Coupes dans l'aide sociale: «Je n'échapperai personne», promet Maltais

«Je n'échapperai personne, je le promets.» La ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, souhaite modifier trois mesures de l'aide sociale, l'objectif étant d'inciter certains prestataires à retourner sur le marché de l'emploi, mais elle s'engage à «n'échapper personne» en cours de transformation.

Mme Maltais réagissait cet après-midi à l'article du Devoir dévoilant les changements souhaités par le gouvernement Marois, et publiés dans la Gazette officielle du 27 février. Ceux-ci prévoient la disparition d'une allocation versée pour «contrainte temporaire» au travail à deux groupes de personnes: les 55 à 58 ans, en raison de l'âge; et les couples ayant la charge d'un enfant d'âge préscolaire. On compte aussi limiter l'accès à des services en toxicomanie avec hébergement, en imposant désormais une durée (pas plus de deux fois par année, pour un total de 90 jours).

La ministre a d'abord expliqué qu'en changeant ces trois mesures, elle ne lançait pas «une grande réforme de l'aide sociale». Elle a aussi ajouté que ces changements, qui sont lancés au débat public pour 45 jours, comme le veut la tradition politique après la parution dans la Gazette officielle, étaient complémentaires à la stratégie Tous pour l'emploi, lancée le mois dernier. Pour répondre à un imposant besoin de main-d'oeuvre, Québec vise les travailleurs «expérimentés», âgés de 55 ans et plus, et aussi les jeunes prestataires d'aide sociale — 67% des bénéficiaires proviennent d'une famille ayant eu recours elle aussi à l'aide sociale, un «cycle de pauvreté» que la ministre espère briser.

Approbation du conseil des ministres

Les changements publiés dans la Gazette officielle ont offusqué les groupes concernés, car ils n'avaient pas été prévenus. La ministre comprend la surprise, mais estime qu'elle avait pourtant affirmé à plusieurs qu'elle «s'en venait bientôt avec des changements». «J'ai même précisé que je savais qu'avec des mesures d'incitation à l'emploi, je n'allais pas plaire à tout le monde.» Mme Maltais n'a en outre pas apprécié notre titre (Québec coupe en catimini dans l'aide sociale), car elle affirme qu'une publication dans la Gazette officielle «ce n'est pas en catimini, c'est comme ça que ça marche». Si elle n'a donné aucun indice des changements qu'elle allait lancer lors de l'étude des crédits, à la mi-février, c'est que «le conseil des ministres n'avait pas encore approuvé ces changements».

Histoire de rassurer les inquiets, Agnès Maltais promet que les prestataires qui perdront cette allocation de 129$ (en ajout à l'allocation de base de 604$ par mois) seront «tous rencontrés un par un, et invités à se trouver une voie de réinsertion». Ils pourraient donc tous recevoir 195$ par mois le temps qu'ils suivront ce «parcours» de réinsertion, qui pourra durer «plusieurs mois». «Ils pourraient donc être gagnants.»

Interrogée sur le fait que certains candidats pourtant jugés «aptes au travail» ne pourraient peut-être jamais se trouver d'emploi en raison de diverses fragilités, la ministre a répondu: «Je ne veux échapper personne, je vous le dis. Je connais assez la fragilité de ces gens-là, je sais de quoi je parle, personne ne va venir me donner de leçons sur l'exclusion et la pauvreté là. Mais je vais vous dire: je pense qu'il y a des gens à 55 ans qui seront ravis de retrouver un emploi, et les employeurs ont besoin de ces gens expérimentés.»

Quant aux couples avec jeunes enfants, «il faut donner un modèle à un enfant» en prenant le chemin du travail. Là aussi, Mme Maltais espère que certains prestataires seront gagnants en empochant d'abord le 195$ par mois pour participation au parcours de réinsertion, et puis en ayant ensuite un véritable salaire.

Toxicomanie

Et les coupes en toxicomanie? Dans cette sphère, une analyse fine du dossier l'a étonnée: en effet, certains bénéficiaires restaient jusqu'à 30 mois en désintoxication, d'autres 18, puis 12 mois. «Alors que la moyenne d'une désintox au Québec c'est 15 jours», dit la ministre. «Quand c'est rendu comme ça, on n'est plus en voie de réinsertion à l'emploi et puis on ne les aide plus. On les abandonne!» Elle a discuté avec ses collègues de la Santé et des Services sociaux pour offrir un réaménagement de cette option.

