Prostitution - Le Conseil du statut de la femme précise son approche abolitionniste

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	Cindy, une ex-prostituée, a témoigné de la difficulté de se sortir de ce milieu.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Cindy, une ex-prostituée, a témoigné de la difficulté de se sortir de ce milieu.

« Le corps des femmes et des filles ne devrait jamais être vendu. » C’est par ces propos très clairs que la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, a présenté hier un nouvel avis du Conseil sur l’épineuse question de la prostitution.

Intitulé La prostitution - Il est temps d’agir, l’avis recommande la dépénalisation complète des femmes prostituées, mais la criminalisation des clients et des proxénètes. Dans une approche abolitionniste, il espère réduire les activités de prostitution au Québec et refuse de considérer la prostitution comme un phénomène inévitable. Parallèlement, il recommande que des mesures soient mises en place pour aider les femmes à se sortir de la prostitution et que des campagnes soient faites pour dénoncer la prostitution et décourager les clients d’y avoir recours. Le Conseil du statut de la femme s’inspire ainsi du modèle suédois, qui a permis, selon ses données, de réduire en dix ans la prostitution de rue de moitié. Il s’inspire également de deux projets en cours dans la région de Montréal qui ont, dit-il, fait leurs preuves : le projet Mobilis « pour protéger les mineures des centres jeunesse contre les proxénètes » et le projet Les Survivantes, « une escouade policière spécialisée qui traque les proxénètes et aide les personnes prostituées à s’en sortir ».


Le Conseil du statut de la femme espère ainsi venir en aide à la majorité des femmes prostituées qui n’ont pas librement choisi leur condition, mais qui la subissent. « Les jugements ontariens l’ont confirmé : celles qui se sont baptisées les travailleuses du sexe admettent qu’elles ne parlent qu’au nom de 5 à 20 % des personnes prostituées, écrit le Conseil du statut de la femme. Il est donc essentiel de se préoccuper de toutes les autres, celles pour qui cette idée de choix et de consentement est un leurre. »


Cet avis survient alors qu’un important jugement de la cour ontarienne, recommandant la décriminalisation de la tenue de maisons de débauche et du proxénétisme, est soumis à la Cour suprême. « Si la loi canadienne est jugée contraire à la Charte, cela signifiera la décriminalisation totale de la prostitution au pays », précise le Conseil du statut de la femme.

 

Faire pression


De son côté, le Conseil recommande donc que le gouvernement du Québec fasse pression sur le gouvernement fédéral pour que soit modifié l’article sur la communication, article 213 du Code criminel, « afin qu’il ne vise plus les personnes prostituées mais qu’il demeure applicable aux clients ». Il demande aussi que le gouvernement du Québec vise à supprimer « la promotion de services sexuels dans les petites annonces des journaux, les médias électroniques, Internet et dans l’espace public (panneaux publicitaires ou autres) ».


Pour aider les femmes à s’en sortir, le Conseil demande que des maisons d’hébergement, des centres de désintoxication, une aide psychologique adaptée, une aide en formation professionnelle et en réinsertion sociale, ainsi qu’une aide juridique soient mis à la disposition des victimes pour leur permettre de s’en sortir.


Pour faire valoir son approche, la présidente du Conseil du statut de la femme était accompagnée de deux « survivantes » de la prostitution, Cindy et Nancy. Les deux femmes ont témoigné de la difficulté de se sortir du milieu de la prostitution ainsi que de la difficulté d’établir une relation équilibrée avec un homme après avoir vécu de la prostitution. Selon Richard Poulin, sociologue qui a publié de nombreux livres sur la prostitution, le pourcentage d’hommes ayant recours aux services d’une prostituée est passé de 12,5 % à 8,3 % sous la loi suédoise de 1999. Citant un livre de Victor Malarek, Richard Poulin affirme que 11,1 % des hommes canadiens ont déjà payé pour avoir une relation prostitutionnelle.

7 commentaires
  • André Pilon - Inscrit 1 juin 2012 07 h 08

    Pour se satisfaire, les suédois traversent maintenant en Russie!

    Les conditions dans lesquelles oeuvrent actuellement la majorité des hommes et des femmes prostituées sont déplorables, parfois carrément inhumaines. La traite des êtres humains est clairement le signal qu'il faut agir avec vigueur pour éliminer l'emprise du crime organisé dans ce milieu.

    La coercition n'a jamais réussi à enrayer efficacement les problèmes reliés au phénomène de la prostitution. Quand on donne la Suède en exemple, on oublie de dire que les clients suédois font simplement maintenant des excursions dans les bordels de Russie.

    Notre connaisssance de la sexualité est généralement extrêmement déficiente (le texte de Jossée Blanchette dans LeDevoir d'aujourd'hui est très éloquent à cet égard. Bravo Josée!). Nous devons entre autres considérer comme tout à fait légitime pour une femme (ou un homme) de pouvoir, volontairement et consciemment, procurer un plaisir physique à un homme (ou à une femme) en échange d'une somme d'argent.

    La problématique de la prostitution s'apparente à plusieurs égards à la consommation d'alcool et aux jeux de hasard lorsque ceux-ci étaient illégaux. La force du crime organisée dans ces deux milieux était telle que seule une prise en charge par l'état a réussi à enrayer les abus de toutes sortes liés à ces pratiques à l'époque.

