Histoire des parents meurtriers

Dans l’histoire, les femmes responsables du meurtre d’un ou plusieurs de leurs enfants ont été jugées moins sévèrement que les hommes. C’est qu’elles ont été beaucoup plus nombreuses à être acquittées pour cause d’aliénation mentale.


C’est ce que disait vendredi l’historienne Marie-Aimée Cliche, dans la foulée du drame de Drummondville qui a coûté la vie à trois enfants. Marie-Aimée Cliche est l’auteure du livre Ivres, fous ou méchants ?, paru chez Boréal sur l’histoire des parents meurtriers au Québec.


De 1775 à 1965, plus de mères que de pères ont tué leur enfant au Québec, et un pourcentage beaucoup plus important de mères a obtenu un acquittement pour cause d’aliénation mentale.

 

Encore aujourd’hui


Et le phénomène se poursuit aujourd’hui, rapporte-t-elle, puisque de 1997 à 2007, 35 % des mères filicides ont obtenu l’acquittement pour aliénation mentale, contre seulement 8 % des pères.


« Une personne est déclarée folle lorsqu’elle est incapable de comprendre la nature de ses gestes et est incapable de distinguer le bien du mal. Il ne suffit pas que la personne soit folle ou dépressive ou mélancolique, il faut qu’au moment du meurtre, elle ait été incapable de distinguer le bien du mal. » Ce qui a été accordé par le tribunal, à l’étonnement de plusieurs, dans le cas de l’ex-cardiologique Guy Turcotte, après le meurtre de ses deux enfants.


Ce qui est nouveau, par contre, c’est que les hommes sont devenus plus nombreux à tuer leurs enfants que les femmes, au cours des cinquante dernières années.


Selon Mme Cliche, ce phénomène pourrait être attribuable au fait que les femmes sont plus indépendantes financièrement et qu’elles divorcent plus facilement. Elles obtiennent également plus facilement la garde des enfants. Certains hommes, ne pouvant supporter la séparation, préfèrent faire disparaître leur progéniture.


De plus, les familicides, c’est-à-dire le meurtre du conjoint avec les enfants, sont des gestes à peu près exclusivement masculins.


« Ce type de crime est essentiellement masculin, ce que Wilson, Daly et Daniele expliquent de la façon suivante : les hommes se sentent propriétaires de leur femme et de leurs enfants, tandis que les femmes éprouvent ce sentiment de propriété envers leurs enfants seulement », écrit Mme Cliche.


La présence accrue des hommes parmi les filicides au cours des dernières années explique sans doute que le comité d’experts sur les homicides familiaux ait demandé un meilleur dépistage de la détresse des personnes à risque, « surtout celle des hommes ».


Paradoxalement, le premier filicide à survenir après le dépôt du rapport met en cause une mère.