Les refuges pour sans-abri sont bondés

L’itinérance s’est aggravée cette année à Montréal.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’itinérance s’est aggravée cette année à Montréal.

Les refuges pour sans-abri sont demeurés à pleine capacité tout l'été à Montréal, une situation inédite qui préoccupe les groupes d'aide.

En temps normal, les refuges sont utilisés entre 50 % et 80 % de leur capacité lors de la saison chaude. Cet été, il n'y a eu aucun répit. La Mission Bon Accueil (140 places) a observé une hausse de 50 % de sa fréquentation. La Maison du Père (156 places) était bondée, au point de refuser de 20 à 30 personnes tous les soirs. La Mission Old Brewery (245 places) fonctionnait aussi à pleine capacité. Les ressources pour femmes ont connu les mêmes problèmes.

La Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal a même organisé une rencontre spéciale, le 1er septembre dernier, pour y voir un peu plus clair. «Les responsables des refuges ont manifesté leurs inquiétudes devant cette situation inédite», affirme le rapport. Ils se questionnent sur leur capacité d'offrir des places suffisantes à l'approche de l'hiver.

Le chômage, l'augmentation des loyers et l'éclatement des ménages figurent parmi les principales raisons de cette recrudescence de l'itinérance. Le problème déborde des frontières de Montréal. À Trois-Rivières, le Centre le Havre a dû installer des tentes dans sa cour pour accueillir sa clientèle. Sans l'ajout de places d'urgence, les refuges ne pourront pas satisfaire à la demande cet hiver, craignent les responsables.

C'est dans ce contexte peu reluisant que se tiendra la 22e Nuit des sans-abri, vendredi prochain. Vingt-cinq villes y prendront part, un record peu enviable selon Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). «Il y a un accroissement et une aggravation de l'itinérance. Les gens ont des parcours de vie de plus en plus difficiles, et ils ont des besoins importants», dit-il.

Les «vigiles de solidarité» se déroulent cette année sur le thème de la lutte contre la pauvreté. Comme l'a démontré avec éloquence la série de téléréalité Les Naufragés des villes, il est pratiquement impossible de s'affranchir de la pauvreté avec une prestation d'aide sociale (moins de 600 $ par mois). La série a d'ailleurs reçu le prix «coup de coeur» des 25 organisateurs de la Nuit des sans-abri.

Le coût de la pauvreté est de 25 milliards par année au Canada, selon une évaluation récente du Conseil national du bien-être social. Il faudra une réelle volonté politique pour en venir à bout, estime M. Gaudreau.

Le RAPSIM entend profiter de la prochaine commission parlementaire sur le sujet, à Québec, pour revendiquer une hausse du salaire minimum de 9,65 $ à 12 $ l'heure.

Par ailleurs, le RAPSIM juge qu'il faudrait ajouter 5 millions à l'enveloppe existante de 20 millions pour répondre aux besoins en itinérance à Montréal, où la population de sans-abri aurait doublé. De 12 666 personnes en 1998, elle se chiffrerait désormais entre 25 000 et 30 000 personnes.

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