Aide sociale - Maltais change de ton


	Quelques centaines de prestataires d’aide sociale ont manifesté mercredi dans les rues de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Quelques centaines de prestataires d’aide sociale ont manifesté mercredi dans les rues de Montréal.

Changement de ton à la Solidarité sociale : sous un tollé de protestations qu’elle associe à des craintes légitimes, la ministre Agnès Maltais s’engage à ce que les changements apportés à l’aide sociale permettent de corriger d’importants vices du système. Elle compte identifier les inaptes au travail ciblés à tort et sans succès par des mesures de retour à l’emploi.

« Les gens qui ne sont pas capables de travailler méritent d’être considérés comme tels et ne devraient pas seulement recevoir 604 $ par mois [la prestation de base] », a expliqué au Devoir la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale lors d’un entretien téléphonique mercredi après-midi. « Je continue à dire que pour briser le cycle de la pauvreté, l’idéal, c’est de trouver un emploi. Mais l’idéal, ils n’en sont pas tous capables, je le sais. »


Réitérant son voeu de ne laisser tomber personne, Mme Maltais a longuement expliqué son intention de mieux identifier les gens inaptes à l’emploi, leur reconnaissant au passage l’allocation associée à leur contrainte. « Il n’y a jamais eu une attention particulière pour dégager véritablement les gens qui ont une contrainte sévère à l’emploi, et ça, il faut le régler. Il y en a qui sont chez eux, isolés, puis on n’a pas eu de contact avec eux depuis dix ans, et ils ne peuvent pas travailler, c’est clair. »


Pour rassurer les groupes inquiets des « trous » laissés dans son projet de règlement publié à la fin février, la ministre Maltais promet de présenter non seulement un règlement « amélioré », mais aussi un « engagement de services » qui précisera la méthode retenue pour tenir les rencontres individuelles et la manière de donner la priorité à certains groupes. Pour la première année, 1900 prestataires âgés de 54 ans auront droit à cet entretien. « Tout, tout, tout va être dedans. Précis, détaillé. »


Elle a réitéré qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter du personnel dans les 136 centres locaux d’emploi (CLE) que compte le Québec, une crainte exposée mardi par le Syndicat de la fonction publique du Québec et les groupes sociaux. « Mais la manière de faire va changer. »


Mme Maltais refuse de parler d’un « changement de discours ». « Je sais fort bienqu’une partie des 50 ans et plus, là où on risque de trouver les personnes les plus vulnérables », ne pourra jamais retourner sur le marché du travail.


Les changements proposés visent les 55 à 57 ans : à compter du 1er juin, ils n’auraient plus droit « automatiquement » à l’allocation de 129 $ pour contrainte temporaire liée à l’âge. Mais la ministre assure que seul « l’automatisme » disparaîtra. « Ça fait 25 ans qu’il est là, il est un peu caduc. » La ministre estime que la nouvelle méthode devrait permettre à tous les gens visés de s’enrichir, alors que les craintes exprimées ont surtout servi à dire la peur de voir s’appauvrir les plus vulnérables. Mme Maltais confirme que tous recevront soit le 195 $ reconnaissant un parcours vers l’emploi, ou alors l’allocation liée à la contrainte, qu’on autorisera dès sa reconnaissance, peu importe l’âge. « Personne ne devrait donc se retrouver seulement avec le 604 $ par mois ? », lui demande-t-on. « Exactement. Sauf si quelqu’un barre et dit « je ne veux rien savoir », mais moi, je pense qu’ils vont être heureux. »

 

Odieux et indigne


Plus tôt en journée, à Montréal, la tour de la Bourse avait été investie par une foule composée en majorité d’assistés sociaux en colère. Quelques centaines de prestataires d’aide sociale ont accusé le Parti québécois et sa ministre Agnès Maltais de mépriser les moins nantis en tentant de les appauvrir. À Sherbrooke, Québec et Trois-Rivières, des scènes semblables se jouaient.


« Le BS à la sauce péquisse », affichait une des pancartes brandies par cette foule colorée et en colère, dont la majorité des slogans visaient sans grande subtilité la ministre Maltais, mais aussi les valeurs bafouées par le PQ. À propos de ces attaques, Mme Maltais réplique : « S’il y a une personne et un parti qui peuvent réussir ça dans le respect des personnes, je pense que c’est nous, et je pense que c’est moi. »


La grogne n’a pas cessé de s’intensifier depuis le dévoilement de ce projet de règlement. « La ministre le sait-tu, elle, comment on fait pour vivre le reste du mois quand il nous reste juste 100 piasses ? » Bernard, 58 ans, le sait. Après avoir payé 650 $ pour occuper son 3 et demi de l’est de Montréal, ce sont des grenailles dont il dispose pour terminer son mois.


Au micro, Sylvain Lacroix vocifère. Il faisait partie de la délégation revenue bredouille des bureaux de Mme Maltais, car celle-ci et son équipe étaient à Québec. « Je souhaitais leur faire comprendre vraiment ce qui se passe sur le terrain ! Ces gens-là ne comprennent pas la réalité ! Ch’t’écoeuré ! Il faut que ça change ! »


Peu après, l’homme venu du Témiscouata explique : « Nous autres, dans le Bas-du-Fleuve, on est pognés entre deux feux avec la réforme de l’assurance-emploi et les changements à l’aide sociale. On est venus ici pour expliquer à la ministre comment ça se passe dans les régions : ça n’a rien à voir avec Montréal », dit M. Lacroix, un ancien prestataire d’aide sociale ex-toxicomane, qui partage son temps désormais entre le travail d’artiste peintre et celui d’intervenant auprès des assistés sociaux.


Notons qu’un comité de sept députés, comptant Daniel Breton, s’affaire avec Mme Maltais à peaufiner le règlement afin de le « bonifier ».

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