Les indignés passent en mode action

Les organisateurs veulent éviter que l’attention du public et des autorités ne porte que sur les conditions de vie au square.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les organisateurs veulent éviter que l’attention du public et des autorités ne porte que sur les conditions de vie au square.

Des indignés montréalais ont pris l'avenir du mouvement entre leurs mains hier en annonçant hier qu'ils allaient privilégier les «actions directes pacifiques» au détriment de l'occupation du square Victoria.

Les principaux instigateurs d'Occupons Montréal jugent que les débordements récents au square, investi par les itinérants, les toxicomanes et les personnes atteintes de maladie mentale, sont en voie de détourner le mouvement de son sens. «L'occupation nuit au mouvement», a dit l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat.

Environ une douzaine de personnes, parmi lesquelles figurent les principaux organisateurs d'Occupons Montréal, veulent éviter que l'attention du public et des autorités porte exclusivement sur les conditions de vie au square. «On a tous les problèmes de la société qui arrivent ici, et on n'est pas du tout armés pour y faire face. On fait de plus en plus du travail social, et on va se tirer dans le pied en restant ici», explique Ève Baillargeon occupante de la première heure. «On cesse de jouer à la gardienne. On va devenir un mouvement plutôt qu'un campement», ajoute-t-elle.

Ces indignés ont l'intention de lancer «la phase 3» du mouvement, soit une vague d'actions directes pacifiques dans les principaux quartiers de Montréal, afin de dénoncer le déficit démocratique et les excès de la haute finance.

Coïncidence, le sociologue Marcos Ancelovici met les indignés en garde contre les risques de «banalisation» de l'occupation, dans un texte d'opinion publié aujourd'hui dans Le Devoir. «Le pire, d'un point de vue symbolique et politique, serait en effet que plus personne ne remarque la présence des occupations», écrit le professeur de l'Université McGill.

«Les occupations ne sont qu'une étape dans la constitution du mouvement», explique M. Ancelovici, citant en exemple le cas des indignés espagnols. Après le démantèlement des campements, à la mi-juin, les Espagnols ont continué de manifester, mobilisant 300 000 personnes à Barcelone seulement, le 15 octobre dernier. «S'il espère durer dans le temps et étendre sa capacité de mobilisation, le mouvement des indignés doit éviter de faire des occupations une fin en soi et, surtout, doit constamment innover», dit-il. Des messages contradictoires ont émergé de la première conférence de presse des indignés montréalais. Devant les micros et caméras de télévision, certains d'entre eux ont assuré qu'ils ne partaient pas vraiment. Les structures de bois démantelées au cours des derniers jours seront remplacées par des tentes militaires afin de tenir les manifestants au chaud tout l'hiver. Les différents comités vont poursuivre leurs réunions quotidiennes sur les lieux.

Dans les coulisses, d'autres confirment sans ambages qu'ils sont dépassés par la présence d'une clientèle à problèmes. Stéphane Marceau, qui patrouille dans le square Victoria la nuit, a vu les plus vulnérables de la société trouver refuge au square. «Le système les rejette carrément. Ces gens-là n'ont pas de place où aller», dit-il. Le risque pour leur propre sécurité et celle des indignés en général est devenu trop grand. «Quelqu'un qui est en délire ou en psychose, c'est ingérable», dit M. Marceau sur un ton résigné.

À l'Hôtel de Ville, le maire Gérald Tremblay, n'a pas mis de temps à se réjouir de ce dénouement pourtant provisoire, estimant que les indignés «peuvent quitter la tête haute». Il reste pourtant plus de 125 tentes sur le site, où vivent encore une cinquantaine de personnes. «J'ai toujours dit que la paix et la sécurité sur le site et hors site devaient primer sur toute autre considération. Comme ces conditions ne sont plus respectées, le temps est venu que les indignés trouvent d'autres façons de faire passer leur message», a dit le maire.

De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal veut éviter une intervention, privilégiant «le dialogue, la négociation et la médiation», pour en arriver à un départ en douce des occupants.

La vague d'expulsions nord-américaine met un peu de pression chaque jour sur les autorités montréalaises. Hier, la Cour supérieure de l'Ontario a confirmé que la Ville de Toronto avait le droit d'expulser les indignés du parc St. James. À Ottawa, la Commission de la capitale nationale (CCN) a envoyé un ultimatum aux occupants du parc de la Confédération pour qu'ils vident les lieux avant minuit. Enfin, des militants d'«Occupons Vancouver» ont suivi l'ordonnance de la cour et ont plié bagage.
36 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 22 novembre 2011 04 h 03

    Dépassés par la présence d'une clientèle à problèmes. Tiens donc!

    On campe en plein centre-ville sur un terrain public. On en mène large. On ouvre une cuisine collective. On distribue manteaux et couvertures. On fait de l'éducation des masses et de l'apostolat. Et on s'étonne que les plus démunis d'entre les démunis affluent... avec leurs problèmes. Bienvenue dans la vraie vie, les amis!

    Toutes mes félicitations au maire de Montréal qui vous a gracieusement donné l'occasion d'apprendre en quoi consiste - aussi - l'art de gouverner.

  • Yves Côté - Abonné 22 novembre 2011 04 h 52

    L'intelligence en tout...

    L'intelligence en tout vaut toujours mieux que l'entêtement aveugle.

    Vivement la suite qui sera donnée par les nobles emmerdeurs de notre pire égoïsme que sont les indignés !

    Les Indignés, avec la majuscule, écrirai-je dorénavant...

  • celljack - Inscrit 22 novembre 2011 08 h 15

    Ce fut une belle expérience

    Je suis allé sur place.
    Quel beau laboratoire social cette occupation! Le meilleur lieu d'apprentissage qui soit.

    T'sais, ce vieux sage qui te parlait de l'école de la vie, bah c'était ça.

    J'espère qu'il y aura d'autres expériences du genre. Ce type de performance de société nous fait définitivement avancer, de plusieurs manières, en alimentant le débat public, en mettant des citoyens en situation de gouvernance, en nous rappelant pourquoi la société est et sera toujours imparfaite, mais nous donne également l'espoir de par l'expérience d'enfin pouvoir améliorer notre société et surtout, notre démocratie.

  • Sanzalure - Inscrit 22 novembre 2011 08 h 21

    Emmerdeurs vs emmerdants

    Si les gens qui soutiennent le système actuel pensent s'en tirer en expulsant les indignés, ils se trompent pas à peu près. Le génie est sorti de la lampe et il n'y retournera pas.

    Madame Bertrand, toutes proportions gardées, les indignés de la Place du Peuple en ont fait plus que vous et le maire de Montréal pour aider les plus démunis.

    Et Monsieur Tremblay n'est pas blanc comme neige dans sa gouvernance de la ville, alors vous auriez pu vous garder une petite gêne avant de le féliciter comme ça sans restrictions.

    Serge Grenier

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 22 novembre 2011 08 h 25

    Indignation des indignés

    Ils ont eu la volonté et le courage de dénoncer une situation sociale intolérable.

    Du haut de notre sofa il faudrait se dire que chacun de nous est interpellé par cet écart monstrueux des richesses