Coupes à l’aide sociale - Pas d’ajout de personnel prévu

Mardi, alors qu’elle répondait aux questions de l’opposition, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, a promis que l’accessibilité aux services ne serait pas atteinte.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Mardi, alors qu’elle répondait aux questions de l’opposition, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, a promis que l’accessibilité aux services ne serait pas atteinte.

Aucun agent additionnel ne viendra prêter main-forte au personnel d’Emploi-Québec pour tenir ces rencontres individuelles promises par la ministre Agnès Maltais aux 11 300 personnes et ménages touchés par les coupes projetées à l’aide sociale.

Un contexte qui met en péril le succès de la mesure annoncée, croient les groupes représentant à la fois les agents d’emploi chargés de mener ces précieux entretiens et les prestataires d’aide sociale. Le Syndicat de la fonction publique du Québec juge « irréaliste » ce surcroît de travail sans ajout de personnel. Le Front commun des personnes assistées sociales estime « impossible » la tenue de telles rencontres sans ressources additionnelles.


Les compressions touchent déjà durement le personnel : seuls 4 départs à la retraite sur 10 sont actuellement remplacés, et les efforts exigés du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour atteindre le déficit zéro sont imposants (121 millions pour l’année 2013-2014). Selon nos informations, des employés occasionnels dont les mandats étaient sur le point de se terminer ne seront pas rappelés. Des étudiants qui venaient habituellement prêter main-forte l’été ne seront pas embauchés.


« Il y a présentement 4278 personnes dans les directions régionales d’Emploi-Québec pour répondre aux besoins des clientèles », a expliqué lundi par courriel Mélanie Harvey, attachée de presse de la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais. Ajoutera-t-on des ressources pour faire face à la nouvelle demande ? « Non. Le réseau est capable d’absorber cette nouvelle clientèle. »


Une approche personnelle


Le projet de règlement imaginé par Québec prévoit la disparition d’une allocation de contrainte temporaire pour deux groupes (les 55 à 57 ans, et les couples ayant à charge un enfant d’âge préscolaire). Il limite aussi l’accès aux services d’hébergement pour toxicomanes. En coupant une allocation de 129 $ par mois, Québec compte inciter au travail et promet de verser à ceux qui se lanceront dans un parcours d’emploi un montant de 195 $ par mois le temps que durera le programme.


Mardi, alors qu’elle répondait aux questions de l’opposition, Agnès Maltais a promis que l’accessibilité aux services ne serait pas atteinte. Elle a proposé de « ne plus travailler par automatismes, mais par une approche personnelle ».


Dans un document mis en ligne sur le site d’Emploi et Solidarité sociale (Principaux éléments constitutifs de l’analyse d’impact des quatre mesures réglementaires), on prévoit que « l’impact opérationnel potentiel » pour les services d’Emploi-Québec en 2013-2014 serait, en moyenne par centre local d’emploi (CLE), de 70 couples (ceux qui bénéficiaient de l’allocation liée à la garde d’un enfant de moins de 5 ans) et de 14 ménages composés d’un adulte âgé de 55 à 57 ans, eux aussi visés par les changements prévus.


Au SFPQ, ces chiffres suscitent l’inquiétude. « Les agents peinent déjà à faire leur travail avec la demande actuelle, alors nous nous demandons vraiment comment ce sera possible de suivre tous ces gens-là à moins d’offrir un service complètement déshumanisé, déplore Denise Boileau, vice-présidente du SFPQ. L’objectif de rencontrer tout le monde pour les mettre en mouvement vers l’emploi est louable, mais complètement irréaliste. »


Amélie Châteauneuf, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales, abonde. « Comment madame la ministre peut-elle promettre que ces milliers de personnes auront toutes accès à une rencontre individuelle alors qu’on sait, sur le terrain, que c’est déjà difficile, sans les coupes annoncées ? S’il n’y a pas de personnel de plus, c’est complètement impossible. »


Si la pression augmente sur le personnel, le service rendu pourrait perdre en « humanité ». « Ça n’est pas facile et magique comme la ministre semble le présenter, poursuit Denise Boileau. On rencontre la personne, on lui propose un emploi et hop ! c’est fini ? Au contraire, c’est parfois très long, et à la base de ces rencontres, il y a l’écoute et la confiance. Dans les conditions actuelles, c’est impossible à faire comme il faut. »


Marie-Claire Baigner a longuement travaillé comme agente d’emploi dans un CLE. Elle a mené plusieurs de ces rencontres individuelles destinées à évaluer l’employabilité d’un prestataire d’aide sociale. « Déjà, au fil des ans, on a dû faire plus avec moins, et en fin de compte, on prend moins le temps d’aller au fond des choses, explique-t-elle. Les gens ont l’impression qu’on doit rendre le service rapidement. »


Évaluer un dossier, c’est rencontrer une personne qui a une histoire à raconter. « Ce sont souvent des gens qui ont vécu toute une vie à la dure. Ce dont ils manquent beaucoup pour aller sur le marché du travail, c’est l’estime d’eux-mêmes. Et ça, on ne peut pas recréer ça en faisant une petite rencontre rapide. »

