Les jeunes parents et l'égalité des sexes - La conciliation travail-famille repose trop sur les femmes

Benoit Rose Collaboration spéciale
La fameuse conciliation travail-famille reposerait essentiellement sur des épaules féminines.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La fameuse conciliation travail-famille reposerait essentiellement sur des épaules féminines.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Même si aujourd'hui les pères québécois sont plus présents que jamais dans les tâches liées à la parentalité, Marie-Ève Surprenant, chercheuse et auteure féministe, rappelle que les jeunes mères vivent toujours en situation d'inégalité. Selon elle, un constat est partagé par les femmes de toutes générations: la fameuse conciliation travail-famille repose essentiellement sur des épaules féminines.

En tant que coordonnatrice à la Table de concertation de Laval en condition féminine (TCLCF), Marie-Ève Surprenant planche beaucoup sur ce dossier avec ses collègues. «On constate d'abord que les milieux de travail ne sont pas adaptés à la réalité de deux parents qui travaillent et qui ont des responsabilités en dehors de leur emploi. Et ce sont surtout les femmes qui aménagent leur horaire et réduisent leurs heures en fonction de l'enfant ou d'un parent vieillissant. Parce qu'il y a cette double dynamique-là aussi qui s'installe en matière de responsabilité familiale.»

Bien sûr, elle se réjouit du congé de paternité de cinq semaines maintenant réservé aux hommes, mais ceux qui veulent en profiter vivent à leur tour une situation délicate. «Ils font l'expérience de ce que ça signifie que d'avoir peur de perdre son emploi en prenant ce congé-là, explique Mme Surprenant. Les femmes, ça fait très longtemps qu'elles vivent ça. À la Commission des normes du travail, les congédiements injustifiés pour grossesse ou pour maternité figurent parmi les plaintes les plus fréquemment déposées.» Trop d'employeurs manquent d'ouverture et devraient plutôt faire leur part en mettant en place des mesures, connues et valorisées, pour aider les parents de chacun des sexes à concilier leurs responsabilités.

Un élan

Est-ce que cette question est suffisamment soulevée dans l'espace public? Existe-t-il un certain tabou concernant ce déséquilibre? «C'est un sujet de plus en plus discuté, croit Mme Surprenant. Je pense qu'on arrive à un moment crucial où il y a beaucoup d'insatisfaction chez les individus, et les employeurs en subissent aussi les impacts, avec les nombreux cas d'épuisement professionnel et les roulements de personnel. Et le gouvernement se rend compte que ça coûte cher, les dépressions. Il y a un élan présentement. Socialement, on est rendu là, à se donner des mesures collectives pour que ce soit plus sain. Mais, évidemment, elles ne doivent pas prôner le retour des femmes à la maison! On doit les aider à rester sur le marché du travail.»

Parmi les mesures gouvernementales «imparfaites», mais néanmoins saluées, dont notre société se dote pour améliorer les choses, la chercheuse souligne cette nouvelle norme de conciliation travail-famille lancée l'an dernier par la ministre de la Famille, Yolande James. Un peu à l'image de la certification ISO qui reconnaît les bonnes pratiques écologiques d'une organisation, cette norme, qualifiée de «première mondiale» par la ministre, vise à inciter les employeurs à en faire plus. Selon Mme James, les entreprises certifiées auront «un avantage concurrentiel important» et gagneront en productivité en faisant diminuer l'absentéisme. Les Centres de la petite enfance (CPE) et le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) constituent aussi de bonnes ressources pour les parents.

Déconstruire les stéréotypes

Par ailleurs, bien que l'acteur masculin soit de plus en plus présent dans l'accomplissement des nombreuses tâches parentales, l'interprète féminine se retrouve souvent avec le rôle ingrat de coordonnatrice de l'ensemble. «Ça dépasse la question de la comptabilité des tâches. C'est aussi une question de charge mentale, parce que c'est encore davantage les mères qui les organisent», constate Mme Surprenant. Les rendez-vous des enfants, les inscriptions, l'identification des besoins de la famille et la répartition des besognes hebdomadaires, tout cela échoit généralement à la jeune mère.

Dans son livre intitulé Jeunes couples en quête d'égalité et publié chez Sisyphe en 2009, la diplômée en sociologie et en études féministes notait que les jeunes couples soucieux d'instaurer des pratiques égalitaires devaient s'y mettre avant l'arrivée d'un enfant, parce que, lorsqu'ils deviennent parents, «les responsabilités deviennent trop lourdes et la pratique vient remettre en question les principes. Les stéréotypes auront tendance à se cristalliser. Ils doivent rester très ouverts à la communication et très conscients des pratiques qu'ils mettent en place.»

Pour sensibiliser tôt les jeunes femmes aux stéréotypes sexuels et leur donner des outils pour les déconstruire, la TCLCF a justement lancé en décembre dernier le site Internet «Égalité et diversité: zéro cliché!». Plateforme en évolution offrant de multiples ressources, cette trousse éducative veut développer l'esprit critique des adolescentes et les inciter à promouvoir l'égalité et la diversité. Elle sera ultérieurement traduite en anglais, en espagnol et en arabe. «Nous souhaitons que les filles de la diversité se reconnaissent dans les enjeux que nous soulevons», y mentionne-t-on.

Fragilisation des acquis

La Journée internationale des femmes du 8 mars est l'occasion, selon la chercheuse, de faire un bilan des luttes menées et à poursuivre. «Ce qu'on constate, cette année surtout, c'est la fragilisation des acquis. Il n'y a rien d'acquis. Beaucoup de nos droits sont en train de s'effriter. Je pense à l'abolition du registre des armes à feu et à la motion déposée à Ottawa pour étudier [la question du statut] du foetus. Avec le gouvernement conservateur, on vit un très grand recul.»

«L'inspiration vient davantage du mouvement des femmes que du gouvernement, ajoute-t-elle. Au provincial, on n'est pas plus choyées avec la taxe santé, les hausses des droits de scolarité et des tarifs d'Hydro-Québec. On continue d'appauvrir les plus pauvres, et ce sont majoritairement les femmes. Les acquis s'effritent de tous les côtés, mais l'espoir réside dans la force du mouvement des femmes, qui se mobilise, se concerte et devient de plus en plus inclusif. Toutes les Québécoises confondues s'y reconnaissent de plus en plus et y trouvent leur place.»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Olivia Pelka - Inscrite 4 mars 2012 09 h 44

    Je ne serai jamais féministe

    À cause de ça:

    "Mais, évidemment, elles ne doivent pas prôner le retour des femmes à la maison! On doit les aider à rester sur le marché du travail."

    Je crois que les femmes se rendent malades à se battre contre leur nature profonde, à force de se soumettre à la dictature féministe qui combat les grands méchants "stéréotypes".

    Je suis une femme, et je ne serai jamais une féministe. Je tiens trop à mon bonheur et à mon épanouissement profond pour ça. Et ce n'est pas tout ce que j'ai à reprocher au féminisme, mais je vais m'arrêter là: j'ai pas envie de me faire lancer des roches.

  • Denis Hébert - Inscrit 5 mars 2012 22 h 40

    Mme Pelka...

    Je vous suggère de suivre des cours en anthropologie et pus particulièrement les écrits de Mme Margareth Mead. Vous constaterez que les stéréotypes que chérissez tant ne sont que culturels, comme chez les Chamboulis.