Les indignés se préparent à un long siège sur la «place du Peuple»

Des policiers de Montréal et des indignés discutent des meilleures façons d’assurer une occupation pacifique du square Victoria. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des policiers de Montréal et des indignés discutent des meilleures façons d’assurer une occupation pacifique du square Victoria.

Les indignés de Montréal réclamaient hier des panneaux solaires, une génératrice, une connexion Internet sans fil avec l'intention ferme de camper au square Victoria au moins jusqu'aux premières neiges.

Plus d'une centaine de tentes sont maintenant montées au coeur du quartier des affaires, où l'activité économique a repris son cours.

Une poignée d'indignés donnaient des «câlins gratuits» aux voyageurs du métro qui émergeaient de la station Square-Victoria, café à la main et allure pressée. «La machine ne vous respecte pas. Vous n'avez pas besoin d'un cellulaire. Vous avez besoin d'un câlin», scandaient-ils. D'autres pratiquaient le yoga, pieds nus sur les pavés.

La plupart des passants semblaient amusés ou touchés par cette occupation du square Victoria, rebaptisé «place du Peuple». Certains promettaient même d'amener un peu de nourriture pour la cuisine collective après les heures de bureau.

Les indignés mettent un soin minutieux à ne pas entraver la circulation et à ne pas causer des gestes d'incivilité qui pourraient leur valoir des ennuis avec la police. Ils vont même jusqu'à cesser le bruit à 23h, à balayer le square avec plus d'ardeur que dix cols bleus et à discuter avec les policiers dans une atmosphère que l'on pourrait presque qualifier de franche camaraderie.

Paix et sécurité

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) déploie des patrouilleurs spécialisés en médiation urbaine, qui assurent un contact régulier avec les participants. «On voit qu'ils veulent que ça reste pacifique et que tout se fasse dans les règles», confirme Alec Tremblay, un policier de l'équipe de médiation urbaine rattachée au centre opérationnel sud.

À l'Hôtel de Ville, le maire Gérald Tremblay a indiqué hier que «la paix et la sécurité» devaient primer au square Victoria. «Les directives, c'est d'avoir une tolérance pour autant que la paix publique soit maintenue et que la sécurité des lieux soit adéquate, a dit le maire. En ce moment, c'est une manifestation qui, semble-t-il, est légitime et planétaire. On ne peut pas s'isoler de ce qui se passe partout à travers le monde.»

Éric Robertson, un des instigateurs de la page Facebook et du site Internet d'Occupons Montréal, est subjugué par l'ampleur du mouvement. Avec son amie Ève Baillargeon, il faisait partie des premières personnes arrivées au square, samedi dernier. En quelques heures, ils ont vu le camp monter sous leurs yeux.

Pour ces jeunes nés dans la culture numérique, ce retour à l'analogique est en soi une expérience aussi enivrante que la dénonciation des excès de la haute finance à la base du mouvement des indignés. Ève découvre la commune, telle que ses parents communistes l'ont connue dans leur folle jeunesse. «On se refait une société. On voit que c'est possible de se rassembler, et de ne pas juste rester chez nous à chialer avec deux ou trois amis», dit-elle.

Éric Robertson, qui est au coeur des stratégies de communication, se questionne sur la suite des choses. «C'est très imprévisible. On est au début de quelque chose. Mais, en même temps, est-ce qu'on ne risque pas de devenir un squat sans signification?», s'interroge-t-il.

Pas de répit à New York

À New York, où les indignés fêtaient hier leur premier mois d'occupation de Wall Street, des questions similaires émergent. Même si Occupy Wall Street n'a toujours pas formulé de revendications, l'attrait du mouvement ne se dément pas. Le président Barack Obama y a fait allusion, dimanche, lors de l'inauguration du Mémorial Martin Luther King. Le pasteur «aurait voulu que nous relevions le défi des excès de Wall Street, sans diaboliser ceux qui y travaillent», a-t-il dit.
34 commentaires
  • Nasboum - Abonné 18 octobre 2011 03 h 22

    Internet sans fil?

    On n'a pas les indignés qu'on avait...

  • Georges Allaire - Inscrit 18 octobre 2011 03 h 33

    Indignés ou indignes?

    Moins de 1% de la population prétendent représenter 99% de la population pour critiquer 1% de la population. Le monde médiatique accorde plus d'importance à ceux qui chialent dans la rue qu'à ceux qui y travaillent, aux "indignés" qui ne travaillent pas et qui se moquent des travailleurs. Sont-ils dignes de l'importance qu'on leur accorde? Ils sont plus être des quêteux d'attention que des gens qui méritent l'attention.

  • Rock Beaudet - Inscrit 18 octobre 2011 05 h 29

    Les renforts arrivent

    La prof de piano de ma fille m'a dit hier que sa jeune cousine arrive de Jonquière aujourd'hui pour venir se joindre au mouvement. J'étais là hier pour faire un don dédié. Vous pouvez donner pour le service internet, pour la nourriture, etc... le tout sous les yeux de PKP et de l'Empire Québécor Building et de la tour de la bourse pour ceux qui ne connaissent pas ce coin de la ville...

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 octobre 2011 06 h 39

    Dans ce système capitaliste dit «sauvage», y existe-t-il un...

    ...quelconque espace pour la dignité?
    J'en doute. Pire encore, je crois même y entendre :«Dignité...? Foutaise!»
    Quand le langage du «Money talks» prévaut, il reste quoi comme terrain pour l'être humain et ce qui l'habite? «Cause toujours mon lapin...»
    Il existe de ces types de cirques qui nourrissent autant le coeur, l'esprit que l'âme et...hé oui, il en existe aussi d'autres où des gestes à la Wall Street me sont totalement stériles. Je veux, le moins possible, participer à ce genre de cirque où j'y risquerais même de perdre ce qui me semble un trésor enfoui aux fins fonds de mon humanité. Et je nomme: «ma» dignité.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimosuki
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Sanzalure - Inscrit 18 octobre 2011 07 h 52

    Là de tout coeur avec eux

    Je dois travailler car plusieurs personnes dépendent de mon travail, mais je suis de tout coeur avec les indignés et souhaiterais pouvoir être avec eux sur la Place du peuple. Je pense que nous sommes très nombreux dans le même cas.

    Serge Grenier

    P.S. Pour monsieur Allaire, 99 contre 1, c'est la proportion au niveau mondial. Ici à Montréal, le ratio est plus bas à cause des personnes comme vous qui ne font partie ni de la classe dirigeante, ni de la classe dirigée (vous faite partie de quoi au juste ?).