Fermeture historique dans le Vieux-Montréal

Le bâtiment est, depuis 2002, la propriété de Gestion Georges Coulombe, un homme qui comprend et apprécie la valeur patrimoniale de l’édifice, selon Héritage Montréal.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le bâtiment est, depuis 2002, la propriété de Gestion Georges Coulombe, un homme qui comprend et apprécie la valeur patrimoniale de l’édifice, selon Héritage Montréal.

La grande époque de l’architecture bancaire appartient de plus en plus au passé avec le déménagement, hier, de la succursale de la Banque Royale du Canada, sise dans le somptueux bâtiment patrimonial de la rue Saint-Jacques dans le Vieux-Montréal. L’immeuble, classé monument historique et visité par de nombreux touristes, devra changer de vocation mais conservera sa valeur patrimoniale, assurent les propriétaires des lieux.


C’est en 1927 que la Banque Royale du Canada a pris possession du 360 rue Saint-Jacques, dans le Vieux-Montréal, pour en faire son siège social. À l’époque, le bâtiment de pierre de 22 étages, construit par la firme new-yorkaise York Sawyer, était considéré comme le plus important gratte-ciel de Montréal et se voulait un symbole d’opulence.


« C’est un lieu extraordinaire, s’emballe Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal. C’est conçu comme les grands salons des républiques de marchands de la Renaissance italienne, c’est un palais florentin, c’est le palais des Doges à Venise… »


Avec ses plafonds généreux, son architecture ornée de fresques et de peintures et sa plaque commémorative saluant les employés de la banque morts à la guerre dans son vaste hall d’entrée, l’espace est non seulement spectaculaire, mais également enraciné dans l’histoire, selon Dinu Bumbaru.


Mais s’il se dit touché par ce déménagement, qui a eu lieu hier, le célèbre défenseur du patrimoine montréalais n’est aucunement inquiet quant à son avenir. Car le bâtiment est, depuis 2002, la propriété de Gestion Georges Coulombe, un homme qui comprend et apprécie la valeur patrimoniale de l’édifice.


Au bureau de celui-ci, la vice-présidente Guylaine Brault confirme l’amour indéfectible de Georges Coulombe pour cet édifice, qu’il avait toujours rêvé d’acheter. « Georges Coulombe est très impliqué sur le plan patrimonial et tient absolument à préserver la beauté architecturale de ce lieu. Il n’est aucunement question de mettre des plafonds suspendus pour cacher les originaux ! »


Car bien que l’espace soit magnifique, la Banque Royale du Canada a choisi de quitter les lieux, une décision qui a été prise en 2010, explique Claude Lussier, le directeur des communications de la RBC. « Ça a été une décision difficile à prendre, parce que c’est un lieu qui nous était très cher. Mais nous n’utilisions plus que 20 % de l’espace. »


Chez Gestion Georges Coulombe, on cherche donc de nouveaux locataires pour occuper le rez-de-chaussée, les voûtes et la mezzanine. « C’est un très bel espace et il était très difficile pour nous d’imaginer ce que ça pourrait devenir », explique Guylaine Brault. Le groupe a donc fait appel à la firme Moureaux Houspy Design pour repenser les lieux afin de pouvoir héberger d’éventuels nouveaux locataires. « Les propositions qui nous ont été faites démontrent que l’on peut marier un aménagement beaucoup plus contemporain tout en gardant la spécificité de cet endroit qui est absolument magnifique », précise-t-elle.


Elle voit pourtant à regret partir ces locataires prestigieux, car c’est une page d’histoire qui se tourne. « Toutes les banques quittent ces grands espaces pour des aménagements plus standards. C’est une mode qui a commencé il y a quelque temps. Nous trouvons cela dommage, parce que c’était emblématique. »


Du côté d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru trouve également regrettable cette transformation des espaces des grandes banques. « Lorsque nous allons visiter d’anciennes banques et que l’on compare avec ce qui est produit aujourd’hui comme architecture bancaire, il y a définitivement une interrogation qui survient : est-ce qu’on a oublié le mot architecture ? »

3 commentaires
  • Patoine Robert - Inscrit 14 juillet 2012 06 h 51

    Apple !

    C'est le genre de bâtisse dans lesquelles Apple ouvre ses magasins. Que ce soit en Italie, en Espagne, en France ou à New-york, Apple profite de ces grans espaces patrimoniaux pour en garder et protéger les grands espaces. On ne sait jamais ?

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 14 juillet 2012 07 h 50

    Le pouvoir

    La grande architecture n'a jamais été que la manifestation du pouvoir à un moment donné de l'Histoire.

    Il fut un temps où les modes de construction - d'abord la pierre, ensuite l'acier - ne permettaient qu'à la seule richesse l'édification de grands ouvrages. D'abord exclusivement militaire et politique, ce pouvoir passe peu à peu au secteur financier à la sortie du Moyen-âge. C'est ce qu'on a appelé la Renaissance ou le Quattrocento en Italie.

    Qu'il n'y ait plus, aujourd'hui, d'architecture bancaire, ne devrait pas surprendre. Le pouvoir financier est devenu virtuel, diffus et mondial. Il n'existe en aucun lieu particulier. Ses gestionnaires vont et viennent, interchangeables au gré de la conjoncture. Il est anonyme. Point n'est besoin de l'associer à une forme spécifique dans l'espace urbain.

    Ce que nous admirons, c'est un temps révolu. Comme les pyramides en Égypte.


    Desrosiers
    Val David

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2012 11 h 24

    Seulement 20%

    Pourquoi la banque n'utilisait-elle que 20% de l'espace? Ne louait-elle pas alors pour rien des espaces ailleurs?