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Point chaud - «Les premiers touchés n’ont pas un mot à dire»

«En éducation, il n’y a pas eu d’augmentation depuis 20 ans. Un enfant autochtone reçoit 2000 $ de moins par année qu’un enfant québécois», dit Michèle Audette (ci-dessus).
Photo: La Presse canadienne (photo) Michelle Siu «En éducation, il n’y a pas eu d’augmentation depuis 20 ans. Un enfant autochtone reçoit 2000 $ de moins par année qu’un enfant québécois», dit Michèle Audette (ci-dessus).

Michèle Audette, la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, a passé 24 heures sous la tente avec Theresa Spence, la chef crie d’Attawapiskat, qui a entamé, le 11 décembre dernier, une grève de la faim à Ottawa. On le sait, la chef Spence souhaite rencontrer le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le représentant de la reine au Canada pour discuter de l’attitude fédérale envers les Premières Nations du Canada.

« Elle m’a dit que ce qu’elle faisait, elle le faisait aussi pour les autres chefs », se souvient Michèle Audette. Mme Spence a aussi dit qu’elle voulait que les chefs autochtones se souviennent des gens qui les avaient élus.


Malgré des étourdissements liés à son jeûne, Mme Spence se réjouissait alors de l’appui populaire qu’elle avait obtenu à travers le Canada. « Pour elle, c’était inimaginable », raconte Michèle Audette. Des Amérindiens de différentes régions du Canada ont même entrepris leur propre grève de la faim en appui aux revendications de Theresa Spence.


En fait, la grève de la faim de Theresa Spence est survenue environ trois mois après le début d’un mouvement de revendications beaucoup plus vaste, Idle No More, qui réunit des autochtones d’un bout à l’autre du pays.


Les citoyens et organismes qui y participent protestent contre une série de projets de loi du gouvernement fédéral touchant la vie quotidienne des autochtones. « Nous en avons contre la façon dont le gouvernement nous a entré ça de force dans la gorge alors que ça touche notre quotidien », dit la présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada.


Michèle Audette ne s’oppose pas, par exemple, à plus de transparence dans la gestion des budgets des communautés. « Les élus vont devoir rendre des comptes à la population, je ne suis pas contre. Cependant, on parle seulement du salaire des chefs, il faudrait parler de l’administration au complet », dit-elle.


Les projets de loi du gouvernement fédéral touchent des sujets aussi divers que les question d’eaux navigables, de territoire et de partage des biens matrimoniaux. « Il n’y a eu aucune consultation, poursuit Michèle Audette. Les autochtones sont les premiers touchés et ils n’ont pas un mot à dire. » Elle soutient pourtant que plusieurs jugements rendus en Colombie-Britannique reconnaissent l’obligation du gouvernement de consulter les autochtones.


La chef crie Theresa Spence, quant à elle, a décidé d’entamer une grève de la faim pour protester contre l’attitude générale du gouvernement fédéral envers les autochtones.


On sait que la réserve crie d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, et dont Theresa Spence est la chef, a connu une crise majeure de logement à pareille date, l’année dernière. « Elle n’en peut plus de voir le gouvernement fédéral traiter les autochtones comme des enfants ou des mineurs », dit Michèle Audette.


« Lorsque le gouvernement parle des 90 millions de dollars qu’il a investis dans la réserve d’Attawapiskat, il ne dit pas que 40 à 50 % de cet argent a été donné à des firmes de consultants. […| C’est de l’argent qui a été réinvesti entre autres dans le ministère », dit Michèle Audette.


Mme Spence est aussi déçue par le ministre des Affaires indiennes du Canada, John Duncan. « John Duncan joue une chanson selon laquelle il est très préoccupé par son état, alors qu’il sait très bien ce qu’il a à faire, c’est-à-dire faire des pressions auprès du gouvernement fédéral. »


Mme Spence demande qu’un dialogue soit établi, entre les communautés et le gouvernement, en vertu des traités qui ont été signés avec différentes bandes autochtones du Canada. « Et pour les nations qui n’ont pas de traité, elle demande que le gouvernement montre qu’il est ouvert à des pourparlers », poursuit Mme Audette.


Dans certains dossiers, comme le partage des biens matrimoniaux, le gouvernement fédéral souhaite tout bonnement donner un pouvoir délégué aux provinces, sans ajouter les ressources nécessaires.


« C’est comme si on nous disait : trouvez-vous un médiateur, et qu’on ne donnait rien pour le payer », dit Mme Audette. Cette approche, estime-t-elle, est une nouvelle forme de tentative d’assimilation.


« Pourtant, on n’a même pas de taxes qui roulent pour nous autres. On souffre du sous-financement chronique des transferts du fédéral. En éducation, il n’y a pas eu d’augmentation depuis 20 ans. Un enfant autochtone reçoit 2000 $ de moins par année qu’un enfant québécois. On manque de financement pour les bibliothèques scolaires, pour les activités parascolaires, pour l’aide aux devoirs. »


Et pourtant, faut-il le rappeler, les besoins dans tous ces domaines sont criants, même si on a souvent l’impression qu’ils crient dans le désert.

1 commentaire
  • Gaston Carmichael - Inscrit 2 janvier 2013 10 h 30

    Il faudrait le démontrer

    "Un enfant autochtone reçoit 2000 $ de moins par année qu’un enfant québécois."

    Il faudrait que l'on nous montre les calculs qui permettent d'arriver à cette conclusion. On pourrait alors mieux comprendre comment la discrimination institutionnelle s'exerce.

    Quand on me garroche ce genre de vérité révélée, sans aucune donnée l'appuyant, je suis toujours un peu sceptique.