Lise Watier, sans fard

Les femmes, selon Lise Watier, critiquent rapidement et âprement leurs semblables; elle souhaite susciter la réflexion sur un aspect du comportement typiquement féminin.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les femmes, selon Lise Watier, critiquent rapidement et âprement leurs semblables; elle souhaite susciter la réflexion sur un aspect du comportement typiquement féminin.

Après 40 ans de succès commercial dans l’industrie des cosmétiques, l’icône Lise Watier est loin de tirer sa révérence. Avec sagesse et humilité, la grande dame originaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, souhaite maintenant concentrer ses énergies au don à la communauté. Rencontre sans fard avec la reine canadienne de la beauté.

Lise Watier est fidèle aux photos que l’on voit d’elle dans les pages glacées des magazines. Le volume de sa chevelure blond cendré rebondit délicatement de chaque côté du visage. Ce même visage, lumineux et souriant, ressemble à une publicité pour les meilleurs vendeurs de la gamme Lise Watier Cosmétiques. La voix est posée, sereine. Incarnation parfaite de la féminité et de la coquetterie, Lise Watier est à la hauteur de sa réputation.


En décembre dernier, pour souligner ses accomplissements entrepreneuriaux et son engagement social, l’Ordre du Canada a promu la femme d’affaires au rang d’officier, le second titre de distinction au sein de l’organisation. Il faut dire que Lise Watier en est membre depuis 1991. « Il y a d’abord le statut de membre, ensuite d’officier, et le plus haut grade est compagnon, explique-t-elle. C’est une reconnaissance et, bien sûr, cela me fait très plaisir d’y avoir été nommée. »


Et Mme Watier de préciser toutefois que de tels honneurs n’ont jamais fait partie de ses objectifs. « Je ne cours pas après ça, dit-elle. En toute honnêteté, les médailles, ça ne change pas grand-chose dans ma vie. »

 

Femme de la différence


Ce qui fait plutôt une différence pour elle, aujourd’hui, c’est d’avoir le sentiment d’épauler celles qui en ont le plus besoin. Depuis 2009, la Fondation Lise Watier vient en aide aux femmes défavorisées, mères célibataires, itinérantes ou aux prises avec des problèmes de toxicomanie. Le Pavillon Lise Watier, ouvert en collaboration avec la Mission Old Brewery en décembre 2010, représente la réalisation phare de la fondation.


L’immeuble de 29 logements situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve accueille pour un loyer modique des femmes qui souhaitent reprendre leur vie en main. Selon la fondatrice, c’est l’accès à l’autonomie, autant financière qu’émotive, qui permet l’épanouissement : « La clé d’une meilleure vie pour les femmes, ça passe souvent par l’indépendance. »


Il s’agit d’une logique qui trouve écho dans le propre parcours de Lise Watier. Au début des années 1970, la toute jeune entrepreneure comprend qu’elle doit rester fidèle à sa vision pour atteindre le succès en affaires. « J’ai toujours été ce qu’on peut appeler une femme libérée », affirme celle qui incarne depuis lors le visage de la beauté québécoise.


« À l’époque, je ne réalisais pas que je faisais partie d’un mouvement de femmes bien plus grand », se rappelle-t-elle. Avec le recul, difficile de nier qu’elle est un personnage important du combat des femmes et du mouvement de libération sexuelle au Québec.


Rassembler


Ce rôle, elle l’endosse avec aisance et souhaite pouvoir montrer l’exemple, mais elle hésite à être qualifiée comme une ambassadrice des femmes québécoises. « Je préfère le terme « levier », affirme Mme Watier avec le sourire. Je sens que j’ai un certain pouvoir de persuasion et j’aimerais l’utiliser pour convaincre les femmes de s’entraider. »


Elle a d’ailleurs choisi d’allier sa passion pour la beauté à son oeuvre caritative en vendant deux produits, un gloss et un rouge à lèvres, dont le revenu des ventes profite exclusivement à la Fondation Lise Watier. « C’est important pour moi que les femmes puissent donner un coup de main tout en se faisant plaisir », explique-t-elle.


Ainsi, elle souhaite suscister la réflexion sur un aspect du comportement typiquement féminin. Les femmes, selon Lise Watier, critiquent rapidement et âprement leurs semblables. « Pour prendre un exemple, on va parler de ces femmes que l’on décrit comme snobs et les juger. Souvent, une personne « snob » a simplement peu de confiance en elle ! »


Le caniche toy couleur chocolat s’étire dans son coin du fauteuil. Parfaitement taillé et orné d’un collier serti de pierres, l’animal fait honneur à l’esthétique Watier. Pendant la séance photo, elle discute en espagnol avec notre photographe. Malgré les bijoux, la reconnaissance, le succès commercial et un agenda chargé, Lise Watier est facile d’approche. « Les personnes que je connais qui semblent le plus heureuses sont celles qui donnent aux autres, dit-elle. C’est simple, je veux être la plus heureuse possible ! »