Un Montréalais de 84 ans risque l'expulsion

Ottawa — Un Montréalais de 84 ans, Walter Obodzinsky, risque l'expulsion après que la Cour fédérale eut statué, la semaine dernière, qu'il avait obtenu sa citoyenneté canadienne en cachant son passé nazi. C'est le ministre de l'Immigration, Denis Coderre, qui devra trancher.

Dans une décision étoffée, le juge J. François Lemieux a admis les allégations formulées en 1999 par Ottawa à l'endroit de M. Obodzinsky, né en Biélorussie en 1919 et citoyen canadien depuis 1955.

«La preuve [...] me porte à conclure que le défendeur était un collaborateur volontaire des Allemands durant l'occupation de la Biélorussie entre 1941 et 1944, et ceci, comme membre de la police auxiliaire et membre du Jagdzug [escouade d'exécution nazie]», écrit le magistrat dans son jugement d'une centaine de pages.

Selon les allégations du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, l'unité de police auxiliaire en question a pris part à l'exécution de plusieurs centaines de juifs, entre 1941 et 1943, suivant ainsi les ordres de l'armée nazie d'Adolf Hitler.

Au printemps 1943, soutient Ottawa, Walter Obodzinsky est devenu chef de peloton du Jagdzug, une organisation quasi militaire qui travaillait étroitement avec l'armée allemande. Les offensives du Jagdzug visaient à rendre de larges régions de la Biélorussie inhabitables en brûlant des villages, en tuant les présumés partisans et en déportant le reste de la population vers des camps de travaux forcés.

L'une des plus importantes offensives du Jagdzug, l'opération Hermann, entraîna la mort de plus de 4000 civils et la déportation de plus de 20 000 hommes, femmes et enfants.

«Il n'y a aucune preuve devant moi qui me permet de conclure que le défendeur a personnellement tué des Juifs, des partisans ou d'autres membres de la population civile, souligne le juge Lemieux. Cependant, la preuve orale et documentaire démontre que le défendeur était complice dans la perpétration d'atrocités commises, faits indéniables, durant l'occupation allemande en Biélorussie.»

En juin 1944, plusieurs membres du Jagdzug ont fuit l'avance de l'Armée rouge et ont joint une division de l'armée nazie en Allemagne. Transféré en France en août, M. Obodzinsky a rapidement déserté, avant de se joindre au Second Corps polonais, alors sous commandement britannique.

C'est en 1946 que Walter Obodzinsky immigre au Canada en vertu d'un programme spécial mis en place par Ottawa pour les soldats du Second Corps polonais. Le ministère l'accuse d'avoir alors caché à la police son passé nazi, ce qu'a nié avec virulence l'avocate de M. Obodzinsky lors du procès.

«J'arrive à la conclusion que le défendeur a dissimulé son passé — sa collaboration active et volontaire avec l'occupation allemande — et que cette dissimulation a eu comme résultat sa participation illégitime au programme spécial d'immigration au Canada», tranche le juge Lemieux.