Deuxième soirée tendue au coeur des festivités du Grand Prix

Les amateurs de Formule 1 ont une nouvelle fois trouvé des manifestants opposés au Grand Prix du Canada ou à la hausse des droits de scolarité sur leur chemin hier soir, mais bien loin du circuit Gilles-Villeneuve.

Plusieurs dizaines de manifestants ont réussi à faire entendre leur présence à l'entrée du site des célébrations, tandis que plusieurs centaines autres jouaient au chat et à la souris pour tenter de les rejoindre. Les actes de perturbations se sont déroulés sous les yeux des touristes interloqués aux alentours des rues Crescent, Sainte-Catherine et Maisonneuve. Plusieurs d'entre eux se sont mêlés avec entrain ou de force aux manifestants, dans un premier temps pour se montrer devant les caméras ou dans le dernier cas pour semoncer les protestataires.

La tension a monté de plusieurs crans vers 21h10, alors que plusieurs dizaines de manifestants, dont certains avaient apporté leur casserole, se sont dirigés vers la rue Crescent où se déroulent les festivités entourant le Grand Prix. Un début d'escarmouche a éclaté entre des manifestants et des amateurs de Formule 1. Les policiers sont rapidement intervenus en employant des gaz irritants pour séparer les belligérants.

Les manifestants ont scandé plusieurs slogans dont «Les étudiants sont en colère... Révolution». Leur présence a semblé étonner badauds et touristes. Vers 22h, les organisateurs ont alors tenté d'enterrer les cris sous les décibels de la musique pop au au coin des rues Maisonneuve et Crescent. Les manifestants, devant les rangées de policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) mimaient le salut hitlérien en pliant du coude au rythme de la musique. Dans les temps plus calmes des chansons, ils scandaient des slogans tel «A, anti, anticapitalisme!». Lorsque les spectateurs applaudissaient, les manifestants huaient. Certains dansaient juste devant la ligne du Service de police de la Ville de Montréal, tout en faisant le salut hitlérien.

Le groupe de musique engagé pour l'événement a tenté de faire lever la foule dans ce tintamarre, mais sans trop de succès : «Sing along Montreal! … No, no this won’t do. » Les regards de la foule se sont plutôt tournés vers ce qui se passait de l’autre côté de la barrière.

Pendant ce temps, plusieurs centaines de personnes, parties du lieu de rassemblement habituel, le parc Émilie-Gamelin, tentaient de les rejoindre. La 46e manifestation nocturne a été déclarée illégale par les policiers dès le départ, ce qui n'a pas empêché les protestataires de se diriger vers l'ouest. Toutefois, ils ont contourné le site des Francofolies. Ils ont décidé ensuite emprunter le boulevard René-Lévesque vers l'ouest, cherchant en vain à se rendre sur le site des festivités du Grand Prix, mais de nombreux policiers bloquaient l'accès aux rues vers le nord. Le SPVM a contraint les manifestants à rebrousser chemin à la rue Guy. Certains ont tenté en vain de rompre les barrages policiers, sans succès.

Le tout a tourné au vinaigre vers 22h30 à l'intersection des rues Sainte-Catherine et Crescent, alors que les policiers ont voulu repousser un certain nombre de protestataires, malgré et pour assurer la circulation, en utilisant du gaz irritant, amenant certains manifestants à masquer leur visage pour se protéger. Un des pelotons charge sur la manifestation et la repousse vers Mackay, mais tout le monde revient aussitôt sur le carré Ste-Catherine et Crescent. Une bouteille de vitre éclate sur les policiers en mouvement, alors qu’ils reviennent vers le carré, ils ne réagissent pas. Un certain nombre d'arrestations musclées ont été effectuées, pour un total de 12 dénombrées à la fin de la soirée. Des balles de plastique auraient été lancées vers les forces de l'ordre à ce moment.

Un nombre important de policiers ont continué par la suite à effectuer des signes de mouvement aux voitures, qui circulent tant bien que mal dans ces rues, tout en criant «Trottoir! Trottoir!» à la foule constituée de touristes, de passants et de manifestants.

Les manifestants se sont regroupés et crient à différents moments: «Charest / tu ris / attends de voir samedi». Le face-à-face s'est poursuivi à plusieurs reprises. Des drapeaux à damiers, tâchés de ketchup ou de peinture rouge, ont été déposés sur la voie publique. La «Banane rebelle» et un jeune homme masqué (avec le masque de V pour Vendetta) se pavanaient avec les drapeaux devant la ligne de policiers qui protègent le spectacle au coin des rues Crescent et Sainte-Catherine.

