Sécurité routière - Les collisions sont la première cause de décès chez les jeunes

Émilie Corriveau Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Entretiens Jacques Cartier

Lyon — Dans la plupart des pays industrialisés, les collisions routières sont la première cause de décès chez les jeunes de 15 à 29 ans ; la situation est à ce point préoccupante que l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé 2011-2020 Décennie d’action pour la sécurité routière. Face à ce triste constat, dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier, des chercheurs, des représentants gouvernementaux et des porte-parole d’associations de jeunes canadiens, européens et africains se sont réunis à Lyon les 20 et 21 novembre dernier pour tracer un état des lieux et échanger sur les façons d’améliorer le bilan routier.

Au Québec, de 2006 à 2011, les jeunes ont été responsables d’environ 24 % des accidents mortels sur la route, 29 % des accidents avec blessures graves et 28 % des accidents avec blessures légères, alors qu’ils étaient de 10 à 12 % des titulaires de permis. De façon générale, les garçons sont davantage impliqués dans les collisions que les filles, particulièrement dans les accidents mortels.


Cette surreprésentation des jeunes dans les accidents de la route s’explique surtout par les comportements à risque qu’ils tendent à adopter ainsi que par les distractions auxquelles ils font face, lesquelles peuvent être amplifiées par leur inexpérience de conduite de façon indépendante, leur difficulté à autoréguler leurs comportements et le fait qu’ils s’exposent souvent rapidement à des situations de conduite dangereuses.


« Les jeunes ont plus tendance que les adultes à s’exposer de façon rapide à des contextes qui sont plus dangereux. On a son permis le mercredi, et dès le vendredi soir, on sort chercher ses amis. Les jeunes sont également plus facilement distraits : on a démontré que le taux d’accidents mortels chez les jeunes qui circulent avec des passagers du même âge est 5 à 7 fois plus élevé. Le poids du véhicule n’est pas le même que lorsqu’on conduit avec un parent, on conduit souvent la nuit, on se laisse distraire par les amis, etc. », explique Marie Claude Ouimet, Ph. D., professeure adjointe à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (campus de Longueuil) et chercheuse au Centre de recherche de l’hôpital Charles-LeMoyne.


« Et c’est partout pareil, même en Afrique, ajoute François Bellavance, professeur titulaire au Service de l’enseignement des méthodes quantitatives de gestion aux HEC Montréal et président du colloque. On a vraiment pu le constater lors du colloque. C’est sûr que les problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes, mais ce sont quand même les jeunes qui sont les plus impliqués dans des accidents de la route. »

 

Améliorer le bilan


Toutefois, le Québec fait plutôt bonne figure en matière de réduction des collisions sur la route chez les jeunes. Contrairement à plusieurs pays où le nombre d’accidents tend à augmenter, au Québec, la situation s’améliore depuis les années 1970. Cela s’explique notamment par le fait que le gouvernement a adopté une série de mesures préventives spécifiques visant à atténuer le risque pendant les premières années de conduite indépendante. Parmi elles, figurent l’accès graduel à la conduite, l’âge d’obtention du permis et la limitation du taux d’alcool. « Au Québec, plusieurs mesures ont été mises en place ; lesquelles fonctionnent spécifiquement, ce n’est pas toujours évident de le savoir, parce que souvent, il y en a plusieurs qui ont été adoptées en même temps. Ce qu’on pense qui fonctionne, c’est une combinaison de mesures, qui comprend les lois, le renforcement policier, la promotion de certains comportements, etc. », souligne Mme Ouimet.


Malgré le certain succès de ces mesures, au Québec, il y a toujours place à l’amélioration. « La prévention pourrait se faire davantage par les médias sociaux, par exemple, parce que c’est là que les jeunes se trouvent, note M. Bellavance. Il faudrait aussi insister davantage sur l’aspect planification, faire comprendre aux jeunes que c’est beau de planifier comment ils vont se rendre à un party, mais qu’il faut aussi qu’ils sachent comment ils vont rentrer. Ils ont bien de la difficulté avec ça. Les jeunes qui étaient présents à Lyon en ont beaucoup parlé. »


Mme Ouimet souligne qu’une implication accrue des parents dans les différentes phases d’accès à la conduite et l’utilisation de nouvelles technologies pourrait également contribuer à améliorer le bilan routier des jeunes Québécois. Elle ajoute que le Québec aurait peut-être intérêt à s’inspirer de ce qui se fait dans certains pays anglo-saxons en adoptant un système d’accès graduel à des privilèges de conduite, comme la possibilité de conduire avec des passagers ou de conduire la nuit. « C’est vraiment pendant la première année qui suit l’obtention du permis de conduire que c’est le plus important d’agir, rappelle-t-elle. Il y a peu de mesures qui agissent actuellement sur ce plan-là et c’est là-dessus qu’il faut travailler. »


L’an prochain, un colloque sur la sécurité routière se tiendra également à Lyon. Cette fois, il s’intéressera aux problématiques relatives aux personnes âgées, un groupe relativement à risque sur le réseau routier.

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