L'itinérance explose à Montréal

Des femmes violées, battues, aux os brisés, cognent à la porte de refuges surpeuplés. De jeunes immigrants ayant fui leur pays d'origine, qui ne parlent ni français ni anglais, se retrouvent dans la rue. Des jeunes sortant du centre jeunesse débarquent dans les refuges le jour de leurs 18 ans. Des personnes intoxiquées ne sont acceptées dans aucun refuge à cause de leur état. L'itinérance explose et prend les formes les plus diverses à Montréal. Malgré cet accablant constat, le gouvernement du Québec n'a toujours pas adopté de politique visant à réduire l'itinérance. Et le plan d'action adopté en 2010 comme mesure palliative aux problèmes est, de l'avis de très nombreux intervenants dans ce secteur, nettement insuffisant.

C'est ce qui se dégageait hier de l'assemblée publique organisée par le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal. Au cours des discussions qui ont alimenté le débat, les organismes travaillant auprès d'une clientèle itinérante ont été unanimes: non seulement l'itinérance est en croissance, mais les êtres qu'elle touche sont plus abîmés, leur situation s'est complexifiée. Au cours du dernier hiver, les demandes de refuge pour hommes ont augmenté de 8 %. Dans un refuge pour femmes comme La rue des femmes, on a dû refuser 3600 demandes d'hébergement au cours de la dernière année. «Nos lits d'urgence sont occupés à 195 %, on ajoute des matelas sur le sol», explique Suzanne Bourret, de la Rue des femmes.

À la maison Tangente, qui héberge de jeunes adultes sans abri, autour de 80 % de la clientèle n'a pas de diplôme de 5e secondaire. Johanne Cooper, qui y est intervenante depuis plus de 20 ans, dit rencontrer de plus de plus de femmes enceintes en situation d'itinérance, de jeunes souffrant de problèmes de santé mentale ou aux prises avec des problèmes d'immigration.

Des familles itinérantes?


«Des jeunes femmes enceintes, dit-elle, on n'en voyait pas avant.» «On offre aussi un suivi post-hébergement, ajoute-t-elle. Sur les 32 cas suivis dernièrement, il y avait 11 enfants, dont certains de moins de un an. Vous savez ce que ça veut dire, ça? Ça veut dire qu'on pourrait se retrouver bientôt avec des familles itinérantes, comme aux États-Unis», dit-elle. La moitié des jeunes qui se retrouvent à la maison Tangente proviennent du réseau de la Protection de la jeunesse.

À l'Anonyme, qui s'occupe de personnes itinérantes intoxiquées, Geneviève Button déplore que le projet de création d'un centre de répit et de dégrisement pour cette clientèle n'ait pas encore vu le jour. «Je me retrouve avec une clientèle qui attend l'ouverture du métro pour se réchauffer, dit-elle, je ne sais pas où les envoyer.»

Au cours de l'assemblée d'hier, on proposait du logement social, un meilleur accès aux chèques d'aide sociale pour les itinérants. On exigeait la préservation des maisons de cham-bres, des programmes d'intégration à l'emploi mieux adaptés à cette clientèle. On demande la déjudiciarisation les itinérants, qui peuvent accumuler des milliers de dollars de dettes en contraventions. On propose le revenu minimum garanti. On fait de son mieux, mais les fonds manquent. Et avec ses 13 millions de dollars en trois ans, le plan d'action ministériel ne suffit manifestement pas à la tâche, énorme, de faire reculer l'itinérance au Québec.

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