Les sites d'injection supervisée sont «incontournables», dit la Santé publique

Des sites d’injection supervisée comme le centre InSite, à Vancouver, pourraient voir le jour prochainement à Montréal.<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark Des sites d’injection supervisée comme le centre InSite, à Vancouver, pourraient voir le jour prochainement à Montréal.

L'implantation de sites d'injection supervisée (SIS) est «incontournable» à Montréal avec la montée des injections de médicaments d'ordonnance et des surdoses mortelles.

À son dernier jour de travail avant la retraite, le directeur de santé publique, Richard Lessard, a proposé l'ouverture de trois SIS et la création d'une unité mobile destinée aux utilisateurs de drogues injectables (UDI), dans une étude de 150 pages qui prend les allures d'un legs à la postérité. Les territoires couverts par les CSSS Jeanne-Mance (centre-ville), Lucille-Teasdale (Hochelaga-Maisonneuve), Sud-Ouest-Verdun et de la Montagne (Côte-des-Neiges et Parc-Extension) sont les plus susceptibles d'accueillir des SIS.

Selon le Dr Lessard, l'ouverture de SIS contribuera à «réduire les inégalités sociales de santé qui frappent l'un des groupes les plus vulnérables de la société».

Comme le démontre l'expérience d'Insite à Vancouver, les SIS sont utiles pour limiter les surdoses mortelles chez les UDI et endiguer les épidémies de VIH et d'hépatite C provoquées par le partage de seringues souillées.

En moyenne, 72 personnes meurent d'une surdose chaque année à Montréal depuis 2006. Auparavant, les drogues injectables faisaient 51 victimes par an. Sept UDI sur dix sont atteints de l'hépatite C et un sur cinq est porteur du VIH, selon une enquête réalisée par la santé publique. La cocaïne est la drogue la plus souvent consommée par injection, soit chez 86 %. Elle est suivie du Dilaudid (51 %) et de l'Hydromorph-Contin (43 %), deux médicaments opioïdes sur ordonnance.

Les UDI voient d'un bon oeil l'ouverture de SIS. Une majorité d'entre eux sont sans-abri, et ils utilisent régulièrement les ruelles, les stationnements, les parcs et autres aires publiques pour s'injecter. Pour les rejoindre, le Dr Lessard envisage l'aménagement de sites dans les établissements de santé ou dans les locaux des groupes communautaires tels que Cactus, en y ajoutant des infirmières qualifiées.

La Ville dit oui

Si la volonté politique y est, des SIS pourraient ouvrir dans moins d'un an «à peu de frais». Le budget des SIS est évalué à 1,5 million par année, essentiellement pour payer le salaire des infirmières. Le président du conseil de Cactus, Louis Letellier de Saint-Just, accueille avec enthousiasme ces orientations. «Ce rapport est l'une des dernières étapes avant l'implantation des SIS. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a toutes les cartes en main pour aller de l'avant et supporter les organismes qui seront identifiés pour administrer les sites», a-t-il dit.

La Ville de Montréal est favorable à l'ouverture de SIS sur son territoire, à condition qu'ils soient implantés de façon simultanée dans plusieurs quartiers. Il ne faut surtout pas attirer les utilisateurs de drogues intraveineuses vers une seule destination, a insisté hier la responsable du développement social et communautaire au comité exécutif, Jocelyn Ann Campbell. «Pas question de commencer avec un projet-pilote quelque part et d'avoir un autre lieu plus tard», a-t-elle dit.

La concentration des problèmes d'itinérance, de pauvreté, de santé mentale et de polytoxicomanie au centre-ville préoccupe l'administration Tremblay. Dans ce secteur névralgique, l'implantation d'un site d'injection devra être considérée dans un contexte plus global: «Depuis l'été dernier, nous avons fait des demandes formelles au gouvernement du Québec pour des services supplémentaires, des lits d'urgence pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie et des services adaptés», a rappelé Mme Campbell.

Une coalition de résidents de l'arrondissement de Ville-Marie a déjà fait connaître son opposition à l'implantation d'un SIS. Le regroupement ne nie pas les bienfaits des programmes d'échanges de seringues et l'utilité des SIS pour prévenir la transmission de maladies infectieuses, mais il craint que ce nouveau service produise «un effet d'attraction et de rétention d'individus problématiques» dans un quartier où la détresse est déjà trop élevée.

L'opposition exprimée par certains résidents et commerçants de l'arrondissement n'étonne pas Mme Campbell: «On reconnaît les préoccupations et les doléances des citoyens, dit-elle. Mais il y a de la place pour tout le monde dans le centre-ville.»
4 commentaires
  • Paul Lafrance - Inscrit 17 décembre 2011 06 h 12

    Les piqueries

    Donc, en toute logique, les parents devraient permettre à leurs enfants de se droguer sous leur surveillance. Il faudrait donc qu'ils achètent eux mêmes des drogues pour s'assurer qu'elles sont de bonne qualité. Quelle abberration. Je suis contre kles piqueries, point à la ligne. Les drogués devraient être conduits à un endroit de désintoxication pour un sevrage et demeurer là tant et aussi longtemps qu'ils ne sont pas sevrés.

  • André Michaud - Inscrit 17 décembre 2011 10 h 26

    où? chez-eux?

    Ces gens bien pensant accepteront alors que la piquerie soit à côté de chez eux??? Avec les pushers tout autour etc...??

    Ou alors ces gens sont des hypocrites qui se lavent les mains des problèmes engendrés par la piquerie pour les enfants (quel bel exemple)
    la valeur de la maison dépréciée (baissera t'on les taxes au moins??) , la violence probable..

  • PClermont - Inscrit 17 décembre 2011 11 h 02

    Bravo M Lafrance!

    Quelle hauteur vous prenez-là! Bien sûr, il suffisait d'y penser, il faut juste qu'ils soient abstinents ces maudits drogués! Allez, bonne journée. Passons à un autre appel svp... non mais.

  • Paul Lafrance - Inscrit 19 décembre 2011 00 h 50

    @ PClermont

    Banalisez la consommation de drogues, c'est ce qu'on fait aujourd'hui, dans une société. Ouvrir des piqueries, c'est encourager les drogués à continuer à se droguer.et banaliser tout ce qui n'est pas acceptable. Sij'avais eu un enfant consommateur de drogues, je l'aurais moi-même conduit à un centre de désintoxication quitte à demeurer là jusqu'à ce qu'il soit sevré.Heureusement, j'ai des enfants assez intelligents pour savoir reconnaître le poison quand ils en voient.