La Santé publique recommande l'implantation de sites d’injection supervisée

L’implantation de services d’injection supervisée à Montréal est «incontournable», affirme le directeur de santé publique dans son rapport dévoilé aujourd'hui.

Le docteur Richard Lessard, directeur de santé publique de Montréal, propose en fait l’implantation de trois sites fixes, localisés à l’intérieur d’établissements de santé et de services sociaux et d’organismes communautaires. S’y ajouterait une unité mobile qui serait déployée dans des secteurs jugés prioritaires, avec la présence d’infirmières.

«L’implantation de services d’injection supervisée à Montréal est un incontournable et toutes les conditions sont réunies pour aller de l’avant, a estimé le docteur Lessard. Les besoins des personnes utilisatrices de drogues intraveineuses sont maintenant mieux répertoriés. Il n’y a aucun doute qu’il y a 70 personnes qui décèdent par année et ces décès-là ne sont pas nécessaires, si on met en place les services qui existent ailleurs et qui pourraient très bien exister à Montréal, à très peu de frais et dans des conditions tout à fait socialement acceptables.»

Un service d’injection supervisée est un site ou les usagers de drogues par injection peuvent venir s’injecter des drogues qu’ils apportent eux-mêmes, dans des conditions d’hygiène adéquates, et sous la supervision d’un personnel qualifié qui peut intervenir en cas de problème.

Le directeur de santé publique de Montréal justifie sa recommandation d’implanter de tels sites par le taux élevé de mortalité chez les utilisateurs de drogues intraveineuses, et par une épidémie d’infections causées par le VIH et l’hépatite C.

Pour le moment, il s’agit seulement d’une recommandation et non d’une décision des autorités de la Santé. Le docteur Lessard croit que si la volonté des autorités est là, il serait possible d’ouvrir de tels sites d’ici un an.

Quatre zones possibles

Dans son rapport, il évoque quatre zones possibles pour ces sites, soit celles qui sont couvertes par les Centres de la santé et des services sociaux Sud-Ouest—Verdun, Jeanne-Mance, Lucille-Teasdale et de la Montagne.

Ces CSSS desservent des territoires comme Hochelaga-Maisonneuve, le centre-ville, le Sud-Ouest et Verdun, Côte-des-Neiges, Parc-Extension et Ville-Marie.

Selon lui, l’ouverture de tels sites ne serait pas très coûteuse: cela ne nécessiterait que l’ajout de huit infirmières, pour couvrir tous les quarts de travail, et du matériel de bureau.

Il souligne qu’en revanche, la société épargnerait en coûts des services d’ambulance, de visites aux urgences et d’appels au 9-1-1.

72 décès par année

Le rapport qu’il a dévoilé donne une idée de l’ampleur du phénomène de consommation de drogues intraveineuses. Environ 39 % des répondants ont dit s’injecter tous les jours, 25 % de trois à six jours par semaine, et 53 % s’injectent de telles drogues depuis plus de 14 ans.

De plus, 60 % ont rapporté avoir fait au moins une surdose depuis qu’ils s’injectent des drogues. Parmi ceux-ci, 24 % ont fait cinq surdoses ou plus.

Le docteur Lessard a souligné que le nombre de décès d’utilisateurs de drogues intraveineuses a augmenté «de manière significative» ces dernières années, passant de 51 par année entre 2000 et 2005 à 72 par année entre 2006 et 2009.

En octobre dernier, le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, s’était dit ouvert à l’idée d’ouvrir des sites d’injection supervisée, à condition de leur assurer une certaine acceptabilité sociale.

Auparavant, la Cour suprême du Canada avait ouvert la porte à de tels sites au pays, en statuant sur le cas de l’organisme Insite, à Vancouver.

Des obstacles demeurent toutefois à l’implantation de tels sites, à savoir le budget pour les développer, d’abord, puis l’obtention d’une exemption de la part du gouvernement fédéral afin de pouvoir posséder des drogues légalement et de pouvoir se les injecter à l’intérieur des endroits désignés, a noté le docteur Lessard.

