Le SPVM dévoile sa politique pour contrer le profilage

Le chef Marc Parent discute avec Albertos Asyllion, qui travaille auprès des communautés culturelles dans le quartier Côtes-des-Neiges. Le rapprochement avec ces communautés est un des aspects de la nouvelle politique contre le profilage dévoilée hier par le SPVM.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef Marc Parent discute avec Albertos Asyllion, qui travaille auprès des communautés culturelles dans le quartier Côtes-des-Neiges. Le rapprochement avec ces communautés est un des aspects de la nouvelle politique contre le profilage dévoilée hier par le SPVM.

Formation, imputabilité et réprimandes forment la pierre d'assise de la nouvelle politique sur le profilage racial et social dévoilée hier par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Tout en réitérant sa confiance à l'égard de ses troupes, le directeur du SPVM, Marc Parent, a assuré qu'il y aura désormais des conséquences pour les auteurs de profilage racial ou social, deux formes d'intervention discriminatoires et illégales.

Le nouveau plan stratégique de trois ans mise notamment sur la formation continue des policiers, l'implantation d'un système de détection et de prévention des «comportements inappropriés», des réprimandes si nécessaires et le rapprochement avec les communautés culturelles.

Civils, policiers, cadres, patrouilleurs: tous seront imputables afin d'enrayer le profilage «peu importe le niveau hiérarchique», assure le chef Parent. Si des policiers pratiquent le profilage racial ou social à répétition, ils pourraient même perdre leur emploi.

Sous la direction d'Yvan Delorme, le SPVM a nié l'étendue du problème du profilage, une réalité dénoncée dans deux rapports de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ).

En conformité avec le mandat que lui a donné le maire de Montréal, Gérald Tremblay, Marc Parent s'est attaqué au problème. Le plan présenté hier intègre la plupart des recommandations de la CDPDJQ, dont les représentants étaient curieusement absents.

Le critique de Vision Montréal en matière de sécurité publique, Réal Ménard, a accueilli avec optimisme ces nouvelles orientations, élaborées par l'équipe de Fady Dagher, chef de la division des relations avec la communauté. «Je suis reconnaissant à Fady Dagher d'avoir été persévérant et d'avoir fait admettre que le problème existe», a dit M. Ménard. Le maire de l'arrondissement d'Hochelaga-Maisonneuve souhaite que l'application de ce plan puisse sonner le glas des interpellations aléatoires pour aucun autre motif que l'apparence ou l'origine ethnique. «Il n'y aurait que ça, ce serait un pas intéressant», estime-t-il.

Une ombre

Seule ombre au tableau, malgré les assurances fournies par le SPVM et la Ville de Montréal, la Commission des droits de la personne se plaint toujours d'une obstruction systématique de la part du Service du contentieux de la Ville, qui multiplie les recours pour empêcher l'audition des causes sur le fond.

Le maire Tremblay a promis d'y voir. «Les policiers, dans la complexité de leur travail, ont droit à une défense pleine et entière. Mais de là à dire qu'on peut mettre en place des mesures dilatoires pour retarder indûment des décisions... Il faut avoir des discussions», a-t-il dit.

L'annonce d'hier ne visait pas seulement le SPVM, mais aussi la Société de transport de Montréal (STM) et différents services municipaux. La lutte contre le profilage racial et social est «un enjeu majeur» pour le maire Gérald Tremblay, qui s'est montré soucieux de préserver le caractère inclusif et pluraliste de la métropole.

Le maire a annoncé la création d'un Comité d'intégration des mesures en matière de profilage, formé entre autres d'élus, de représentants du SPVM, de la STM et de l'Office municipal d'habitation. Ce comité devra lutter contre la discrimination raciale dans six domaines: sécurité publique, accès à l'emploi, gestion et partage de l'espace public, formation des ressources humaines, développement social et lutte contre la pauvreté.
6 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 18 janvier 2012 08 h 56

    En Afrique...

    J'ai voyagé en Afrique. A l'Est et au Sud, chez les Anglophones, comme au centre et à l'Ouest, chez les Francophones, le profilage est systématique. Pas une seule journée où je ne me faisais pas controler. Sur la route, c'est partout, partout, partout. Aux frontières, c'était le fouillage complet.

    Faut croire qu'une fois ici, nos amis africains perdent à mémoire....

  • Jeremy Bernatchez - Inscrit 18 janvier 2012 09 h 56

    Les Noirs tous des africains...

