Personnel professionnel et technique - L’arrivée de Pauline Marois est appréciée

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Carolle Dubé, la nouvelle présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, souligne que l’élection de Pauline Marois comme première ministre du Québec est « une grande avancée pour le Québec ». Devant le gouvernement minoritaire qui exigera des compromis, elle appelle tous les partis présents à l’Assemblée nationale à respecter le choix de la population.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Carolle Dubé, la nouvelle présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, souligne que l’élection de Pauline Marois comme première ministre du Québec est « une grande avancée pour le Québec ». Devant le gouvernement minoritaire qui exigera des compromis, elle appelle tous les partis présents à l’Assemblée nationale à respecter le choix de la population.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si les techniciens en santé saluent l’élection d’une première femme à la tête du gouvernement québécois, ils restent vigilants sur certains dossiers. « Bien sûr que nous sommes satisfaits, assure d’emblée Carolle Dubé, la nouvelle présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Une femme à ce poste, c’est une grande avancée pour le Québec. Nous attendons maintenant que le conseil des ministres et les cabinets reflètent eux aussi cette nouvelle réalité. Nous attendons surtout que le futur gouvernement tienne ses promesses de campagne. Ça va être compliqué, du fait qu’il est minoritaire, ça va exiger des compromis, ça rend donc le travail plus difficile. C’est pourquoi nous allons rester vigilants et nous lançons un appel à l’ensemble des partis à l’Assemblée nationale pour qu’ils respectent le choix de la population. »

Au début du mois d’août dernier, l’APTS a envoyé un questionnaire à tous les partis en lice dans la campagne électorale pour connaître leur position sur les principaux sujets qui les préoccupent, notamment le dossier des Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) en partenariat public-privé (PPP). Pas de réponse du côté de la Coalition de François Legault, ni de la part des partisans de l’ex-premier ministre Jean Charest.


Le Parti québécois, lui, s’est fendu d’un communiqué stipulant qu’il s’était toujours opposé à cette pratique : « Pour celui de Saint-Lambert [déjà en service en PPP], nous demandons que les prestations soient offertes, écrit Patrick Ney, attaché politique de Martine Ouellet, députée de Vachon. Si le propriétaire est incapable d’offrir les soins requis, nous envisageons le retour en mode public, mais il faudra voir le contrat. Pour les autres CHSLD prévus en PPP, nous demandons le retour en mode public. »


De quoi réjouir l’APTS, qui depuis toujours fustige ces fameux PPP dans le domaine de la santé et des services sociaux. « Nous aurions préféré qu’ils soient un peu plus clairs et c’est pourquoi nous allons surveiller le dossier de près, note cependant Carolle Dubé. En règle générale, nous sommes opposés à ce que le réseau privé s’immisce dans notre secteur. Pour assurer des services de qualité à la population, pour éviter qu’on en vienne à une médecine à deux vitesses, il est fondamental que la santé et les services sociaux restent entre les mains du secteur public. Le but d’une entreprise privée est de faire des profits, et ça se fera toujours au détriment des employés et de la clientèle. On le voit déjà au CHSLD de Saint-Lambert : il y a un manque de personnel et ça se ressent dans les services rendus. Les députés péquistes étaient à nos côtés pour dénoncer cette situation lorsqu’ils étaient dans l’opposition. On espère qu’ils vont continuer à nous soutenir. »

 

Actions souhaitées


Mais, pour garder les services de santé dans le giron du secteur public, encore faut-il parvenir à attirer et à retenir un personnel qualifié. Or, dans certains domaines, comme en psychologie et en physiologie notamment, les praticiens ont tendance à se diriger vers le secteur privé, voire à aller s’installer dans les provinces voisines. « Bien sûr, les revenus y sont meilleurs et ça en incite certains, admet la présidente de l’APTS. Mais il n’y a pas que ça : les conditions de travail se sont beaucoup dégradées depuis quelques années. La création des grands Centres de santé et de services sociaux [CSSS] a eu tendance à alourdir de façon importante le travail administratif et de gestion de nos membres et à réduire leur autonomie professionnelle. Pendant qu’ils remplissent des formulaires, ils ne sont pas en train de venir en aide à leurs patients. Or c’est pour ça qu’ils ont choisi leur métier. »


Et de poursuivre que, depuis son arrivée à la tête de l’organisation, elle n’a eu de cesse d’interpeller le gouvernement pour trouver des solutions sans obtenir une oreille attentive. « Nous avons toujours eu beaucoup de difficulté à nous faire entendre avec le précédent ministre. Il prétendait vouloir privilégier le secteur public, mais, dans les faits, on en donnait de plus en plus au secteur privé. Nous espérons bénéficier maintenant d’une plus grande ouverture. »


Car les chevaux de bataille de l’APTS sont multiples. Pour commencer, l’annulation de la taxe santé. Sur ce point, elle espère un geste clair et rapide de la part de la première ministre, tant la chef de l’opposition puis la candidate Pauline Marois a dit et répété que, une fois au gouvernement, elle la retirerait. « C’est une priorité de notre organisation, explique Carolle Dubé. Nous la dénonçons avec vigueur depuis qu’elle a été imposée, tant elle est injuste et lourde pour les populations les plus démunies. »

 

Double programme


Autre point à surveiller : la mise en place d’une assurance-médicaments universelle, donc pour tous.


« Le fait qu’il existe à la fois un régime public et une multitude de régimes privés, qu’il y a plusieurs joueurs sur le terrain pour discuter des prix auprès des grandes pharmaceutiques, retire une grande marge de manoeuvre au gouvernement pour négocier. S’il n’y avait qu’un seul régime, les volumes à acheter seraient tels que les prix seraient forcément à la baisse. On pourrait faire de très grosses économies dans ce domaine », estime Mme Dubé.


Des économies ici, à la place de celles que le précédent gouvernement avait commencé à faire sur le dos des employés du secteur public de la santé, soutient-on encore à l’APTS : « On nous demandait toujours plus avec les mêmes ressources, dans un objectif de réduction des coûts, explique la présidente de l’organisation. Pour les soins à domicile, par exemple, ça veut dire voir plus de patients dans le même laps de temps. Comment garder un service de qualité dans ces conditions ? Nous ne sommes pas contre la réalisation de gains de productivité. En Abitibi, il y a par exemple un projet-pilote qui fonctionne très bien. Mais parce qu’il est mis en place dans l’optique d’améliorer les services, de réduire les listes d’attente par exemple, pas de réduire les coûts. »


Le futur ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert très probablement, sera donc surveillé de près par l’Alliance du personnel professionnel et technique, qui attend le prochain budget avec impatience. « Car c’est certain que, derrière toutes nos attentes, conclut Mme Dubé, c’est toute la question du financement du réseau de la santé qui est l’enjeu principal. »


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