Faire la duchesse dans la Vieille Capitale

Chaque duchesse fait valoir, à coups de vidéo, de textes, de reportages, les forces de son coin de ville sur le site Internet du concours ou lors des spectacles et des sorties publiques. <br />
Photo: François Mercier Chaque duchesse fait valoir, à coups de vidéo, de textes, de reportages, les forces de son coin de ville sur le site Internet du concours ou lors des spectacles et des sorties publiques.

«Enfin duchesse!» Six filles et un duc, pardon, «un duchesse», peuvent lancer à nouveau ce cri. Si les duchesses traditionnelles du Carnaval de Québec ont disparu en 1997, évolution des femmes oblige, leurs filles spirituelles reviennent signer La Revengeance des duchesses. Adieu cours de maintien, dame de compagnie, bal et vente de bougies. Bonjour slam, reportages vidéo et compétition entre les quartiers, pardon, «entre duchés» de la Vieille Capitale. Zoom sur les néo-duchesses, en off-Carnaval.

«Je suis une fille de Québec: il y avait un rêve en moi, petite, de grimper sur le char allégorique, d'être duchesse et de faire des bye bye au défilé, explique Marjorie Champagne, cofondatrice de cette Revengeance, de ce couronnement revu XXIe siècle. Les temps ont changé, les duchesses ne correspondaient plus à mes valeurs. On ne les entendait pas beaucoup, il faut dire; on ne mettait pas en avant leur personnalité.»

Les premières duchesses à la cour de Bonhomme Carnaval, dès 1955, sont célibataires, sans enfants, choisies surtout selon des critères physiques. Ces dames, après des cours de maintien, de diction, et une garde-robe qui, littéralement, les uniformise, deviennent les mascottes féminines du Carnaval, rêvant d'être choyées par le tirage au sort pour devenir reine. «L'idée, en 2010, poursuit Mme Champagne, était de trouver une formule pour les actualiser, dans le but avoué de ramener l'esprit de clocher.»

Plutôt qu'un concours de beauté ou de personnalité, La Revengeance des duchesses est un concours de quartiers. Sur le site Internet ou lors des spectacles et des sorties publiques des duchesses, chacune fait valoir, à coups de vidéo, de textes, de reportages, les forces de son coin de ville. «C'est un peu comme devenir chroniqueuse culturelle de son faubourg», explique Émilie de Launière, duchesse du Vieux-Port. «On utilise les préjugés des quartiers, qu'ils soient vus hautains, superficiels ou modestes, pour faire découvrir autre chose», poursuit la jeune femme de 32 ans.

«Avant, le Carnaval était plus décentralisé, ajoute Marjorie Champagne, elle-même ex-duchesse 2010. Maintenant, il est principalement sur les Plaines. On veut le rééparpiller, faire en sorte que les gens de chaque quartier se le réapproprient à travers notre clin d'oeil historique.»

Pour ce faire, les duchesses ont produit par exemple «une vidéo sur une équipe de roller derby de Saint-Roch, une tournée d'entrevues des immigrants qui tiennent des restos dans Saint-Sauveur, un vox-pop sur le quartier Montcalm, un slam sur Saint-Jean-Baptiste, une série de photos très touchantes sur une résidence pour personnes âgées qui nomme des duchesses parmi ses résidentes, énumère Mme Champagne. On n'a pas de ligne éditoriale: tout passe, à condition de ne pas s'attaquer à Bonhomme.»

Cette Revengeance des duchesses est-elle un geste féministe contre les trop potiches duchesses originelles? «Je dirais plutôt qu'on est le résultat des luttes menées par nos mères et nos grands-mères. La duchesse 2012 est rendue là: elle s'exprime sur une scène, elle parle, elle fait des grimaces, elle n'a pas peur de son authenticité», précise Marjorie Champagne.

Émilie de Launière, autre part conseillère aux communications du ministère de la Culture et chargée des dossiers «condition féminine», voit l'expérience comme un «trip de filles». «On se lance tête première: on est débrouillardes, capables de danser, de faire des chroniques, des articles, de la vidéo, un peu de tout.» L'événement leur donne les moyens de leurs idées. «Ce n'est pas une démonstration de qui est la plus belle. Si on avait voulu faire ça, on n'aurait pas pris une duchesse à barbe!»

Femme à barbe? Félix Dumas, 23 ans, est le premier «duchesse», coiffant au poteau les deux hommes qui s'étaient présentés par défi dans les années 1990 et qui, avant d'être recalés à l'entrevue, avaient contribué, par le brouhaha provoqué par leur candidature, à la disparition des désormais trop décoratives aristocrates. S'il assume le côté féministe et ludique d'être le «duchesse» de service, ce serveur au resto Le Lapin sauté vit l'expérience pour se reconnecter avec son Petit-Champlainde quartier.

Les duchés sont offerts à tous et toutes. Cette année, le bastion noble est complété par Caroline Décoste, Érika Soucy, Catherine Genest, Marcelle Maheu et Marie-Chantal Chrétien. La cofondatrice de l'événement déplore que la majorité des candidates soient de jeunes femmes et souhaite des duchesses de tout acabit. Son voeu? «Avoir une ancienne duchesse du Carnaval qui reviendrait...» Ce pourrait être par exemple Carole Théberge, reine 1975 et ex-ministre de la Famille...

Un sondage Léger Marketing dévoilait en 2011 que 82 % des citoyens de Québec aimeraient voir le retour des duchesses, mais pour le Carnaval, la monarchie est chose du passé. Le bien nommé président du Carnaval de Québec, Alain Winter, conseille de ne pas espérer une reine ressuscitée au défilé. Vrai que, pour être fidèle à l'esprit des néoduchesses, il faudrait à la reine «un micro pour qu'elle puisse parler. Ou qu'elle dessine le char. Qu'elle soit très impliquée, du moins», selon Marjorie Champagne.

En attendant de voir ces sang-bleu pro-girl power détourner de force un char allégorique, on peut suivre les duchesses et voter pour leurs productions sur revengeanceduchesses.com d'ici le couronnement, le 11 février.

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NDLR: Une correction a été apportée à cet article après la mise en ligne: le nom de Mme Champagne était erroné.
3 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 4 février 2012 15 h 57

    une belle folie

    Une belle folie que cette " Revengeance des duchesses". Un retour vers une participation spéciale de la jeunesse des quartiers au Carnaval de Québec ?

  • Roland Berger - Inscrit 5 février 2012 12 h 07

    Le retour des duchesses

    Le retour des duchesses officielles du Carnaval s'impose. Tant qu'à reculer, reculons sans « niaisage ».
    Roland Berger

  • Geoffroi - Inscrit 5 février 2012 14 h 01

    Et les bonhommes !!!

    Il n'y a plus de reines mais les bonhommes de la Haute-Ville sont toujours là. Ils ne mangent pas seulement de la neige à la pelle au Château Frontenac, à Sillery et Sainte-Foy.