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L'abbaye d'Oka est vendue

Après cinq ans de tergiversations, l'abbaye d'Oka aura un nouveau propriétaire. La Famille Marie-Jeunesse, une congrégation religieuse des Cantons-de-l'Est, a finalement vu accepter son offre d'achat par la Corporation de l'abbaye d'Oka (CAO), qui gère depuis 2007 l'ancien domaine des moines trappistes.

Cette congrégation catholique, ainsi que ses bailleurs de fonds qui souhaitent garder l'anonymat, se réjouit de la nouvelle, d'autant que l'intérêt ne datait pas d'hier. Depuis au moins cinq ans, la communauté d'une centaine de jeunes qui grandit sans cesse se cherchait de nouveaux espaces. Une première offre faite à la Corporation en 2009 avait été rejetée. La rumeur veut qu'elle ne fût pas suffisamment généreuse.

«On est très content, c'est une belle page qui se tourne, même si on sait qu'il y a encore bien des démarches à faire», a dit le père Francis Gadoury, l'un des porte-parole de la Famille Marie-Jeunesse. L'inspection des bâtiments étant encore à faire, il estime que la vente pourrait être finalisée d'ici l'automne, au mieux à l'été. Le prix de la vente n'est pas divulgué pour l'instant.

Toutefois, le prêt sans intérêt de 1,5 million sur cinq ans qu'avaient consenti les moines cisterciens à la CAO se termine le 1er mai. «Je pense qu'on va être remboursés en totalité, mais pour le 1er mai? J'en doute, a dit le père trappiste André Barbeau. Les intérêts vont commencer à courir.»

Dom Barbeau se réjouit de voir que ce domaine patrimonial sera repris par une communauté religieuse. «Elle va maintenir l'esprit dans lequel on a vécu pendant 128 ans», a-t-il souligné. Toutefois, des gens d'affaires d'Oka voyaient d'un mauvais oeil l'installation d'un organisme sans but lucratif, qui ne paye pas de taxes. «Je sais que Marie-Jeunesse était intéressée à l'exploitation agricole des terres. Cette communauté draine une quantité impressionnante de jeunes. Je pense qu'il va y avoir des retombées économiques réelles», croit dom Barbeau. Le père Francis Gadoury réitère l'intention de sa congrégation «qui rayonne dans l'ensemble du Québec» d'en faire un «projet qui dépasse le cadre des membres de Marie-Jeunesse».

Fin d'une saga


C'est ainsi que se dénoue lentement une saga qui aura duré cinq ans. Forte d'un prêt de 3 millions du gouvernement du Québec, la CAO n'aura pas réussi à rentabiliser le domaine. En plus d'exploiter un magasin qui vendait des produits du terroir des moines, elle louait parfois les lieux pour des tournages de films d'horreur et le bâtiment principal à un collège privé de hockey dont Le Devoir avait révélé en janvier dernier les problèmes, notamment financiers. La Famille Marie-Jeunesse entend respecter le bail de l'école, mais sans plus.

En fin de semaine, l'agence QMI écrivait que le Conseil de bande de Kanesatake avait manifesté son intention, malgré des finances déficitaires, d'acheter l'abbaye pour en faire une école spécialisée pour les enfants en difficulté. Selon le chef Serge Otsi Simon, la CAO n'aurait même pas voulu prendre connaissance du dossier des Mohawks, encore moins lui accorder un délai de quelques jours pour consolider son montage financier. Outre la publication d'un communiqué, la Corporation n'a pas commenté cette vente.