Organisation internationale du travail - L'économie informelle est un fléau planétaire

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Une coopérative laitière au Vietnam<br />
Photo: Source Socodevi Une coopérative laitière au Vietnam

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En marge du FIESS, l'Organisation internationale du travail (OIT) tiendra à Montréal sa deuxième édition de l'Académie de l'économie sociale et solidaire, du 24 au 28 octobre prochain.

Après Turin en 2010, Montréal accueillera l'Académie de l'économie sociale et solidaire, de l'Organisation internationale du travail (OIT). Quelques jours après la tenue du FIESS, cet atelier de formation annuel permettra à des praticiens, à des promoteurs, à des chercheurs et à des décideurs politiques engagés dans ce type de développement économique de partager et d'échanger différentes expériences ou méthodes utilisées dans leur coin du globe.

«Le principal objectif de l'Académie, c'est d'engendrer une meilleure compréhension des concepts. L'économie sociale et solidaire n'est pas encore un concept très bien défini», précise Roberto Di Meglio, du Centre international de formation de l'OIT, joint par téléphone à son bureau de Turin. En somme, l'OIT travaille à ce que les différents intervenants engagés dans ce type d'économie développent un vocabulaire commun et se basent sur les mêmes définitions.

Divers pays, divers visages

L'économie sociale et solidaire prend différents visages, différentes formes et différentes formules, selon qu'on se retrouve en Afrique, en Amérique latine, en Europe ou au Québec. Cette formation réunira donc une brochette très hétérogène d'acteurs engagés sous ce concept-parapluie. «Nous essayons de souligner les points communs plutôt que de nous concentrer sur les différences», explique M. Di Meglio. Cet atelier, aux dimensions internationales, répond à la volonté de l'OIT de réunir «des gens engagés dans l'économie sociale et de voir comment on peut travailler ensemble. C'est une nécessité de combiner nos efforts et nos ressources», insiste-t-il.

Pour bien fixer des repères, l'Académie de l'OIT construit ses formations à partir d'un manuel de l'économie sociale et solidaire basé sur les conseils, les lignes directrices et les orientations techniques formulées par le Bureau international du travail (BIT).

L'Académie vise ainsi à rendre les participants capables de se reporter aux lois, aux politiques, aux environnements, aux outils et aux démarches favorables à l'émergence de l'économie sociale pour les appliquer ou les adapter adéquatement, une fois de retour dans leur pays. Plusieurs secteurs auxquels l'OIT demeure sensible seront au menu des échanges, comme la création d'emplois, la protection sociale, le «dialogue social», les «emplois verts», l'économie informelle et le développement local.

Pour un engagement


La première édition, à laquelle a participé Nancy Neamtan, présidente-directrice générale du Chantier de l'économie sociale, s'est révélée être un succès assez important pour que l'OIT répète l'expérience. Mais Robert Di Meglio reconnaît qu'il y a des améliorations à apporter, comme celle consistant à encourager davantage l'engagement des participants avant l'ouverture de l'Académie. «On travaille avec des ressources très limitées», admet Roberto Di Meglio.

Cette année, l'OIT profitera de l'élan qui sera donné par le FIESS, auquel l'OIT participera. D'ailleurs, José Manuel Salazar-Xirinachs, directeur exécutif de l'OIT, devrait y être présent lors d'une table ronde sur le rôle des institutions et des organisations internationales dans le développement de l'économie sociale. «Le Forum a le potentiel pour devenir un important moment de rencontres pour les acteurs de l'économie sociale [provenant] des différentes parties du monde», considère M. Di Meglio, à propos de cet événement qui en est à sa première édition. Ce dernier sera d'ail-leurs présent à Montréal durant le FIESS pour effectuer du réseautage.

Bien qu'il admette que sa connaissance des entreprises d'économie sociale canadiennes et québécoises s'avère limitée, il dit savoir qu'il se trouve ici «un mouvement très dynamique qui travaille sur ces questions» et qu'«il y a plusieurs expériences très intéressantes», plus particulièrement du côté des «organisations dédiées au développement local».

L'économie sociale: une clé vers le travail décent

Depuis un bon moment, l'OIT s'affiche comme l'un des grands promoteurs de l'économie sociale et solidaire sur la scène internationale. Le travail décent demeure une de ses priorités et ce modèle novateur de développement économique semble constituer, dans bien des cas, une clé pour atteindre cet objectif. «On trouve que l'économie sociale concorde vraiment bien avec notre mission, qui est de créer de bonnes conditions pour le travail décent», dit M. Di Meglio.

La déclaration de l'OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable clame d'ailleurs que «des entreprises productives, rentables et durables, conjointement avec une économie sociale solide et un secteur public viable, sont indispensables à un développement économique et à des possibilités d'emploi durables».

En période de crise, l'économie sociale est perçue plus que jamais comme l'une des solutions pour sortir du marasme. «Il ne faut pas seulement parler de ces questions. C'est le temps d'entreprendre des actions», interpelle-t-il.

Alors que s'aggravent le chômage, l'exclusion, la pauvreté, les inégalités et les changements climatiques, Roberto Di Meglio croit fermement «que ce modèle [d'économie sociale] peut être l'un des instruments, des outils, des mécanismes pour faire face à ce genre de situation».

Mettre fin à l'économie informelle

L'OIT considère aussi que l'économie sociale peut devenir un remède pour contrer les dérives de l'économie informelle, un secteur auquel l'organisation s'attaque à cause des piètres conditions qu'il impose à ceux qui y travaillent en dernier recours. «L'économie informelle, dans beaucoup de régions du monde, représente plus de 50 % des emplois. On pense que l'économie sociale peut être un pont, un outil, pour tous ces gens qui veulent faire une transition de l'économie informelle — sans travail décent — à l'économie formelle.»

Du point de vue de l'OIT, l'implantation d'une entreprise d'économie sociale, au-delà de l'amélioration des conditions de travail, peut engendrer des répercussions positives sur l'ensemble d'une localité. «Dans de nombreux pays, l'économie sociale fournit de l'emploi à plus de 10 % de la population active. Et les entreprises d'économie sociale ont une capacité unique d'éten-dre la protection sociale et les services sociaux à la population et aux collectivités qui ne sont pas protégées par un système de sécurité sociale, constate M. Di Meglio. Ce n'est pas visible, le nombre incroyable d'organisations, d'associations, d'organismes qui travaillent autour de l'économie sociale et solidaire.»

Raison de plus d'organiser l'Académie et de mettre ainsi en place un lieu de rencontres pour faire découvrir les différentes initiatives de cette mouvance.