Des écrivains apportent leur soutien aux indignés

Les indignés montréalais ont poursuivi hier la démolition d’abris illégaux au profit de tentes militaires censés les aider à passer l’hiver au square Victoria.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les indignés montréalais ont poursuivi hier la démolition d’abris illégaux au profit de tentes militaires censés les aider à passer l’hiver au square Victoria.

Des écrivains ont utilisé l'arme qu'ils manient le mieux, la prose et la poésie, pour apporter hier leur soutien aux indignés montréalais à l'occasion d'une lecture publique de leurs oeuvres au square Victoria. Mais, bientôt, les appuis moraux pourraient ne plus suffire aux indignés qui doivent composer avec la présence de plus en plus envahissante d'itinérants et de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale sur le site.

Alors que les indignés s'affairaient hier à démanteler les dernières structures permanentes pour se conformer à la demande des autorités, une trentaine d'écrivains ont lu des passages de leurs oeuvres devant un auditoire de plusieurs dizaines de personnes, à l'angle des rues Saint-Jacques et McGill. «Je crois que les indignés doivent non seulement passer l'hiver, mais ils doivent être entendus, croître et s'étendre. Si on peut aider, ne serait-ce qu'un petit peu, à ce que leur présence s'incruste et se répande, on aura réussi un petit quelque chose», a indiqué l'auteur Jean-Simon DesRochers, qui avait répondu à l'appel de solidarité lancé par les écrivains Jean Barbe et Bertrand Laverdure.

L'idée d'une lecture publique a germé dans l'esprit de Jean Barbe alors qu'il naviguait sur Internet et qu'il échangeait des idées avec Bertrand Laverdure, un romancier qu'il n'avait jamais rencontré auparavant. «En dix minutes, on a décidé de faire ça. On a lancé un appel sur Twitter et Facebook, et 40 écrivains ont répondu présent en moins de trois heures, a expliqué Jean Barbe. On est venus en appui à Occupons Montréal montrer ce qu'on fait de mieux. Toute écriture est une forme de lecture du monde.»

Cohabitation difficile

Si l'appui des écrivains a été salué par les indignés, ceux-ci avouent que la vie au campement n'est pas de tout repos. «On a beaucoup d'appuis à l'égard du principe du mouvement Occupons Montréal, mais on n'a pas beaucoup d'appuis par rapport à ce qui se passe sur le terrain», a commenté l'un des indignés, Frédéric Biron Carmel.

Au fil des semaines, des sans-abri ont adopté le site du square Victoria, et certains d'entre eux, aux prises avec des problèmes d'alcool, de toxicomanie ou de santé mentale, donnent du fil à retordre aux indignés qui s'efforcent de maintenir la paix et l'ordre sur le site, mais doivent, malgré eux, jouer le rôle d'intervenants sociaux. «Chaque jour, il y a des vagues d'itinérants qui arrivent et s'incrustent dans la place. Le jour, ils dorment ou sont dans des refuges, mais le soir, ils sont en délire éthylique par la boisson ou par la drogue. Certains ont des problèmes de maladie mentale. Alors, on se retrouve à ne gérer que ça, a déploré Stéphane Marceau. On n'a pas les ressources pour faire ça ni l'autorité nécessaire.»

Les indignés, qui prônent la tolérance et la non-violence, estiment que la présence de ces visiteurs difficiles nuit à leur cause. «C'est un gros problème. Mais c'est aussi une preuve de la défaillance du système dans lequel on vit et qui n'est pas en mesure de s'occuper de ces gens-là», a commenté Frédéric Biron Carmel.

Ces problèmes s'ajoutent aux contraintes imposées par la Ville de Montréal qui a exigé, mercredi dernier, que les indignés démantèlent les abris permanents installés en prévision de l'hiver. Malgré tout, les membres d'Occupons Montréal ne lâchent pas prise. Ils ont d'ailleurs entrepris de monter les sept tentes militaires qu'ils ont pu se procurer. Plus vastes, elles conviendront mieux aux conditions hivernales que les tentes de camping qui encombrent le site. «On cherche à en obtenir d'autres, pour, le plus possible, remplacer les tentes individuelles. Les tentes militaires nous permettront de vivre en groupe à l'intérieur, car, pendant l'hiver, nous passerons moins de temps à l'extérieur. Ça va être plus sécuritaire, ça va permettre aux gens de discuter à l'intérieur et travailler davantage sur le message», a dit M. Biron Carmel.

Car au cours des derniers jours, les préoccupations liées aux problèmes logistiques ont mobilisé beaucoup d'énergie au détriment de la cause défendue par les indignés qui dénoncent les «dérives antidémocratiques» des autorités et la mainmise des intérêts financiers sur les gouvernements.

Si, à brève échéance, les indignés bénéficient de l'indulgence des autorités, la survie du campement n'est pas assurée à plus long terme. Mais Jean Barbe n'est pas trop inquiet. «Le symbole, c'était les tentes, mais une fois que le symbole sera parti, l'indignation va rester, car des réseaux se sont créés. Je pense que la graine de la pensée critique est à nouveau semée et elle va pousser», croit-il.

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