24 poses féministes - Caroline Hayeur prête sa voix

Caroline Hayeur<br />
Photo: Source ONF Caroline Hayeur

Caroline Hayeur, qui a conçu le projet 24 poses féministes pour l'Office national du film, fait du photojournalisme depuis plus de quinze ans, tout en menant ses projets artistiques. Femme de terrain et de rencontres, elle cède son regard et ses appareils à des non-photographes. Ils cliquent à sa place pour lui apporter une vision différente. Gros plan sur une photographe qui aime détourner l'objectif.

«Je suis des premières femmes photographes de mon époque, rappelle Caroline Hayeur au-dessus d'un lunch vite avalé. J'ai eu des modèles féminins en mode et en publicité, mais pas en photojournalisme. Je me suis vite sentie pionnière. J'ai été la première femme à faire le stage de photojournalisme à La Presse, par exemple. Ils n'en ont jamais repris ensuite [sauf Valérie Remise en 2001]. Peut-être que je leur ai fait peur», dit-elle en rigolant.

Avec son premier client, La Gazette des femmes, elle est illico confrontée aux enjeux féministes. Quand, à 24 ans, Hayeur tombe enceinte, «les gens autour étaient dévastés: ma carrière leur semblait finie. Alors que c'est parce que j'ai eu un enfant que j'ai regardé ce qui se passait dans ma cour, que je me suis mise à tripper sur les raves jusqu'à en faire un projet. Un projet qui a lancé ma carrière internationale.»

L'exposition Rituel festif: portraits de la scène rave à Montréal a fait le tour du monde. Caroline Hayeur poursuit ensuite avec Almagat Danse, tradition et autres spiritualités, Tanz Party, où elle s'arrête sur la danse sociale, et Mes nuits blanches.

Au fil du temps, la photographe cède de plus en plus son appareil, que ce soit à de nouveaux arrivants ou à des ados, en les faisant travailler sur leurs quartiers ou leurs chambres à coucher. «C'est pas juste la photo qui compte, mais ce que les gens vivent en la prenant. Je crois que c'est perceptible. Et ça produit une information totalement différente des stéréotypes. En donnant une caméra à un autre, il faut accepter ce qu'on reçoit comme réponse, tandis que ceux qui prennent cet outil qui ne leur appartient pas se mettent à nu. Bref, tout le monde est déstabilisé. C'est ça, l'art, pour moi.» La photographe fait ensuite le choix des images et la mise en espace, un peu à la façon d'une éditrice ou d'une réalisatrice.

Images «qu'on ne voit même plus»


Pour son plus récent projet, 24 poses féministes, elle laisse l'objectif à six jeunes artistes engagées. Résultat? «Le féminisme est multiple. Vraiment pluriel. Des valeurs sont assumées, qui se traduisent en chacune d'elles comme un acquis. Ce qui a dérouté d'autres générations de féministes en regardant ces images, c'est qu'en ce moment la société, c'est Facebook, les cellulaires, les autoportraits, des choses basées sur l'esthétique relationnelle: l'image de soi, qu'on ne peut dissocier du corps, ni de l'estime de soi ou du regard qu'on pose sur nous-mêmes. Tous ces mots-là ne sont pas du tout féministes. Mais le résultat l'est, même si ce n'est pas ce qu'on attend du féminisme de la gouine poilue en pantalon brun», dit-elle en éclatant de rire à ce cliché.

Pour Hayeur, qu'en est-il du féminisme en 2012? «Le plus gros enjeu pour moi est dans toutes les images dégradantes de la femme, hypersexualisée. Des images qu'on ne voit même plus, qui sont des arguments de vente. J'ai peur qu'on ne s'en sorte pas. À moins que les mannequins deviennent tellement des cyborgs, tellement dénaturées, qu'on ne puisse plus les voir comme des femmes.»


Vous avez manqué l'émission Bouillant de culture, sur les ondes de la Première Chaîne radio de Radio-Canada? Patrick Masbourian se joignait au Devoir et à l'ONF pour proposer une émission sur le féminisme. Parmi les sujets, une entrevue avec les conceptrices de 24 poses féministes, Caroline Hayeur et Marianne Prairie, et une table-ronde avec de jeunes créatrices. Pour écouter l'émission à nouveau, cliquez ici.

3 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 3 mars 2012 09 h 07

    L'argument de vente ou... la femme?

    "les images dégradantes de la femme, hypersexualisée. Des images qu'on ne voit même plus, qui sont des arguments de vente."

    Une femme qui, trop souvent, est opprimée, sous notre cher capitalisme, par une autre. Car est-ce bien l'argument de vente ou... la femme, qui opprime... la femme

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/07/23/la-cult

    La femme n'est elle pas un peu une instance normative pour la femme?
    Paul Laurendeau

  • Roland Berger - Inscrit 3 mars 2012 23 h 34

    Une culture machiste

    Il ne faut s'étonner que tant de femmes détestent les femmes. Elles sont en cela victimes du machisme ambiant, lequel, utilisé par le capitalisme, structure la société.

  • André Michaud - Inscrit 4 mars 2012 00 h 05

    jambes poilues et noire ?

    Est-ce qu'un homme peut trouver belle une femme aux jambes aussi poilues et aux poils laissés bien noirs???

    Bien sûr une femme vaut bien plus que sa beauté physique, mais quand-même..

    Que penser des femmes qui se rasent aussi les poils pubiens , et deviennent "pognées" comme les hommes qui ont à se raser..??

    Cachez ce poil que l'on ne saurait voir? L'esthétique est devenue "anti naturel"????