    Si notre socièté s'est ouverte au point d'accepter par exemple les mariages homosexuels, je ne vois pourquoi nous ne serions pas capables de faire un autre grand pas humaniste en créant une société d'état responsable d'encadrer la prestation de services sexuels.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 juin 2012 19 h 54

      La prostitution n'a rien à voir avec une sexualité saine. Une sexualité saine est un partage. Égal. La prostitution étant un acte de DOMINATION, au diable l'égalité!!!

      On ne peut comparer la prostitution à des dépendances (drogues ou autres): il faut tenir compte de l'âge de l'"embrigadement" de la prostituée : 13-14 ans. Une ignominie! La prostitution mène à la recherche de chair toujours de plus en plus jeune, au trafic humain et à bien d'autres abominations.

      Tant mieux si les Suédois "traversent" en Russie, il doit sûrement y en avoir moins de toute façon qui se donnent cette peine et qui prennent la peine d'écouter les survivantes leur parler de leur enfer. Et quand tous les pays décideront d'agir comme la Suède, ben enfin on aura des rapports plus égalitaires entre les femmes et les hommes.

  • Réal Giguère - Inscrit 1 juin 2012 09 h 03

    le plus vieux métier du monde

    J'entendais hier à Maisonneuve (l'animateur qui prend sa retraite en même temps que Léo) Julie Miville-Deschesne s'insurger que l'on dise que la prostitution est le plus vieux métier du monde. Selon elle, ce serait plutot celui de chasseur et de pêcheurs.

    Les pêcheurs et les chasseurs des cavernes chassaient et pêchaient pour nourrir leur famille. Maisonneuve n'a pas eu le réflexe de lui demander qui achetait le poisson et la viande à l'époque???

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 juin 2012 19 h 45

      Et les femmes, elles, étaient cueilleuses, agricultrices et accoucheuses. On n'ira jamais dire aux enfants que la prostitution est un choix de carrière, non??? On veut faire croire que la prostitution est un métier alors que c'est une situation ou l'inégalité des rapports est flagrant. La prostitution est un acte de DOMINATION: "fais-moi plaisir, moi je ne le ferai pas, mais je vais te donner de l'argent en compensation". INÉGALITÉ

  • Réal Giguère - Inscrit 1 juin 2012 09 h 04

    le plus vieux métier du monde

    J'entendais hier à Maisonneuve (l'animateur qui prend sa retraite en même temps que Léo) Julie Miville-Deschesne s'insurger que l'on dise que la prostitution est le plus vieux métier du monde. Selon elle, ce serait plutot celui de chasseur et de pêcheurs.

    Les pêcheurs et les chasseurs des cavernes chassaient et pêchaient pour nourrir leur famille. Maisonneuve n'a pas eu le réflexe de lui demander qui achetait le poisson et la viande à l'époque???

  • Nicholas Gionet - Inscrit 1 juin 2012 09 h 08

    C'est ridicule

    Alors laissez-moi bien comprendre: vosu êtes contre les préjugés et la discrimination, mais vous vous basez sur des données anecdotiques pré-sélectionnées pour juger et attaquer le mode de vie et le choix de ces femmes?

    Personne ne vend son corp: ces femmes, dont plusieurs sont assez fières de leur métier pour se battre pour leurs droits en cours surpème, ont fait le choix d'offrir un service. Point final. Cessez donc d'imposer vos valeurs comme si celles-ci étaient des vérités universelle. Ce fesant, vous démontrez un esprit on-ne-peut-plus discriminatoire, ce qui est ironique considérant votre position.

    L'abus que vous décriez tant vient de cette zone grise légale que vous tentez de maintenir, et non pas de la nature même de la profession. Ne devriez-vous pas vous efforcer de protéger ces femmes dans leur métier (notamment par un encadrement légal de la profession) au lieu de leur dire qu'elles sont trop idiotes pour prendre leurs propres décision?

  • Simon Vallée - Inscrit 1 juin 2012 15 h 02

    Dérive idéologique

    Il est clair que le Conseil du Statut de la Femme a pris une décision strictement idéologique qui fait abstraction complète des expériences de vie des travailleuses du sexe, de leurs opinions et même de leur sécurité.

    On sait qu'un étude à Londres auprès des prostituées d'origine étrangère a révélé que 6% affirment avoir été forcées à faire ce travail, et 13% se sentent exploitées en le faisant. C'est-à-dire, pour ceux qui s'y connaissent peu en math, que 94% n'ont pas été contraintes à le faire et que 87% ne se sentent pas exploitées en le faisant.

    Il semble clair que le CSF a succombé aux habitudes anti-scientifiques des prohibitionnistes qui choisissent leurs chiffres pour laisser de fausses impressions, voir pour mentir sur la prépondérance du trafic humain afin de justifier leurs positions dogmatiques. Notons par exemple que beaucoup de statistiques qu'elles utilisent sur la Hollande datent d'AVANT la légalisation des maisons closes là-bas.

    Criminaliser les clients ne servirait qu'à repousser encore plus les prostituées dans l'ombre, car elles devraient offrir la plus grande discrétion à leurs clients pour les conserver, ce qui les mettrait encore plus en danger. C'est d'ailleurs l'origine du "succès" en Suède, les prostituées se chachent encore plus. Loin des yeux, loin du coeur. Légaliser complètement la prostitution rendra plus aisée l'accès aux services sociaux des prostituées qui veulent arrêter.

    Finalement, il n'y a aucune raison morale de criminaliser quoi que ce soit dans la prostitution. Échanger des services contre rémunération est tout à fait légal, pourquoi devrait-ce être illégal si les services sont sexuels?... à moins bien sûr de croire que les relations sexuelles sont toujours dégradantes pour les femmes...