Réinsertion à l’emploi - Des mesures efficaces existent

Les encouragements plutôt que les menaces : pour stimuler le retour à l’emploi après une longue période d’aide sociale, les incitatifs financiers ont parfois un réel impact, montrent différentes études évaluant les programmes québécois.

Chercheur à l’Université Laval, Guy Lacroix a analysé l’effet à long terme du programme Action emploi. Testé en 2002, ce programme donnait accès à une généreuse subvention salariale de trois ans à des prestataires de l’aide sociale qui se trouvaient un emploi, et ce, tant qu’ils y restaient.


Trois ans après la fin de la subvention, une majorité de participants n’avait plus recours à l’aide sociale.


« Nous les avons suivis six ans, et six ans plus tard, on voit une énorme différence ! se réjouit le professeur au Département d’économique. Même s’ils n’ont plus la subvention ! »


Dans un chapitre à paraître dans l’édition 2012 du livre Le Québec économique, il explique le succès de cette mesure à l’égard de laquelle il était lui-même très sceptique au départ. Inspirée d’expériences semblables tentées en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, l’initiative québécoise a connu un succès que le chercheur ne s’explique toujours pas à ce jour.


Effectivement, dans les deux autres provinces, on a observé un retour considérable des participants à l’aide sociale lorsque la subvention a pris fin. Pas ici ! « J’étais le premier étonné devant mes résultats », relate M. Lacroix. Car les participants avaient tous passé plus de 36 des 45 derniers mois sur l’aide sociale. Parfois dix ans. « On leur disait seulement : trouvez-vous une job, débrouillez-vous, puis appelez-nous, on va vous donner 50 % de plus que le salaire minimum », explique M. Lacroix.


Mesures ciblées


Toutefois, certaines clientèles ont été plus réceptives que d’autres. La barrière à l’emploi peut être très grande, et les préjugés des employeurs sont toujours présents. « Le consensus, dit M. Lacroix, c’est que les mesures ciblées sont celles qui donnent les meilleurs résultats. »


Il est donc faux de penser qu’on est condamné à l’aide sociale après une longue période de prestations : il y a des programmes efficaces, soutient le chercheur. « Le problème, c’est de cibler les clientèles et les bonnes mesures pour chacune. Et c’est important de dire qu’au Québec, on étudie ces choses-là plus qu’ailleurs. » Selon lui, Québec dispose de beaucoup de données pour comprendre ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. Et les subventions salariales sont une piste prometteuse. « Les économistes s’entendent pour dire que la carotte, ça incite au travail », dit Guy Lacroix.

 

L’allocation familiale


Dans un mémoire de maîtrise publié en 2005 à l’Université Laval, Olivier Blouin avait d’ailleurs déterminé que, plus que les garderies à 7 $, l’allocation familiale (devenue le soutien aux enfants) a eu pour effet de sortir nombre de familles monoparentales de l’aide sociale. Ce montant non négligeable pour une famille à faible revenu « a été la principale cause de l’effet de baisse de 5,5 % causée par la politique familiale pendant l’année 1997 sur la participation au programme d’aide sociale des familles monoparentales », écrit M. Blouin. Dans les années suivantes, les garderies à 7 $ ont eu un effet, mais « moins important » : encore faut-il y avoir accès.


« Il y a des clientèles réfractaires. L’enjeu est là, croit Guy Lacroix. Je présume qu’à Québec, on se demande comment les forcer, en quelque sorte, à participer aux différents programmes. » Et il ne se prononce pas sur les méthodes choisies, préférant attendre d’en savoir plus.