24 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 13 mars 2013 01 h 15

    Du blabla de ministre

    Elle sait que cela sera dur à prouver le contraire: pas un des employés de ce ministère n'oseront parler. Mais, c'est de la bouillie pour les chats les réponses de la ministres. On ne la croit plus. Désolé

    • Louka Paradis - Inscrit 13 mars 2013 12 h 07

      «Elle sait que»... «pas un...n'oseront(sic) parler.» Comment pouvez-vous lire dans le pensées de la ministre et dans l'avenir ? Des énoncés qui ne sont pas étayés de faits ne peuvent servir d'arguments. Attendons les résultats de ces mesures : on verra bien s'ils donneront des fruits. C'est mieux que de ne rien tenter pour sortir les gens de ce cercle infernal de pauvreté. La pensée positive est plus puissante que les peurs et la paralysie qui ne mènent qu'à l'impuissance et à la dépendance.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Carole Dionne - Inscrite 13 mars 2013 16 h 52

      Les faits?

      Les employés ne peuvent parler et j'en sais quelque chose, j'ai été fonctionnaire pendant 34 ans. " La pensée positive?" Désolé, cher public, je ne lis pas dans les pensée de la ministre, j'analyse les faits. Mme Maltais a bien dit qu'il n'y avait pas d'enquêteur à l'aide social. Faux. J'ai trois amis qui y travaillent présentement. Et de "on verra", c'est l'appanage de M François Legault.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 mars 2013 06 h 38

    Juste

    Juste le titre de l'article me satisfait. Enfin ce n'est pas une occasion de créer de l'emploi et d'augmenter la lourdeur de la *&&?%?%?&* machine !

  • Lydia Anfossi - Abonnée 13 mars 2013 07 h 15

    L'obsession de Bouchard , la perte de Marois

    Quand Lucien Bouchard a pris la tête du gouvernement, il a jeté le Québec dans la merde pour des années avec son obsession du déficit 0: on se rappelle les départs à la retraite dans le système de santé, sans remplacement, qui fait qu'on en souffre encore. Marois n'a pas compris, elle s'y remet. Pourtant, il y a suffisamment d'études ( mais faut pas juste lire celles de l'Institut Économique !) qui démontrent non seulement l'inefficacité de cette courte de vue de déficit zéro mais les effets pervers qu'elle engendre. Ça donne quoi d'avoir un déficit de zéro si les gens crèvent de faim? Pas les gens d'en haut, ils ne crèvent jamais de faim, les autres, tous les autres. Où est la travailleuse sociale Marois de jadis ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 mars 2013 09 h 30

      À mon sens, ce n'est pas le déficit zéro le problème, c'est la façon dont le PQ s'y prend pour l'atteindre. Il aurait pu faire le choix d'augmenter les revenus du gouvernement au lieu de couper dans certains services comme l'aide sociale.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 mars 2013 10 h 40

      Comment peut-on souffrir encore de retraites anticipées qui ont eu lieu il y a plus de 15 ans? Ces gens auraient-ils dû travailler jusqu'à 70 ou 80 ans?

      Et si je me souviens bien, on disait déjà que le système de santé était très mauvais dès les années 70. Alors...

    • Francois Gougeon - Inscrit 13 mars 2013 12 h 03

      M. Anfossi :
      Le service de la dette représente environ 12% du budget du Québec (environ 2 milliards de plus que TOUT le budget de l'enseignement supérieur).
      Si on avait été un peu plus sage dans nos dépenses, imaginez ce que l'on pourrait réaliser avec cet argent au lieu de le verser en intérêts, souvent à des banques étrangères.
      Ça me surprend toujours de voir des gens supposément de gauche adopter la vision à court terme de l'endettement quand on sait que l'endettement nous rend collectivement dépendants d'agences de notation et autres organismes qui n'ont certainement pas à coeur l'intérêt des Québecois.
      Aussi, dites-vous qu'une dette volumineuse nous met aussi à la merci d'une augmentation des taux d'intérêts.
      Bref, pour notre stabilité et notre indépendance, il est de notre devoir de faire des sacrifices pour réduire notre endettement collectif. On peut discuter de la meilleure façon d'y arriver, mais cela reste nécessaire.
      Finalement, j'aimerais bien savoir qui "crève de faim". Notre société souffre plutôt d'embonpoint, particulièrement chez les moins nantis.

    • Claude Lachance - Inscrite 13 mars 2013 12 h 38

      @Sylvain Auclair. Les gens mis à la retraite dans les années-Bouchard, étaient bien mieux formés que la génération d'aujourd'hui, je crois que l'on pouvait parler de vocation. Je mettrais ma main au feu que les erreurs médicales,que l'on peut voir,presque quotidiennement, dans les hopitaux du Québec , n'arriveraient pas ou à tout le moins moins souvent si les apprentis infirmier(es)avaient eu ces guides et prof pour leur injecter une conscience professionnelle indéfectible.

