Le SCRS montré du doigt par des groupes sociaux

C'est la multiplication des visites impromptues et parfois nocturnes reçues par des membres de groupes populaires, surtout à l'occasion des réunions du G8 et du G20 dans la région de Toronto en 2010, qui a motivé le lancement de cette «campagne de non-coopération».

Selon les organisateurs de cette initiative, qui sont regroupés au sein du Réseau de la Commission populaire, les renseignements recueillis par ces moyens visent moins à assurer la sécurité des Canadiens qu'à créer un climat de peur et de suspicion, à diviser les communautés et à dissuader les citoyens de participer à la vie associative.

«Le but de la campagne est de délégitimer les tactiques du SCRS et de démontrer la solidarité» des membres des groupes visés, a indiqué Marie-Ève Lamy, porte-parole du Réseau de la commission populaire, hier en conférence de presse.

«Les gens ne connaissent pas leurs droits, estime Marie-Ève Lamy. Or c'est un droit de ne pas collaborer avec le SCRS.»

Le SCRS a été créé en 1984 à la suite de scandales ayant éclaboussé le défunt service du renseignement de la Gendarmerie royale du Canada, dont les agents avaient rédigé de faux communiqués du FLQ, volé des documents et incendié des bâtiments, entre autres méfaits. Contrairement aux différents corps de police, il n'a pas le pouvoir d'arrêter ou de détenir des citoyens.

«Dans leur pays d'origine, les immigrants sont souvent obligés de collaborer avec la police et avec les autorités en général. Le SCRS mise sur cette crainte», croit Dolores Chew, du Centre communautaire des femmes sud-asiatiques.

«Les syndicats sont ciblés depuis toujours», a affirmé Francis Lagacé, vice-président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, rappelant la longue infiltration de la centrale par une taupe de la GRC et du SCRS pendant les années 1980 et 1990.

«Le SCRS partage ses informations avec plusieurs services de renseignement étrangers, dont ceux d'Israël, d'Égypte et du Maroc», a pour sa part affirmé Amy Dawish du groupe Tadamon!, tandis que Jaggi Singh, de Solidarité sans frontières, a rappelé que le jeune Omar Kadr avait été interrogé par un agent du SCRS dans la prison de Guantánamo.

En tout, ce sont 68 organisations, surtout québécoises, qui recommandent à leurs membres de ne pas coopérer avec les agents secrets canadiens. Quelques-unes ont pignon sur rue en Ontario, en Nouvelle-Écosse ou en Colombie-Britannique.

Non seulement le Réseau de la Commission populaire recommande aux gens de ne pas parler aux agents du SCRS, réputé selon lui pour déformer les propos recueillis, mais il leur déconseille de les écouter dans l'espoir de con-naître le but de leur visite: «Les agents sont bien entraînés: ils ne vous diront que ce qu'ils veulent que vous sachiez», peut-on lire dans un communiqué.

Le Réseau de la Commission populaire se définit comme un «espace permettant aux individus et aux groupes qui font face à l'oppression au nom de la "sécurité nationale" — comme les autochtones, les immigrants, les communautés radicalisées, les organisations politiques radicales, les syndicats, les queers — [...] de défendre leurs droits et leur dignité».

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