Colloque - Pour une social-démocratie au goût du jour

Sophie Heine et Josée Boileau lors du colloque.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Sophie Heine et Josée Boileau lors du colloque.

Au moment où le mouvement multiforme des «Indignés» s'installait à Montréal, d'autres militants progressistes débattaient non loin de là de la manière de relancer la social-démocratie sur des bases nouvelles au Québec.

Selon un des organisateurs, François Delorme, président sortant de l'Association des économistes québécois, trois «messages» de base sortent de cette discussion avec les quelque 200 participants. D'abord, dit-il, il y a consensus pour redonner à l'État son rôle directeur en remplacement de la «grosse corporation publique» qu'il est devenu sous la poussée des intérêts privés, qui en ont en quelque sorte «usurpé» le pouvoir à leur profit.

Deuxièmement, les ateliers se sont pour la plupart montrés très préoccupés de l'écart croissant des revenus, qui devrait commander une redéfinition du partage de la richesse. Enfin, les militants de gauche s'inquiètent du «courtésisme», soit ces politiques de court terme qu'il faudrait remplacer par une approche de long terme.

Ce colloque précédait le lancement de République, un abécédaire populaire, le dernier film d'Hugo Latulipe. Ce film a d'ailleurs été projeté en fin de semaine sur la Place des peuples, le lieu de rassemblement montréalais des Indignés.

C'est une politologue de l'Université libre de Bruxelles et d'Oxford, Sophie Heine, qui a ouvert hier le débat en précisant comment la gauche devrait, à son avis, modifier ses perspectives pour reprendre une place déterminante sur l'échiquier social et politique.

Elle propose de redéfinir la «souveraineté» de l'État, un concept déprécié depuis deux décennies au profit du «privé» et du «marché». Mais, dit-elle, il faut dissocier dans cette vision renouvelée de la souveraineté le patriotisme, qui le lie à une nation, au «nous» qui s'oppose à «eux», au profit d'une redéfinition de la souveraineté, recentrée par l'entremise de l'État, sur le contrôle de l'économie et du politique sans cette dimension identitaire, omniprésente au Québec.

Mme Heine a défendu l'idée qu'une souveraineté basée sur une vision identitaire peut conduire à des «dérives» potentielles. Et il faut remplacer, dit-elle, les visions «idéalistes» basées sur des slogans comme altruisme, coopération, solidarité qui ne mobilisent pas les gens, par une redéfinition de «l'intérêt» personnel qui peut être trouvé dans une société.

Pour la rédactrice en chef du Devoir, Josée Boileau, qui était la deuxième conférencière, l'altruisme, l'entraide et la solidarité ne sont pas de vains mots au Québec, ce que la conférencière précédente avait qualifié d'idéalisme peu mobilisateur. Au contraire, a-t-elle soutenu, on doit à ces valeurs sociales des dizaines de réalisations qui tracent la voie d'une nouvelle social-démocratie, rajeunie et renforcée par l'échec désormais cuisant et visible des théories de la droite. Certains ont cru, après l'effondrement du mur de Berlin, a-t-elle expliqué, que la gauche avait fait son temps.

Mais, ajoute Josée Boileau, «c'est la droite qui perd la bataille maintenant» avec des méthodes dont les échecs sont retentissants autant à l'échelle internationale que chez nous. Elle en donne comme exemple l'amenuisement planifié de l'expertise au sein du ministère des Transports au profit du privé. Le revirement du gouvernement Charest, qui se décide à réembaucher pour gérer ces dossiers délicats, constitue un des exemples parmi ceux qu'on peut retracer depuis la fameuse politique du «déficit zéro» de Lucien Bouchard.
1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 25 octobre 2011 12 h 06

    L'esprit des lieux

    "... il y a consensus pour redonner à l'État son rôle directeur en remplacement de la «grosse corporation publique» qu'il est devenu sous la poussée des intérêts privés", dit un des organisateurs.

    " [madame Heine] propose de redéfinir la «souveraineté» de l'État (...). Mais, dit-elle, il faut dissocier dans cette vision renouvelée de la souveraineté le patriotisme, qui le lie à une nation, au «nous» qui s'oppose à «eux», au profit d'une redéfinition de la souveraineté, recentrée par l'entremise de l'État, sur le contrôle de l'économie et du politique sans cette dimension identitaire, omniprésente au Québec."
    "...il faut remplacer, dit-elle, les visions «idéalistes» basées sur des slogans comme altruisme, coopération, solidarité qui ne mobilisent pas les gens, par une redéfinition de «l'intérêt» personnel qui peut être trouvé dans une société."

    Et madame Boileau est venu lui rappeler que ces "slogans" n'étaient pas des vains mots au Québec.
    Comme je disais l'autre jour, faudra que la gauche accorde ses violons au Québec.