L’ONU vient constater l’insécurité alimentaire au Québec

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, était de passage à Montréal hier.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, était de passage à Montréal hier.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, était de passage à Montréal hier pour écouter divers organismes de la société civile québécoise et canadienne qui lui dressaient un portrait des problématiques en matière de sécurité alimentaire vécues par certaines portions de la population.

M. De Schutter a déjà visité plusieurs pays d’Asie, d’Afrique, ainsi que d’Amérique centrale et latine. Il entamait hier sa première mission dans un pays industrialisé de l’OCDE : le Canada.


« Par cette mission, je veux montrer que tous les pays ont des problèmes de sécurité alimentaire, même si ces problèmes peuvent être de nature différente. C’est vrai qu’il n’y a pas de famine au Canada, mais tout de même quel scandale de voir que dans un pays riche, un pays envié de tous pour sa qualité de vie, on compte encore deux millions et demi de personnes qui sont dans une situation d’insécurité alimentaire ! N’est-ce pas au moins aussi scandaleux que quand on atteint des chiffres semblables dans des pays très pauvres qui n’ont pas les moyens de faire davantage ? Ici, ce n’est pas une question de moyens, c’est une question de volonté politique, de définition des priorités, de gouvernance. N’est-il pas étonnant qu’on ait dans ce pays plus de 800 000 personnes qui dépendent des banques alimentaires, lesquelles reçoivent des soutiens relativement faibles de la part des pouvoirs publics et dépendent essentiellement de la charité privée ? N’est-il pas surprenant qu’on ait dans un pays riche beaucoup de populations marginales - des personnes vivant de manière isolée, dans des communautés éloignées, ou appartenant aux populations autochtones -, ayant un accès difficile à une alimentation suffisante et adéquate ? », a lancé le Rapporteur spécial de l’ONU à l’Université de Montréal dans le cadre de cette rencontre avec divers organismes de la société civile.


M. De Schutter a également relevé le problème de l’obésité qui fait rage au pays. « Selon les données de l’Agence de santé publique du Canada, 25 % des adultes sont obèses. Or, ces personnes développeront des diabètes, des cancers et des maladies cardiovasculaires qui coûteront au budget de la santé publique près de 5 milliards de $», a-t-il ajouté.

 

Prix des aliments


Plusieurs organismes non gouvernementaux ont ensuite décrit l’état de la situation au Rapporteur. Chiffres à l’appui, Élisabeth Germain de la Coalition québécoise pour un Québec sans pauvreté a démontré, pour sa part, qu’au Québec, les prestations d’aide sociale ne couvraient que 54 % du coût des besoins alimentaires de base d’une personne seule.


Depuis 10 ans, le prix des aliments a augmenté de 30 % au Québec, tandis que le pouvoir d’achat moyen s’est élevé d’à peine 10 %, a fait remarquer Jean-Paul Faniel, coprésident de la coalition pour la souveraineté alimentaire. « Imaginez ce que cela veut dire sur la perte de pouvoir d’achat de la classe moyenne à revenus inférieurs et évidemment sur celui des plus pauvres d’entre nous, les assistés sociaux, les travailleurs pauvres en nette augmentation depuis 2008, les personnes âgées ? », a-t-il dit.


Nommé par le Conseil des droits de l’homme (organe de l’ONU) en 2008, Olivier de Schutter a pour mandat de lui rapporter ce qu’il constate, grâce à des consultations, des études et des missions, sur l’état de la sécurité alimentaire dans un pays. Ensuite, il écrit au gouvernement concerné afin qu’il prête attention aux problématiques particulières qui ont été portées à sa connaissance, et il lui demande de « s’expliquer sur les mesures qu’il entend prendre pour que les atteintes au droit à l’alimentation cessent ou ne se répètent pas. Les États, en principe, répondent à ces communications dans les 60 jours », a précisé le Rapporteur.


« L’utilité de ce rapport dépendra de l’utilisation que vous en ferez. C’est uniquement dans les pays où la société civile est organisée et mobilisée que ces rapports ont un impact. Malheureusement, les gouvernements ne sont pas toujours attentifs à ce que la communauté internationale peut exercer comme pression sur eux, mais ils sont sensibles à ce que l’opinion publique pense des politiques qu’ils conduisent. Mon rôle est de m’assurer que les préoccupations qu’émet la société civile, les violations qu’elle dénonce, sont prises au sérieux par le gouvernement », a-t-il prévenu.


Bien que l’alimentation soit un droit de l’homme inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme, « pendant très longtemps, ce droit a été vu comme simplement symbolique, comme n’ayant pas de portée opérationnelle, a souligné M. De Schutter.


Ce n’est qu’en novembre 2004 qu’ont été adoptées au sein du conseil de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) des directives qui précisent les mesures que les gouvernements doivent prendre pour s’acquitter de leurs obligations à l’égard du droit à l’alimentation.

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