La militante Madeleine Parent s'éteint

«Chaque lutte syndicale enseigne au travailleur comment se battre. Rien n’est jamais complètement perdu», aimait à répéter Madeleine Parent.
Photo: EDITIONS REMUE MENAGE «Chaque lutte syndicale enseigne au travailleur comment se battre. Rien n’est jamais complètement perdu», aimait à répéter Madeleine Parent.

Madeleine Parent a incarné le pouls de la classe ouvrière avant de devenir l’une des consciences les plus avisées du féminisme québécois. Une femme de tête et de cœur, en avance sur son temps, qui aura milité bien au-delà de la retraite en jetant des ponts entre les communautés francophones, anglophones, allophones et autochtones, avant de s’éteindre dans la nuit d’hier à aujourd’hui des suites d’une longue maladie, à l’âge de 93 ans.

Encore ces dernières années, on avait vu la militante infatigable, frêle, mais droite, marcher pour la paix et les droits des femmes, des réfugiés, des minorités et des oppressés. Régulièrement, on l’avait aussi lue ou entendue sur diverses tribunes. De sa plume incisive, il lui arrivait encore de protester contre des lois qu’elle jugeait injustes. Tout cela sans jamais se démonter, comme au temps où elle s’activait dans les syndicats.
 
«Chaque lutte syndicale enseigne au travailleur comment se battre. Rien n’est jamais complètement perdu», aimait à répéter cette femme de principe née à Montréal en juin 1918.

À la défense des ouvriers du textile

Au sortir de l’université, Madeleine trouve un premier emploi dans le mouvement syndical. En 1943, elle rencontre Kent Rowley. Madeleine découvre en lui le «camarade idéal» selon les mots d’Andrée Lévesque qui, dans son ouvrage Madeleine Parent, militante, le décrit comme un homme dynamique, réfléchi et énergique, à l’écoute des travailleurs. Kent deviendra le grand amour de Madeleine.

À ses côtés, Madeleine n’hésite pas à monter au front, défendant particulièrement les ouvriers du textile, et s’attirant les foudres de Maurice Duplessis qui la fait arrêter une première fois, en 1946, pendant la grève de l’usine de Dominion Textile à Valleyfield.
Tous ses combats, elle les mène avec passion, mais aussi mesure et respect. «Une volonté de fer et un collier de perles», résume Rick Salutin. «Après une nuit de négociation, c’était habituellement les avocats qui avaient l’air abattus et épuisés alors qu’elle paraissait toute fraîche, calme, coiffée, avec son collier de perles, continuant de se battre pour chaque principe.»

Les droits des femmes lui tiennent à cœur et elle participera notamment à la création, à Ottawa, du Comité d’action pour le statut de la femme, où elle siégera tout au long des années 70.

La syndicaliste infatigable prend sa retraite en 1983. De retour au Québec, sans mari et sans enfants, Madeleine occupe son temps et ses énergies à défendre les idéaux qui lui tiennent à cœur. Très active, on la voit à la Fédération des femmes du Québec, à Alternatives, au Centre des travailleurs immigrants, à la Ligue des droits et des libertés et dans les associations d’appui aux femmes autochtones, à mobilité réduite ou issues des communautés culturelles.

Ces derniers mois, la maladie avait finalement eu raison de son énergie hors du commun. Alitée depuis quelques années, elle avait vu son état se détériorer graduellement jusqu’à ce que la mort l’emporte, entraînant la perte d’une autre figure emblématique du syndicalisme québécois...
13 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 12 mars 2012 12 h 30

    Une grande dame à honorer !

    Madeleine Parent c'est une Michel Chartrand au féminin, la même énergie, le même combat jusqu'à la fin. Elle mérite des honneurs nationaux, comme Jack Layton les a reçus. On devrait tenir une semaine de revue historique dans les médias nationaux.On en apprendrait un peu plus sur les luttes courageuses de ces femmes du textile qu'elle a tant défendu. On apprendrait l'histoire des oubliés, des exploités, l'histoire de notre peuple, trahi par ses élites comme Duplessis. Madeleine Parent c'est une force révolutionnaire au service du Bien commun de tous les travailleurs, chômeurs, pour toutes les femmes, au côté de Léa Roback et Simone Monet.

    Repose en paix camarade, compagne de route, dans nos luttes contre toutes les formes d'exploitation !

  • Danielle D - Inscrite 12 mars 2012 12 h 31

    La puissance de la persévérence.

    S'il y a un pouvoir féminin qu'elle à démontré et qui traverse les époques c'est bien la «persévérance» ancrée sur les valeurs de «Bien».

    Elle avait parfaitement raison chaque geste légitime «Rien n'est jamais perdu» mais s'additionne en couche de nacre comme sur une perle qui prend sa place au fil de son évolution,singulière,authentique mais déterminé en restant ce qu'elle est en toutes implication.

    Merci d'être ce que vous êtes et de vous avoir ainsi consacré à ses causes.
    Danielle Drolet.

  • Micheline Carrier - Inscrite 12 mars 2012 12 h 58

    Femme remarquable

    Triste nouvelle! Elle était une femme remarquable, de celles qui inspireront longtemps les femmes du Québec, féministes ou non, jeunes ou moins jeunes. C'est la société québécoise entière qu'elle inspirera.

    Voici un article que Sisyphe a publié sur elle en 2004:

    <a href="http://sisyphe.org/spip.php?article1070">& Parent - Tisserande de solidarités", Élaine Audet

  • LiseTr - Abonnée 12 mars 2012 13 h 40

    Comme si depuis toujours nous la connaissions et l'admirions..

    Madeleine Parent, c'est comme si je l'avais toujours connue et admirée et cela me surprend parce que ces batailles syndicales de l'époque du régime de Duplessis sont si lointaines. Dans le milieu de travail où j'oeuvrais, il avait été question un jour de célébrer des pionniers, pionnières ...il m'est venu instantanément les noms de Madeleine Parent et de Léa Roback. Ces femmes fortes et dignes ont été si vives et libres dans l'action sociale, dans le monde du travail et dans leur attitude personnelle qu'elles ont marqué fortement les jeunes générations que nous étions. Même sans les connaître, nous savions qu'il y avait quelque part des femmes qui avaient tracé une voie de courage et de détermination. Des étoiles.

    Lise Tremblay
    Montréal

  • Martin Dufresne - Abonné 12 mars 2012 14 h 31

    Comme disait Marcelle Ferron,

    « La plus grande figure de l’époque, celle qui a le plus fait pour changer le Québec, n’est pas parmi les signataires du Refus global, c’est la syndicaliste Madeleine Parent qui menait à l’époque les grèves dans le textile. »