    À en croire les propos mr. Rodrigue Tremblay, les noirs vivants au Québec seraient tous des africains... Pourtant la réalité est que bon nombre d'entre eux ne connaissent même pas l'afrique... ils sont pour une majorité, tous Québecois... Et je ne comprends pas plus la logique de votre réponse...

  • Jean Rousseau - Inscrit 18 janvier 2012 10 h 13

    Les auteurs de profilage racial ou social



    Il faudrait prendre le problème à sa source, c'est-à-dire n'engager que du personnel apte aussi bien physiquement que psychologiquement à faire face aux défis difficiles qu'attendent les futurs agents de l'ordre. Des individus capables d'exercer un leadership salutaire ne sont pas légions (1). De même que ceux qui peuvent s'apercevoir de l'injustice de laisser enquêter par leurs pairs les policiers impliqués dans des meurtres. Pourtant, seuls ceux-là devraient être considérés. Les autres, par défaut de ces compétences, se laisseront aller probablement à écœurer les gens notamment les minorités ou accéderont malheureusement aux postes de direction afin de pistonner leurs semblables.

    Il y a pourtant moyen de travailler sérieusement. D'abord faire appel à une sommité en évaluation des caractères qui serait responsable à tout point de vue de ces choix et cela, dans tous les ministères. Parce qu’en ce moment, peu s'intéressent à la fonction publique, car ils savent qu'elle procède de l'esprit partisan du même acabit que la mafia.

    (1) Vérifiez la justesse de mon propos auprès du titulaire de la chaire du leadership Pierre Péladeau; monsieur Laurent Lapierre.

  • Franklin Bernard - Inscrit 18 janvier 2012 10 h 47

    Bien beau, tout ça, mais les coups de feu en pleine rue sur des citoyens?

    Bonne nouvelle que ces mesures anti-profilage racial, mais où en sommes-nous dans les enquêtes de la SQ sur la mort par balles policières de 2 citoyens rue Saint-Denis à l'été 2011, et récemment au métro Bonaventure. Celle de la rue Saint-Denis est entre les mains du Ministre de la Justice du Québec depuis octobre dernier. Pourquoi ne savons-nous toujours rien? Où en sont les accusations possibles évoquées à l'époque?

    Monsieur Tremblay espère-t-il créer une diversion avec l'annonce de cette nouvelle politique du SPVM. Suis-je le seul è trouver qu'elle tombe fort à propos pour redorer les blasons fort ternis de l'Hôtel de Ville et du SPVM, et pour nous faire penser à autre chose?

  • Yves Claudé - Inscrit 18 janvier 2012 16 h 20

    Les politiques “antiprofilage” : confusion et improvisation !

    Élaborées dans une confusion sociologique et éthique généralisée, et dans une étonnante improvisation, sous la contrainte de groupes de pression qui ne sont aucunement représentatifs de la population, les politiques “antiprofilage” s’annoncent d’ors et déjà comme étant contre-productives, et dangereuses tout autant pour la population que pour les présumées “victimes” que l’on prétend défendre.

    Intervenir contre un supposé “profilage” qualifié de “racial”, cela sous-entend que les agents de l’État travailleraient en fonction de catégories de races. Si c’était le cas, c’est une forme de racisme qu’il faudrait combattre, c’est-à-dire le fait de catégoriser les humains en les classant dans des entités étanches appelées “races”. Ce sont souvent les groupes “antiprofilage” qui véhiculent ce racisme, cette tendance à la classification raciale des Humains ! La crédibilité des idélogues du “profilage racial” est aussi fortement affectée par le fait qu’ils se comportent souvent comme des alliés objectifs des individus et groupes criminels qui crient au “racisme” dès que leurs entreprises anti-sociales sont soumises à la répression de l’État.

    La question du “profilage” qualifié de “social” est scientifiquement mal posée. On reproche aux agents de l’État de ne pas tenir compte adéquatement des caractéristiques sociales des citoyens auprès desquels ils sont amenés à intervenir, c’est pourquoi la plupart des formations collégiales et universitaires des techniques sociales sont orientées vers la connaissance sociologique des “clientèles” à desservir. S’il s’agit de prévenir un contrôle social inégalitaire des citoyens démunis et/ou marginalisés, ce n’est pas en demandant aux agents de l’État d’oublier leur formation professionnelle sous prétexte d’empêcher un “profilage social”, que l’on pourra apporter une aide adéquate à ces personnes