La ministre Maltais s'engage à revoir tous ces changements si on lui fait la preuve que cette voie n'est pas la bonne. «Il n'y a pas de certitude dans la vie, mais il faudra me démontrer que je me goure!» Quant à son intention de revoir le programme d'aide sociale en cessant de calculer les pensions alimentaires reçues par les monoparentales, une demande martelée par le PQ alors qu'il était dans l'opposition, Mme Maltais réitère qu'elle y est favorable, et qu'elle s'en «vient avec quelque chose. Laissez-nous le temps. On aura des annonces.»
77 commentaires
  • Laurence Cabanié - Inscrite 2 mars 2013 17 h 55

    Et QS cessera de s'emballer pour rien

    Ouverture au dialogue, explications plus claires, madame Maltais remet les pendules à l'heure. Et ça va déranger les sauveurs de QS...

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 mars 2013 13 h 57

      QS s'emballe pour rien ?

      Je suis étonné que vous trouvez qu'il ne faut pas s'emballer si des prestataires de 55-58 ans et des prestataires ayant la charge d'un enfant d'âge préscolaire vont avoir leur prestation d'aide-sociale diminuée. Et personnellement, je ne trouve pas les explications de la ministre des plus rassurants à cet égard. Tout d'abord, elle soutient que ce n'est pas une grande réforme ? Peut-être, mais celle-ci va tout de même avoir des répercussions sur des milliers d'individus. Elle dit, par ailleurs, que ceux qui vont suivre le parcours de réinsertion à l'emploi vont avoir 195$ par mois au lieu d'être coupés de 129$ (donc un gain de 66$). C'est bien, mais il va y avoir plusieurs (combien ?) prestataires qui vont perdre leur 129$ après leur « parcours » faute d'avoir trouvé un emploi rémunéré. Et quelle est la réplique (dans l'article) de Mme Maltais face à cela ? Elle ne va pas échapper personne (d'accord, mais que veut-elle dire exactement avec son « je n'échapperai personne » ?), il faut donner un modèle positif aux enfants (c'est bien les modèles, mais faut-il pour autant couper l'aide-sociale de plusieurs parents-prestataires qui ne sont pas devenus des « modèles » pour leur progéniture pour différentes raisons ?) et le Québec a besoin de main d'oeuvre (c'est bien le développement économique, mais cela justifie-t-il qu'on coupe en partie l'aide sociale de ceux qui n'ont pas trouvé un emploi pour différentes raisons ?).

  • Simon Nollet - Inscrit 2 mars 2013 18 h 05

    oops

    sans commentaire autre improvisation péquiste. les députés du PQ ont passé un tres mauvais samedi, croyez moi

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 3 mars 2013 10 h 57

      Ce n'est pas une improvisation, mais une mesure sensée et réfléchie pour le mieux-être des prestataires.

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 mars 2013 11 h 19

      Mieux que ce que propose QS : Appauvrir les gens à ne rien faire, pendant qu'on leur promet mer et monde !

    • Benoit Toupin - Abonné 3 mars 2013 14 h 15

      A lire l'article ci-haut, ça ne ressemble pas du tout à de l'improvisation. Il ne faut jamais oublié que les groupes et intervenants concernés et les partis d'opposition jouent aussi quelques fois une joute politique en cherchant à donner de la visibilité aux dossiers qui les concernent ou les avantagent. Attendre un peu avant de se faire une idée m'apparait souvent un choix judicieux... A moins de préférer le cynisme gratuit.

      Nos gouvernants n'ont pas la tâche si facile; en général, je crois sincèrement qu'ils recherchent le bien commun et réussissent tant bien que mal au bout d'une joute politique complexe. Croire le contraire est trop facile. Ils n'ont malheureusement pas souvent le temps d'expliquer adéquatement leur choix; et les médias font de moins en moins d'analyse des politiques. Le gouvernement actuel est passablement à l'écoute des gens du milieu; c'est une bonne chose.

    • Alain Carmel - Inscrit 3 mars 2013 16 h 09

      @Solange

      Pense tu vraiment que que les gens à l'aide sociale se "pogne le beigne" toute la journée tout en buvant de la bière?

