Liberté et enfance - Nécessaires contraintes

Assïa Kettani Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Doit-on penser que liberté d'agir et absence de contraintes sont synonymes? Pas tout à fait, explique Richard Cloutier, spécialiste en psychologie du développement de l'enfant et de l'adolescent.

«On définit souvent, rappelle Richard Cloutier, la liberté d'un enfant à partir d'une projection de ce qu'est la liberté des adultes: par l'absence de limites. Or ce n'est pas ce que les enfants veulent. Ils sont plutôt à l'aise avec les espaces bien définis, des routines qu'ils peuvent reconnaître et anticiper avec satisfaction.»

Pourquoi un enfant veut-il qu'on lui lise cent fois la même histoire, de la même manière? «Les enfants réclament une grande redondance, ils sont à l'aise dans les choses qu'ils connaissent déjà. Cela les sécurise.» Selon le chercheur, ce n'est qu'en terrain connu que les enfants peuvent exercer leur liberté: «En choisissant l'histoire qu'il connaît, l'enfant veut exercer son pouvoir de prévoir, d'anticiper.»

Les contraintes ont donc un effet structurant sur l'exercice de la liberté des enfants. «Pour avoir la liberté de choix, l'enfant a besoin de connaître quels sont les possibles. Qui dit "choix libre et éclairé" dit "compris".» Et l'adulte a ici un rôle de premier plan: en établissant clairement les limites, il permet à l'enfant d'exercer sa liberté. Paradoxal? Peut-être, mais fondamental pour leur développement. «Il ne faut pas confondre liberté et actualisation de tous les caprices. Un enfant ne peut pas se développer sans jamais avoir de contraintes. Lui montrer un monde artificiellement permissif ne lui apprend pas à faire face au monde.»

Faux pas parental

Et, selon le psychologue, cette importance fondamentale des contraintes est malmenée par de nombreux parents. «Trop de parents modernes tentent d'exclure l'enfant des contraintes qu'il devra tôt ou tard confronter de façon indépendante.» Que ce soit par peur d'être taxés d'autoritarisme ou par sentiment de culpabilité, «ils ont pris trop de distance avec les obligations d'un cadre structuré. C'est une démission face à l'affirmation et au leadership que l'enfant est en droit d'attendre de ses parents.»

Par contre, insiste le psychologue, si on se met à la portée de l'enfant pour lui offrir des choix, on doit aussi respecter ses choix. Or «les adultes ont souvent du mal à accorder à leur enfant un véritable droit de parole lorsque les enjeux les touchent, eux, personnellement. Dans un contexte de séparation, par exemple, on trouve tous les prétextes pour ne pas consulter l'enfant. C'est un égocentrisme d'adulte.» Et qu'en est-il à l'école? Ont-ils le choix?, questionne le psychologue. Selon lui, cette question mériterait d'être posée davantage: «Quand on leur offre des choix, ils sont souvent plus à l'aise et plus engagés dans ce qu'ils font.»

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Collaboratrice du Devoir