Une sensibilisation nécessaire

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) formera une cinquantaine de policiers au Programme de réponse en intervention de crise (RIC), pour faire face aux demandes croissantes d’intervention auprès de personnes en détresse et souffrant de problèmes de santé mentale. Le service de police a fait cette annonce jeudi, au moment de lancer son premier plan d’action stratégique en matière de santé mentale. Selon le directeur du SPVM, Marc Parent, c’est le genre d’équipe qui pourrait intervenir dans des cas comme celui qui a causé la mort de Mario Hamel, cet itinérant mort sous les balles d’un policier alors qu’il les menaçait avec un couteau, en juin 2011.


Le service de police a aussi l’intention d’éventuellement consolider le projet-pilote ESUP (Équipe de soutien aux urgences psychosociales), par lequel un intervenant social et un policier patrouillent ensemble, à bord d’un même véhicule. Pour l’instant, on trouve une seule de ces voitures, le soir, dans les rues de Montréal. « Idéalement, il y en aurait une par quartier », poursuit Marc Parent. Il veut d’ailleurs raffermir les liens avec les différents intervenants en santé mentale. À cet égard, il entend former un comité de vigie affecté à la santé mentale dans chacun de ses postes de quartiers.


Pour Diana Pizutto, directrice des soins résidentiels pour le Y des femmes, cette sensibilisation des policiers aux problèmes de santé mentale est absolument nécessaire. « Il faut clarifier les pouvoirs et les limites de chacun, dit-elle. Lorsqu’on assiste à une tentative de suicide, par exemple, on appelle l’Urgence psychosociale justice, mais parfois, ils sont occupés. Et ils exigent qu’un intervenant soit sur place pour venir. »


Ou, si on fait appel à Urgences-santé et aux policiers, et que les policiers arrivent en premier, la personne aux prises avec des problèmes de santé mentale peut perdre confiance en l’intervenante qui a logé l’appel.


Karine Langlois, policière, et Éric Lefebvre, criminologue, entreprenaient jeudi leur patrouille conjointe en vertu du programme ESUP. Pour Karine Langlois, le fait d’être jumelé à un intervenant social sur le terrain change considérablement l’approche policière. Devant une personne suicidaire, par exemple, la réponse classique des policiers est d’emmener le malade à l’hôpital, alors qu’avec un intervenant social, on peut essayer de contacter la famille, faire une évaluation plus approfondie des risques, explique-t-elle.

 

33 000 appels


La sensibilisation des policiers aux problèmes de santé mentale n’est pas un luxe. Chaque année, le SPVM reçoit quelque 33 000 appels de personnes en détresse et souffrant de problèmes de santé mentale. Et selon le directeur Marc Parent, c’est la pointe de l’iceberg, puisque les policiers font aussi bon nombre d’interventions directement sur le terrain.


Or, « de façon générale, la formation des policiers connaît certaines limites quant aux techniques spécifiques qui permettent d’interagir adéquatement avec une personne mentalement perturbée », constate-t-on dans le plan d’action stratégique du SPVM.


Parmi les mesures à apporter, le SPVM suggère entre autres d’évaluer au préalable la gravité de la crise que les policiers devront gérer.

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