Vers 23h06, la foule commence à pousser des cris de mort à l’unisson. Le SPVM, qui protège l’entrée du spectacle sur Sainte-Catherine est encerclé par les manifestants et les spectateurs. D'un côté, les manifestants scandent «Les femmes de notre pays ne sont pas des produits», tandis que du côté des spectateurs on crie à l'intention des policiers: «Envoye, claquez-les! Claque-la CLAC!».

Plus tard, les policiers sont de nouveau intervenus pour repousser passants et manifestants. Les affrontements ont médusé les touristes dans le secteur. Des policiers de la Sûreté du Québec sont venus en renfort. Vers 23h30, le SPVM a indiqué sur son compte Twitter qu'il était en «mode dispersion» au centre-ville. Même si les manifestants se regroupent parfois, les choses se sont calmées aux alentours de minuit, sans que des groupes importants accaparent la rue.

Au lendemain de la grande soirée d'ouverture, qui s'est soldée par des affrontements et une quarantaine d'arrestations, le premier ministre Jean Charest s'est engagé hier à continuer de permettre les manifestations, mais dans l'ordre.

Du côté des organisateurs du Grand Prix, on assure que tout se déroule selon l'horaire prévu. Comme tout événement d'envergure international, un plan détaillé de sécurité obligatoire a été élaboré. Plusieurs mesures ont aussi été planifiées en raison des actes de perturbations annoncés. Une grande présence policière était visible dans les rues du centre-ville, notamment près de la rue Crescent. Des agents étaient présents sur des toits.

Tant les corps de police de Montréal, Longueuil et Laval que ceux de la Sûreté du Québec ont été mobilisés ou à tout le moins demeurent prêts à intervenir en cas de besoin.

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a lui aussi déploré la façon de faire des manifestants qui ont choisi de s'en prendre à un symbole, plus qu'à une cause. «On peut être en désaccord avec la F1 ou d'autres événements, mais ce n’est pas une justification pour nuire à l'économie et faire des perturbations», a affirmé le ministre.

Pour sa part, la Société de transport de Montréal est aussi sur les dents. Une des actions a pour lieu de rendez-vous les quais du métro, dimanche matin, à quelques heures du début de la course. Déjà, on pouvait noter une forte présence policière sur les quais, notamment à la station Berri-UQÀM.

Avec la collaboration de Raphaël Dallaire-Ferland, Mélissa Guillemette, Marie-Pier Frappier et
La Presse canadienne
4 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 9 juin 2012 10 h 11

    Et le rap et hip hop?

    Si ces jeunes veulent dénoncer le machisme il devrait commencer par dénoncer ce qu'il y a de plus machiste et violent comme expression contre les femmes, le hip-hop et rap !!

    • Camille JURIE-JOLY - Inscrit 9 juin 2012 11 h 23

      Je n'ai pas beaucoup entendu parler du Rap et Hip-Hop québécoiss, en tout cas de ce que j'en ai vu (loco locass et consort), je ne les ai pas trouvé spécialement misogynes. Après si vous parlez du rap américain, effectivement, mais il ne me semble pas que Montréal accueille un grand festival de Rap US.

    • Jason Keays - Inscrit 9 juin 2012 11 h 33

      Il y a du rap qui n'est pas machiste et violent (The Roots, Tribe Called Quest, Samian, Loco Locas, IAM).

  • Franklin Bernard - Inscrit 10 juin 2012 12 h 17

    Le grotesque déni du gouvernement

    ««On peut être en désaccord avec la F1 ou d'autres événements, mais ce n’est pas une justification pour nuire à l'économie et faire des perturbations», a affirmé le ministre (Dutil).»

    Mais est-ce qu'ils dorment ou quoi? Est-ce qu'ils à ce point inconscients du ras-le-bol des Québécois devant leur gestion de corrompus et leur police politique, qu'ils croient encore qu'une révolte de cette ampleur, sinon une révolution, va se faire «sans causer des perturbations...»? Et qu'il suffit de le demander, comme l'insignifiant (mais néanmoins dangereux) Gérald Tremblay, patron du violent SPVM, qui demandait aux casseroles de rester sur les balcons?

    Voilà qui montre à quel point ces gens-là, englués dans leurs habitudes de n'en faire que pour le bénéfice des riches et des entreprises privées étrangères, sont totalement deconnectés de la réalité et des aspirations les plus légitimes du peuple québécois.