Étude - Les gens de milieux aisés manquent d'éthique

Les gens provenant de milieux aisés auraient des comportements moins éthiques que les plus pauvres, ce qui s'expliquerait en partie par une attitude plus favorable à l'avarice.

C'est du moins ce que laisse entendre une série de sept études réalisées par des chercheurs des universités de Californie et de Toronto dont les étonnants résultats ont été publiés hier dans le Proceedings of the National Academy of Sciences, aux États-Unis.

«Ces résultats peuvent peut-être nous aider à expliquer le comportement de quelqu'un comme Vincent Lacroix, comme Bernie Madoff, quelques politiciens, à comprendre les origines de ces comportements», a expliqué le chercheur Stéphane Côté, professeur de comportement organisationnel et de psychologie à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto. «Ce qu'on démontre, c'est qu'il y a une tendance en ce sens, que d'avoir plus d'argent, une occupation plus prestigieuse, nous mène à avoir un comportement moins éthique.»

Dans un premier groupe d'études menées auprès d'étudiants et d'adultes, les chercheurs ont constaté que ceux qui se considèrent eux-mêmes comme étant de «classe supérieure» (upper-class) avaient une plus forte tendance que les autres à prendre des décisions dont l'éthique était douteuse.

Ainsi, ils étaient davantage portés à prendre des articles de valeur aux autres, à mentir lors d'une négociation, à tricher pour augmenter leurs chances de gagner un prix ou à approuver des comportements non éthiques au travail.

Comportements routiers

Selon le professeur Côté, cela vient en quelque sorte confirmer l'idée reçue voulant que ceux qui grimpent dans une organisation ne se gênent pas sur les moyens à prendre. «Il y a des recherches semblables qui démontrent que les gens qui obtiennent un meilleur statut dans une organisation, par exemple, souvent le font d'une façon moins éthique. Ça vient un peu confirmer l'adage voulant que les bons gars finissent derniers!»

Fait à noter, ces données étaient constantes à travers les âges, le sexe, le groupe ethnique, la religion et l'orientation politique des participants.

Par ailleurs, une autre série d'études menées sur les comportements routiers a démontré qu'un plus grand pourcentage de conducteurs de classe supérieure coupaient la voie aux autres automobilistes et aux piétons. Selon les auteurs, ces différences de comportement éthique s'expliqueraient, entre autres raisons, par une attitude favorable des gens de classe supérieure à l'avarice.

Stéphane Côté précise toutefois ne pas avoir été surpris outre mesure par ces résultats, car ils s'inscrivent directement dans la foulée d'autres enquêtes de même nature. «Ce qu'on a découvert avec cette recherche, c'est qu'avoir de l'argent nous mène à penser d'une façon particulière et cette façon particulière — d'avoir un peu moins de compassion, un peu moins d'empathie — nous mènerait à avoir un comportement moins éthique», précise-t-il.

Il ajoute que ces résultats sont assez clairs pour que le citoyen ordinaire soit sur ses gardes au sujet des leaders de notre société. «Ça doit rendre les gens un peu plus méfiants. Par contre, on ne dit pas que tous les gens qui ont plus d'argent, qui sont riches, qui ont plus d'éducation, sont nécessairement moins éthiques que ceux qui en ont moins. On ne démontre qu'une tendance.»

Les auteurs des études prennent d'ailleurs la peine de souligner qu'il y a de nombreux exemples de comportement éthique de personnes aisées, comme le mécénat.

De même, ils rappellent que les comportements non éthiques ne sont pas absents des classes plus pauvres, comme le montrent les nombreuses études sur les liens entre la concentration de pauvreté et la criminalité violente.
 
10 commentaires
  • Xavier Ovando - Inscrit 28 février 2012 09 h 18

    Les grandes révélations et l'espoir

    Je suis surpris que l'étude soit publiée et diffusée..comme quoi la conspiration n'en est pas vraiment une.

    Ceci dit, l'étude vient confirmer ce qu'une mer de monde soupçonnait en silence et en toute culpabilité. Sans doute qu'un moment donné on prouveras qu'il y a des composantes physiologiques à ce type de comportement.

    Mais avant d'aller trop loin, Il faut se rappeler que les effets environnementaux sur le cerveau de l'enfant ont des effets qui modifient son comportement et ce sont des effets physiologiques réversibles. (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2010/

    Ainsi, tout comme les effets de la maltraitance peuvent être résorbés avec le bon milieu; les effets pernicieux d'être né dans un berceau brodé d'or aussi peuvent êtres renversés. Raison pour laquelle il est permis d'avoir un réel espoir de changer les choses par l'action solidaire des personnes qui aspirent et chérissent le bien commun.

    vive l'evolution!

  • Franklin Bernard - Inscrit 28 février 2012 09 h 43

    Les Mercedes

    En tout cas, je constate tous les jours que les conducteurs les moins civils, pour ne pas dire les plus dangereux pour les autres, sont souvent au volant de Mercedes, BMW et autres Volvo. Cette attitude est encore pire s'il s'agit d'un gros 4x4. Et ce sont souvent eux qui refusent la priorité aux piétons sur les passages réservés. Et qui se garent dans les places réservées aux handicapés.

    Il y a sûrement des exceptions, mais je ne les vois pas souvent.

    Juste pour dire.

  • Jean Tremble - Inscrit 28 février 2012 12 h 05

    Pour un comportement éthique

    «Ce qu'on démontre, c'est qu'il y a une tendance en ce sens, que d'avoir plus d'argent, une occupation plus prestigieuse, nous mène à avoir un comportement moins éthique.»

    D’où l’importance d’imposer sans réserve les grosses fortunes.

  • Marc O. Rainville - Abonné 28 février 2012 13 h 22

    Course aux honneurs

    ''(...) tricher pour augmenter leurs chances de gagner un prix.'' Pas le prix Nobel en tous cas. La Légion d'Honneur, sans doute...