Réactions

À l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, à qui s’adressent les recommandations, le responsable des relations avec les médias, Hugo Larouche, a indiqué qu’on allait étudier les recommandations des docteurs Lessard et Carole Morissette avant de statuer. Le rapport sera d’abord présenté au conseil d’administration de l’agence, qui fera ensuite ses recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux.

L’ouverture du docteur Lessard n’est pas partagée par tous. Des résidents des quartiers concernés manifestent leur opposition. «Nous ne pouvons plus continuer à faire les frais de la "désinstitutionnalisation" et de la déresponsabilisation de la société face à la situation des personnes en difficultés», écrit une coalition de citoyens concernés, dans un communiqué.

En entrevue, un de leurs porte-parole, Gaëtan Paquet, président de l’Association des résidants des Faubourgs de Montréal, affirme qu’il n’aurait «pas de problèmes» si de tels sites étaient ouverts «à la grandeur de la province». Mais comme la Santé publique recommande de les ouvrir dans certaines zones ciblées seulement, il craint que ces quartiers — ceux que ses membres habitent — deviennent des pôles d’attraction pour les utilisateurs de drogues intraveineuses.

«Nous croyons que les services d’injection supervisée exerceront le même effet d’attraction et draineront vers le centre-ville la population toxicomane», affirme la coalition de citoyens.

De son côté, la Ville de Montréal s’est dite ouverte au principe, avec quelques nuances toutefois. Responsable du dossier du développement social et communautaire, Jocelyne Ann Campbell a indiqué que la Ville favorisait l’implantation de plusieurs sites, et non d’un seul, et que cela soit fait de façon simultanée.

Elle tient toutefois à ce que ces centres soient déployés à l’intérieur du réseau de la santé, «pour la sécurité de tous». Or, le rapport des docteurs Lessard et Morissette évoque de tels sites «dans des établissements du réseau de la santé et des services sociaux et des organismes communautaires», et conseille également une unité mobile.

Bolduc veut un consensus

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, le message est clair: «il faut d’abord un consensus», a prévenu la porte-parole du ministre Bolduc, Marie-Ève Bédard. Et un tel consensus suppose l’aval du service de police, de la Ville de Montréal et des autorités de la Santé publique, a-t-elle fait valoir.

Mme Bédard indique qu’il faudra d’abord voir quelles adresses seront proposées, puisque pour le moment, le rapport Lessard-Morissette évoque quatre vastes territoires de CSSS.

Elle n’a pu indiquer si des fonds supplémentaires devront être dégagés ou si des fonds servant déjà en santé publique, comme pour la distribution de seringues propres, seront réaffectés.

Il est encore trop tôt pour le dire, a-t-elle indiqué, rappelant qu’il faut d’abord déterminer où ces sites seront implantés et s’ils font consensus. Lorsque ces conditions seront réunies, le ministre Bolduc pourra alors demander l’exemption requise au fédéral, a-t-elle précisé.
1 commentaire
  • Jean Francois - Inscrit 16 décembre 2011 19 h 30

    Mais d'où vient cette Héroine et où va l'argent ??

    A la question où on peu répondre que l’Afghanistan produit la plupart des opiacés à l’échelle mondiale, il en saisit moins de 2 % (malgré la présence militaire de plusieur millier de soldat, de tank, avion, satelite, cia ... ) tandis que l’Iran et la Turquie en saisissent la plus grande quantité, soit plus de la moitié de toute l’héroïne saisie dans le monde en 2008.


    pour la questin de $$$ on peut répondre que le marché mondial de l’héroïne, ( sans tenir compte du marché pharmaceutique de la morphine, codéine ...) estimé à 55 milliards de dollars U.S., ( après impots et intéret )

    http://www.unodc.org/documents/wdr/WDR_2010/WDR201