La violence conjugale prend de nouvelles formes

Violence technologique, trafic humain. Dans une société en mouvement, la violence conjugale prend de nouveaux visages, et les moyens pour la combattre doivent se diversifier. C’est ce qui ressortait du premier forum du Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes, qui se tient cette semaine à Montréal.

« Il y a des femmes qui se font retracer par leur conjoint violent à cause de leur cellulaire. Il y a des conjoints qui se font passer pour des agents gouvernementaux au téléphone pour rejoindre leur conjointe », raconte Tracy Gierman, directrice générale du Réseau, qui regroupe depuis 2010 quatorze organisations d’hébergement provinciales, régionales et autochtones du Canada. Récemment, aux États-Unis, une femme a en effet été assassinée après que son conjoint eut découvert par un courriel qu’elle pensait se rendre dans une maison d’hébergement.


« Nous devons maintenant dire aux femmes qui fréquentent les maisons d’hébergement de complètement déprogrammer leur cellulaire, pour éviter que leur conjoint les retrouve et que la maison d’hébergement soit identifiée », raconte Manon Monastesse, de la Fédération des ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec.

 

En baisse


Reste que les actes criminels graves concernant la violence conjugale sont en baisse au Canada, et particulièrement au Québec, selon les données avancées hier par Hélène Cadrin, du Secrétariat intergouvernemental de coordination en matière de violence conjugale, familiale et sexuelle du Québec. En 2011, 12 personnes sont mortes de la violence conjugale au Québec, soit dix femmes et deux hommes. C’est bien en deçà des quelque 25 cas annuels que l’on observait dans les années 1990. Autre signe des temps, les dénonciations, qui sont en croissance : on en a répertorié 19 373 en 2011 seulement.


« Dans les campagnes passées, on a mis l’accent sur la nécessité de dénoncer », ajoute Mme Cadrin. Au Québec comme ailleurs dans le monde, la tolérance envers la violence conjugale serait donc à la baisse. Et si l’on trouve aussi de la violence conjugale chez les jeunes, les femmes de cet âge ont tendance à dénoncer plus tôt dans la relation qu’autrefois, constate Louise Riendeau, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.


Au même moment pourtant, de nouveaux phénomènes font leur apparition. Le trafic humain par exemple, par lequel des femmes se retrouvent captives d’un exploiteur. Ce dernier peut les promener d’une province à l’autre, pour leur faire faire de la prostitution, par exemple. « De nombreuses femmes autochtones se retrouvent prises dans de tels réseaux », dit Manon Monastesse.


D’autres se retrouvent carrément esclaves domestiques. « À leur arrivée dans la maison qui les héberge, on leur prend leur passeport. Certaines sont victimes de séquestration », poursuit Manon Monastesse.