Un nouvel ordre comptable - La profession est enfin unifiée

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
Un programme universitaire unique en comptabilité entrera en vigueur dès 2014.
Photo: Jay LaPrete Associated press Un programme universitaire unique en comptabilité entrera en vigueur dès 2014.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après 40 ans de luttes acharnées et de tentatives avortées, les trois ordres de comptables professionnels québécois ont finalement vaincu les résistances internes pour se regrouper au sein d’un seul et unique ordre professionnel, l’Ordre des comptables professionnels agréés (CPA).

Avec l’adoption, en mai dernier, d’une loi sur les comptables agréés, Québec vient de prendre les devants dans le processus d’unification des ordres professionnels régissant la profession de comptable au Canada. Cet accomplissement, qui aura mis plus de 40 ans à se réaliser au Québec, s’inscrit dans une mouvance internationale et ouvre la voie aux autres provinces qui tentent à leur tour d’unifier leurs ordres comptables professionnels.


« Nous sommes en avance d’environ 10 ou 15 mois sur les autres provinces canadiennes, qui en sont encore, pour la plupart, au processus de consultation des membres », se félicite Daniel McMahon, président et chef de la direction du nouvel Ordre des comptables professionnels agréés (CPA) du Québec.


Il soutient que les démarches entamées par Québec pour standardiser les trois ordres professionnels qui régissaient, jusqu’à tout récemment, la profession de comptable n’ont pas été faites en vase clos, mais plutôt en « consultation avec les partenaires du Canada » qui se basent sur les mêmes grands principes pour amorcer la fusion tant attendue, d’abord à l’échelle provinciale puis, ultimement, à l’échelle canadienne.


Et ce n’est pas qu’une question de volonté canadienne, mais aussi de tout le contexte mondial qui se prête à cette harmonisation de la profession, estime Daniel McMahon. « Nous sommes rendus avec des normes comptables et d’audit internationales, nous nous dirigeons vers un code de déontologie à saveur internationale. Bref, il y a tout un mouvement qui se crée à travers le monde pour unifier et normaliser les professions et nous ne pouvions pas, au niveau canadien, rester insensibles à cet aspect. »


À titre de président de l’Ordre des CPA du Québec, son principal défi, à long terme, est de « suivre et d’influencer les travaux au niveau national pour arriver à une profession unifiée ».


Mais, pour l’instant, Daniel McMahon se concentre davantage sur les priorités immédiates, soit, à l’externe, de « bâtir la notoriété de la nouvelle désignation professionnelle de l’CPA » — qui n’a même pas encore six mois d’existence — et, à l’interne, d’harmoniser les cultures qui existaient précédemment au sein des trois organisations. « Nous bâtissons une nouvelle organisation. Nous voulons développer un sentiment de fierté et d’appartenance de nos membres à cette organisation. »

 

40 ans plus tard


L’idée de regrouper les trois ordres professionnels ne date pas d’hier. Dès les années 1970, au moment de la mise en place du système professionnel québécois, l’Office des professions a reconnu les trois associations comptables existantes, leur octroyant, à chacune, le statut d’ordre professionnel, à la condition de constituer un seul ordre à brève échéance. « Ça aura donc pris 40 ans pour se faire », lance en riant celui qui présidait l’Ordre des comptables agréés avant de devenir président de l’CPA.


« Le gouvernement québécois a manifesté le souhait de voir les ordres comptables unifiés, mais il n’a mis aucune pression avant 2010, explique Daniel McMahon. Il a donc laissé les trois organisations faire quatre tentatives de leur propre gré. »


Ces tentatives d’unification se sont soldées par autant d’échecs, car les résistances internes étaient tenaces et « émotives », chacun tenant à son titre professionnel qui témoignait de son parcours singulier.


Il faut dire que, jusqu’en 2009, les exigences en matière de formation différaient de façon importante entre les trois ordres. Les comptables agréés (CA) exigeaient un programme de deuxième cycle qui leur permettait de faire des vérifications — appelées, dans le jargon, « audits » — en cabinet.


Du côté des comptables en management accrédités (CMA), la formation « était beaucoup plus axée sur la comptabilité à l’intérieur des organisations, précise Daniel McMahon. Les CMA étaient des gestionnaires faisant partie des équipes de direction dans les organisations, par opposition aux CA qui, eux, venaient faire de l’audit externe et rendaient des services de conseiller aux entreprises. »


Enfin, du côté des comptables généraux accrédités (CGA), la mission était un peu plus floue, touchant à la fois à la pratique en cabinet, à la pratique en entreprise de même que dans le secteur public.

 

Formation unique pour tous


Mais les choses ont changé récemment. Il y a d’abord eu une uniformisation des exigences en matière de formation pour tous les comptables depuis 2009. Un programme universitaire unique entrera en vigueur dès 2014 et les étudiants qui sortiront de l’école après cette date porteront le seul titre de CPA.


Les comptables qui pratiquent déjà, eux, porteront la double appellation, et ce, pour une durée de dix ans. C’est le compromis auquel sont parvenus les conseils d’administration des trois ordres, dans le but de faire accepter, une fois pour toutes, l’unification de la profession demandée par Québec. « Nous avons retenu les leçons du passé, car c’est toujours sur l’aspect du titre professionnel que ça bloquait. Alors, nous en sommes venus à cette solution, où tous les comptables porteront le titre de CPA, suivi de leur titre d’origine. »


Pour Daniel McMahon, l’intérêt fondamental d’une telle démarche est de mieux servir l’intérêt du public. « En matière de protection du public, c’est clair : il n’y a qu’une seule porte d’entrée et tout le monde est régi par les mêmes codes de déontologie et règles disciplinaires. C’est plus simple pour tout le monde. »


Il reprend, dans ses mots, ceux de l’ex-ministre de la Justice, responsable de l’application des lois professionnelles, Jean-Marc Fournier, qui a procédé à l’adoption de la loi ayant mené à l’unification des trois ordres, le 16 mai dernier : « Nous avons créé un moment historique, car nous bâtissons une organisation qui, plutôt que de se chicaner avec les deux autres, travaille uniquement à bâtir et à développer l’expertise comptable pour mieux servir l’ensemble de la population. »



Collaboratrice