    • Nicole Bernier - Inscrite 13 mars 2013 14 h 01

      Ben oui, les pauvres mangent trop, on va leur couper leur budget du B.S. .... incroyable le classisme (discremination sur la base de sa classe sociale) et l'ignorance de certaines interventions. Ne venez pas me dire que j'ai mal compris vos intentions et vos valeurs.... car il est clair que vous avez les moyens de faire certains sacrifices....

      Pourtant, vivre au dessus de ses moyens c'est un problème qui a été mis en place par une élite sociale, par des professionels sans vision à long terme... Faire attention à ce que l'on dépense sans parler de qui s'enrichi du travail collectif et de l'investissement du gouvernement, c'est encore une façon de rendre responsable des échecs d'un système sur ceux qui ont le moins de pouvoir et qui prennent des décisions qui ont le moins d'influence sur la vie des autres...

      Nous vivons actuellement dans une société qui a été définie par une élite et l'endettement se perpétue quand on permet à des compagnies de s'enrichir sans penser aux conséquences sociales de ces décisions... Le Plan Nord ou la construction des gros pipelines pour transporter les gaz bétimuneux ont d'énormes coûts sociaux... est-ce qu'on charge des taxes aux compagnies de manière, par exemple, à leur faire payer les coûts de reboisements dans d'autres régions du pays immédiatement... Il faut aussi penser à ne pas forcer les pays d'Amérique du Sud de faire le développement de leurs pays en payant pour notre négligeance d'avoir tout coupé nos forêts... Pour arriver, à de tels changements, il faut être capable de faire des analyses sérieuses... La droite ou la gauche a ses ignorants et ses savants, mais je ne crois pas que la gauche n'aie jamais détenu le pouvoir politique au Québec... La social démocratie que nous avons connu me semble une position de centre... D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'à l'adolescence on a été marxiste qu'on est capable à l'âge adulte de concevoir un projet de société qui soit ernraciné dans une vision de gauche

    • Marc Collin - Inscrit 13 mars 2013 16 h 07

      toujours mieux cette situation que d'être dans le cas de la grèce, italie, espagne...

  • Nicole Bernier - Inscrite 13 mars 2013 07 h 18

    Pour équilibrer le budget du Québec: s'attaquer aux plus pauvres!

    Le beau discours tenue par la Ministre "elle n'échappera personne" avec son nouveau plan; pourtant cet article avec la réaction des fonctionnaires sur les coupures de personnels et leur identification des problèmes indiquent clairement les vrais intentions de la Ministre.... Il n'y a aucune stratégie pour aider les personnes qui soient mieux adaptées, c'est une coupure de services déguisée pour qu'elle puise se donner bonne conscience et pour essayer de manipuler l'opinion publique... L'hypocrisie n'a rien d'admirable et ne donne surtout pas le goût de voter ou encore de croire en la valeur de leur travail (surtout que l'on vient de découvrir que leur geste pour fermer la centrale nucléaire Gentilly ne fut même pas un geste de courage puisque toutes les décisions avaient été prises par le gouvernement précédent et Hydro-Québec)... Et si on est prêt à défendre des gestes infâmes comme cette coupure au lieu d'avoir le courage de s'en prendre aux compagnies qui pourrissent notre alimentation pour s'enrichir ou qui détruisent notre environnement pour se remplir les poches, cela montre à quel point notre éthique, notre idéal n'a pas de substance.... Ce geste de lâcheté de la Ministre Maltais n'a pas d'équivalent sauf de démontrer l'incapacité de créer un projet de société excitant, de créer de l'excitation autour de vision différente et nécessaire pour faire du Québec un pays différent... Pourquoi se donner le trouble de changer la constitution quand on n'a rien de mieux à proposer que de s'attaquer aux moins influents d'une société. Je ne lèverai pas le petit doigt pour un projet qui affirme: "l'important c'est que nous soyons exploités par des francophones".

    • Claude Lachance - Inscrite 13 mars 2013 08 h 14

      Un agent d'aide- sociale est un fonctionnaire qui fait remplir des papiers, et qui dit on vous convoquera.Quand il convoque, il y a son patron qui dit, coupe c'est la loi. Pas besoins de formation pour exécuter un travail dont les résultats leur échappent. Autrefois le travailleur avait un bottin de réseaux d'aides, aujourd'hui son bottin se résume à très peu, quelques entourloupettes et une lettre suivra. On vous coupe c'est la loi!!! Mais vous pouvez aller en appel.!Aie.!!

  • Serge Grenier - Inscrit 13 mars 2013 08 h 08

    La pensée magique...

    Les élus se battent pour avoir le pouvoir parce qu'ils croient que le pouvoir est «magique». Ils croient qu'il suffit d'une loi ou d'un décret pour que des milliers d'emplois apparaissent comme par magie et que chacun de ces emplois soit taillé sur mesure pour chaque assisté social de chaque région aussi éloignée soit-elle et que comme par magie, les fonctionnaires du ministère pourront faire en une heure, ce qui normalement en prend trois.

    Le «Principe de Peter» mène directement à la «Loi de Murphy».