Prix Léon-Gérin - L'homme du discours est philosophe

Pierre Vallée Collaboration spéciale
En plus de son travail de professeur, le philosophe Jean Grondin est aussi un auteur prolifique, ayant écrit une vingtaine de livres.<br />
Photo: Rémy Boily En plus de son travail de professeur, le philosophe Jean Grondin est aussi un auteur prolifique, ayant écrit une vingtaine de livres.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Du sens de la vie est le titre de l'ouvrage philosophique le plus accessible et le plus personnel du philosophe Jean Grondin, qui reçoit cette année le prix Léon-Gérin. On pourrait aussi avancer que le sens de la vie est l'idée principale qui a guidé les travaux de ce philosophe de réputation internationale.

«C'est à l'adolescence que j'ai commencé à m'intéresser à la philosophie, raconte Jean Grondin. À l'adolescence, on se pose de grandes questions, comme "qui suis-je?" et "que suis-je?" J'étais déjà fasciné par les grandes oeuvres littéraires qui soulevaient ce genre de questions et lorsque j'ai pris connaissance de la philosophie, j'ai alors compris que ce qui m'intéressait dans la vie, c'était de continuer à me poser des questions, ce que la philosophie me permet de faire. En ce sens, un philosophe, au fond, ne cesse jamais d'être un adolescent.»

À la fin de ses études collégiales, il s'inscrit donc en philosophie à l'Université de Montréal. «J'ai eu d'excellents professeurs, en particulier des professeurs étrangers, qui sont venus confirmer mon idée que la philosophie pouvait se pratiquer aujourd'hui.» À la suite du baccalauréat, il est auditeur libre en philosophie durant un semestre d'été à l'Université d'Heidelberg. Ce premier séjour en Allemagne confirme son intérêt pour la philosophie allemande. «J'avais déjà commencé à apprendre l'allemand, car je croyais que je devais être capable de lire les ouvrages dans le texte.» Notons au passage que Jean Grondin est aussi polyglotte, maîtrisant l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol et l'italien.

De retour au Québec, il complète sa maîtrise en philosophie avec un mémoire portant sur Kant. Il retourne ensuite en Allemagne, cette fois à l'Université de Tübingen, où il obtient son doctorat magna cum laude. Sa thèse porte sur l'herméneutique et le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer, dont il est aujourd'hui non seulement un spécialiste, mais aussi le biographe.

De retour au Québec, il obtient un poste comme professeur de philosophie à l'Université Laval, poste qu'il occupera pendant douze ans. Il passe ensuite à l'Université de Montréal, où il occupe aujourd'hui le poste de professeur titulaire en philosophie.

En plus de son travail de professeur, Jean Grondin est aussi un auteur prolifique, ayant écrit une vingtaine de livres. Ses livres ont été traduits dans une quinzaine de langues. Plusieurs de ses ouvrages sont devenus des incontournables du domaine de la philosophie. Mentionnons, entre autres, ses ouvrages sur Kant, dont un rédigé directement en allemand, son Introduction à la métaphysique, sa Philosophie de la religion, L'universalité de l'herméneutique, son ouvrage le plus célèbre, puis son Introduction à Hans-Georg Gadamer, ainsi que la biographie de ce dernier. Il a aussi collaboré à la célèbre collection «Que sais-je?» en plus d'écrire de nombreux articles dans des revues philosophiques et d'être conférencier invité dans les grandes universités internationales.

Parcours philosophique

Pendant ses années d'études, Jean Grondin a deux intérêts. «J'étais fasciné par la philosophie allemande et la philosophie grecque. À mon embauche à l'Université Laval, on m'a demandé d'enseigner la philosophie allemande.»

Ses premiers travaux portent donc sur la philosophie allemande, en particulier celle de Kant. «À cette époque, on considérait Kant comme le fossoyeur de la métaphysique. J'ai essayé de démontrer qu'au contraire de ce que l'on avançait, Kant avait surtout essayé de rendre possible la métaphysique.» Rappelons que la métaphysique — un vaste sujet, s'il en est un — est la branche de la philosophie qui se penche sur les grandes questions telles: «quel est le sens de la vie?» et «Dieu existe-t-il?» «C'est la science des premiers principes qui interroge l'être dans sa totalité.»

Après ses travaux sur Kant, Jean Grondin se penche sur une autre discipline de la philosophie, celle de l'herméneutique, qui s'intéresse aux questions de l'interprétation des textes. «Nietzsche a déjà dit: il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations.»

C'est à cette époque qu'il rédige L'universalité de l'herméneutique, ouvrage dans lequel Jean Grondin démontre que l'herméneutique est universelle en proposant que tout discours a un sens intérieur que l'on cherche à découvrir et comprendre.

Vint Gadamer

C'est aussi à cette époque que Jean Grondin s'intéresse au philosophe allemand Gadamer, qui avait fait de l'herméneutique une des ses disciplines philosophiques. «Gadamer était moins connu que Heidegger et je trouvais qu'il méritait d'être mieux connu.» Une bourse lui permet de séjourner deux ans à Heidelberg, ce qui lui permet de côtoyer Gadamer. Il traduira certains ouvrages de Gadamer, dont son ouvrage le plus important, Vérité et méthode, en plus de lui consacrer une biographie. «J'avais croisé Gadamer lorsque j'étais encore étudiant, ce séjour m'a permis de mieux le connaître. Comme biographe, je voulais faire la genèse de ses idées, mais aussi décrire la réception de ces dernières.»

Après ses travaux sur l'herméneutique et Gadamer, Jean Grondin revient à la métaphysique et la question du sens. «Aujourd'hui, plusieurs philosophes ne prennent pas au sérieux la métaphysique et des questions comme: quel est le sens de la vie? Je me suis aperçu qu'il n'y avait pas d'ouvrage portant sur la métaphysique et c'est la raison pour laquelle j'ai écrit Introduction à la métaphysique.»

Son intérêt pour la métaphysique l'amène ensuite à s'intéresser à la philosophie des religions, son plus récent champ de recherche. «Tout au long de l'histoire de l'humanité, les grandes religions ont tenté de trouver une réponse au sens de la vie. C'est, selon moi, la question philosophique la plus importante.» Mais Jean Grondin donne une définition du sens assez large. «Le sens, c'est aussi la capacité de sentir les choses. Par exemple, en regardant le courant d'un cours d'eau, vous sentez dans quel sens il va, sans toutefois l'avoir provoqué. Le sens que nous saisissons est donc déjà là.»

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Collaborateur du Devoir