2013 23 h 05

      Ce que j'ai gardé de ma période anar c'est l'importance du "ni Dieu ni maitre" dans les sens d'être libre penseur, non inféodé à la droite ou la gauche ou toute religion ou idéologie (ismes), y compris l'anarchisme.

      @ Gabriel Auclair
      Les théories sur papier, loin du véçu , ont peu de valeurs à mes yeux. C'est souvent de la poudre aux yeux car j'ai vu en philo que l'on peut prouver à peu près n'importe quoi théoriquement.

      Comme en science il faut expérimenter dans le concret pour vraiment prouver. Avant son application concrète, dans la théorie pure, le communisme semblait une très bonne idée , mais dans les faits il fut encore pire que le capitalisme.

  • Marie Rochette - Abonné 19 mars 2013 07 h 22

    Violence

    Par Martin Roy,
    Ce qui me choque dans ce discours c'est que la violence puisse être utilisée et justifiée par le simple fait que la violence existe préallablement. En toute logique, il me semble que cette idée est une trappe dont on ne pourra jamais sortir car il y aura toujours eu de la violence préexistente d'un côté ou de l'autre et évidement celle manifestée par un des côtés risque fort d'être jugée comme étant bien plus grande que celle qu'y ooppose les partisans de son côté. Avec des croyances telles qu'on puisse utiliser la violence pour contrer la violence, j'ai bien peur que la seule résultante soit d'alimenter le feu qu'on désire éteindre, à supposer que ce soit vraiment l'intention profonde des partisans anarchistes ou autres.

    Marshall Rosenberg, qui a développé la philosophie de communication non violente (CNV, croit pour sa part que la violence ne devrait être utilisée que dans un but de protection de la vie et donne plusieurs exemples à cet égard dans son livre intitulé "les mots sont des murs ou des fenêtres". Ce qui est particulièrement savoureux dans cette philosophie, c'est qu'elle sort de la notion du bien et du mal, des bons et des méchants, de la droite, de la gauche, des ci et des ça pour ce concentrer sur ce qui importe vraiment pour chacun et qui contribue à son bien-être propre et à celui de son entourage (conjoint, parents, ami, voisin....).

    Bonne lecture à ceux qui cherchent des moyens très pratiques d'améliorer la beauté du monde en évitant la violence et en se centrant sur les besoins de chacuns.

    Au-delà du bien et du mal, il y a un lieu où nous retrouverons.
    - tiré ad lib du livre de Rosenberg

    • Maxime Dion - Inscrit 19 mars 2013 12 h 23

      En parlant de violence, il y a une marge entre une poubelle de renversée, une vitre de brisée et un attentat sanglant, une marge que les médias populistes et populaires fraichissent allégrement.

      Par ailleurs, ce qui motive ces contestations relativement pacifistes en regard des attentats sanglants qui ont lieu de par le monde, ce sont les difficultés matérielles et existentielles d’une classe sociale déshéritée sur le plan des moyens qui se manifestent.

    • Michaël Lessard - Abonné 19 mars 2013 20 h 38

      Allo,

      Remarquez que beaucoup d'anarchistes sont d'accord avec vous (Marie Rochette/Martin Roy). C'est un débat éthique constant, ne serait-ce qu'au sein même d'une personne ayant des valeurs liberataires. Si on est contre toute forme de domination, par définition, on ne voudra pas utiliser la violence qui sert à imposer/dominer.

      Logiquement, la réponse anarchiste idéale à la violence est un «mouvement de masse», un rapport de force qui espère éviter la violence en utilisant la force démocratique (les gens). Mais c'est de la théorie. Dans la pratique, un groupe marginalisé ou minortaire, face à la répression ou à la pauvreté, risque de réagir violemment et alors il ne sert à rien de les juger (ce qui ne signifie pas non plus louanger ni laisser faire ce type de dynamique).

  • Micheline Gagnon - Inscrite 19 mars 2013 09 h 11

    «...Fondamentalement, ce qui importe pour les anarchistes, c’est que ça ne soit pas d’autres personnes qui prennent des décisions pour eux. »

    En fin de compte, cela ressemble beaucoup au gouvernement Conservateur au pouvoir.

    • Isabelle Martineau - Abonnée 19 mars 2013 19 h 32

      Malheureusement, j'ai déjà eu cette impression de ressemblance entre les deux groupes...

    • Daniel Bérubé - Abonné 20 mars 2013 21 h 20

      Et vous n'êtent pas les seuls...