      Ton commentaire a quelque chose de méprisant...

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 mars 2013 21 h 05

      Cher Alain, permettez-moi cette familiarité, car je suis tellement désolée que vous ayiez un seul instant interprété de la sorte mon écrit! Si je pensais ce que vous écrivez, je ne l'aurais jamais dit, car cela aurauit voulu dire que je vous jugeais ! Ce qui est loin d'être le cas!

      Si mon commentaire a quelque chose de méprisant, c'est que je me mépriserais moi-même ! Si vous saviez combien de gens j'ai aidé et qui étaient à l'aide sociale ! Et parce que j'étais aussi à l'aide sociale, combien de gens m'ont aidé, mais sans me juger !

      On rencontre toujours dans sa vie quelques personnes qui croient en nous, en nos talents, qui nous font confiance, et ceux-là on ne les oublie jamais !

      Je regrette sincèrement si j'ai pu vous blesser, mais je crois que l'on s'est très mal compris! Relisez attentivement mon commentaire, vous verrez que cela n'a rien à voir avec vous, mais avec, sous-entendu, l'attitude de QS qui fait accroire au monde qu'on va leur procurer une sécurité matérielle, alors que la vraie sécurité est d'abord psychologique et éducationnelle !

      Jamais ne m'est venu à l'idée en rédigeant mon commentaire ce que vous dites : "Pense tu vraiment que que les gens à l'aide sociale se "pogne le beigne" toute la journée tout en buvant de la bière?"

      Je suis désolée et très émue !

  • André Le Belge - Inscrit 2 mars 2013 18 h 51

    Je n'échapperai personne..

    Y compris les minières voleuses?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 mars 2013 19 h 16

    Que répondre ?

    « Histoire de rassurer les inquiets, Agnès Maltais promet que les prestataires qui perdront cette allocation (…) seront «tous rencontrés un par un, et invités à se trouver une voie de réinsertion». Ils pourraient donc tous recevoir 195$ » (Marie-Andrée Chouinard, Le Devoir)

    De cette précision, une double question :

    Qu’adviendra-t-il des personnes qui, coupées de 129 $ et recevant 195 $ pour un « parcours de réinsertion en emploi » sincère, aboutiront sans emploi espéré ?

    Pourront-elles récupérer la somme qui leur a été coupée ?

    Que répondre ? - 2 mars 2013 -

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 mars 2013 14 h 16

      « Pourront-elles récupérer la somme qui leur a été coupée (M. Blais) » ?

      La réponse de la ministre me semble ambiguë en lisant l'article : les prestataires vont perdrent leur 129$, mais la ministre promet de n'échapper personne en cours de transformation...

  • claire Piché - Inscrit 2 mars 2013 19 h 24

    Bon samedi oops

    J'aime bien l'approche péquiste dont les élus sont ouverts d'esprit et modérés dans les modifications de lois. Ça change du ton dictatorial des libéraux sous Charest.
    LaPresse avec son titre alarmiste qui a fait bondir QS le quatre fers en l'air.

    Pour ceux qui y voient de l'improvisation, sachez que l'improvisation est un art qui nécessite une très grande maîtrise et n'a rien d'improviste.

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 mars 2013 11 h 24

      Avant de bondir, QS aurait dû aller lire la Gazette officielle !

      Très vrai ce que vous dites , madame: "Pour ceux qui y voient de l'improvisation, sachez que l'improvisation est un art qui nécessite une très grande maîtrise et n'a rien d'improviste." et surtout qu'il fautêtre au courant de beaucoup de choses avant de pouvoir improviser, autrement on tombe dans le vide.

      Surtout que je connais une personne qui a pris des cours LNI et qui a râté son coup justement parce qu'elle ne s'intéressait que très peu (ou pas) à la politique et à la culture en générale !

    • Alain Carmel - Inscrit 3 mars 2013 17 h 15

      Pensez vous vraiment que Françoise David à réagit sur le titre de La Presse...sans s'être informé avant?

      C'est très mal connaitre la personne et son parti...

      Mesdames, laisser tomber la partisanerie aveugle,borné et "crasse"...

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 mars 2013 21 h 07

      Ne seriez-vous pas, M. Carmel, un partisan de David ? Alors, pourquoi le reprochez-vous aux autres, si c'est le cas ? Ce dont je ne suis pas certaine !