Rapport du Conseil national du bien-être social - La pauvreté coûte cher

Une femme promène un enfant en poussette à Iqaluit, au Nunavut. En 2009, près d’un Canadien sur dix vivait sous le seuil de la pauvreté. Parmi les groupes les plus touchés, on retrouve notament les femmes et les autochtones.<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark Une femme promène un enfant en poussette à Iqaluit, au Nunavut. En 2009, près d’un Canadien sur dix vivait sous le seuil de la pauvreté. Parmi les groupes les plus touchés, on retrouve notament les femmes et les autochtones.

En ne réglant pas les problèmes de pauvreté à la source, le Canada dépense beaucoup d'argent à la mauvaise place. C'est la conclusion du Conseil national du bien-être social (CNB), dans un rapport publié hier. L'organisme gouvernemental estime que les conséquences de la pauvreté coûtent annuellement 25 milliards de dollars, alors qu'il n'en faudrait que la moitié pour que tous les Canadiens puissent vivre au-dessus du seuil de la pauvreté. «Il faut arrêter de considérer l'élimination de la pauvreté comme une dépense, mais plutôt comme un investissement», déclare Glen Sepherd, membre du CNB.

L'organisme cite comme exemple les coûts élevés associés à l'itinérance: refuges, banques alimentaires, soins de santé, services policiers, frais juridiques. À Calgary, une place dans un refuge pour itinérants coûte annuellement 42 000 $ au gouvernement et l'hébergement en prison ou en hôpital psychiatrique s'élève à 120 000 $ par personne. Par contre, il ne faut que 15 000 $ par an pour subventionner une place dans un logement supervisé et la moitié pour un logement à prix modique. Le CNB relève que, pour une personne incapable de payer une amende de 150 $, les frais d'incarcération s'élèvent à... 1400 $. M. Sepherd ajoute que les familles qui ne peuvent se payer des médicaments se rendent plus souvent à l'urgence, un des services de santé les plus onéreux.

Les personnes en situation de pauvreté contribuent aussi moins à l'économie. Selon le CNB, un individu qui ne peut se loger ni manger à sa faim doit dépenser beaucoup d'énergie simplement pour survivre. Il lui est plus difficile de chercher un emploi ou de retourner aux études pour améliorer sa situation.

Repenser l'aide sociale

Le Conseil national du bien-être social croit que l'aide sociale, dans sa forme actuelle, n'est pas efficace pour lutter contre la pauvreté. L'organisme souligne que les prestataires d'aide sociale doivent être «presque complètement démunis» avant d'y avoir droit et que les restrictions associées «empêchent les gens d'avancer». Selon M. Sepherd, un individu qui commence à travailler à temps partiel, et perd de ce fait les avantages reliés à l'aide sociale, peut se retrouver dans une situation encore plus précaire. «Tout le monde veut travailler, insiste M. Sepherd, mais il faut soutenir les gens pour les aider à devenir indépendants, par exemple en facilitant l'accès au transport ou aux garderies.»

Dans les années 1970, la Ville de Dauphin, au Manitoba, a testé un programme de revenu annuel garanti, qui fut un succès, selon le CNB. Ce programme assurait automatiquement un revenu minimum aux ménages à faible revenu. Parmi les résultats, on a noté une baisse du nombre de visites à l'hôpital et une hausse du taux d'obtention du diplôme d'études secondaires. M. Sepherd croit que ce genre de mesure devrait être reconsidéré aujourd'hui. «Certains croyaient que ça inciterait les gens à arrêter de travailler, mais c'est tout le contraire qui s'est produit», explique-t-il. Une étude américaine estime qu'une telle mesure coûterait 397 milliards de dollars, à l'échelle nationale, mais en ferait économiser le quadruple.

En 2009, près d'un Canadien sur dix vivait sous le seuil de la pauvreté. Parmi les groupes les plus touchés, on retrouve les femmes, les immigrants, les autochtones et les personnes souffrant d'un handicap physique ou mental.
6 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 29 septembre 2011 10 h 11

    Bouleversant!

    À qui donc profite la pauvreté?
    Ne pas vouloir la résoudre malgré ses coûts élévés, pourquoi?

    Une explication dans ce texte paru hier "De l'État et du marché":
    "Les néolibéraux sont convaincus que les gens qui sont pauvres sont en grande partie responsables de leur sort. Leurs mauvaises habitudes, leur manque de planification, leurs errances de jugement expliquent leur condition misérable. L'État ne devrait pas intervenir. Les programmes d'aide sociale et autres sont injustes en ce qu'ils prélèvent de l'argent durement gagné chez ceux qui sont diligents et prudents pour financer les mauvaises habitudes de gens qui manquent de discipline et de retenue", disent Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu.
    Punir les pauvres d'être pauvres parce qu'ils le méritent...N'est-ce pas un vestige de la loi de la jungle?

  • Serge Manzhos - Inscrit 29 septembre 2011 10 h 33

    économiser 1.6 trillion

    397 milliards de dollars et en ferait économiser le quadruple? La taille de l’économie canadienne est de l'ordre de 1.6 trillion. Avez-vous même pense un peu a ce que vous avez écrit? Et si expérience de la Ville de Dauphin était un tel succès, pourquoi il ne se serait pas répandu et survécu?

  • Sisto Sanchez - Inscrit 29 septembre 2011 11 h 11

    Les conséquences de la pauvreté coûtent annuellement 25 milliards de dollars au Canada, alors qu'il n'en faudrait que la moitié pour la combattre

    On pourrait penser un moment de refléxion collective, sur le rôle des concernés et l'implication des organismes divers dans leur lutte au front commun pour trouver des idées, des propositions, des iniciatives sous l'humble considération de la consultation publique, ainsi que une changement global de politiques gouvernernamentales dans ses programmes(le circle vicieux des programmes de reinsertion temporaile, duquel, les prestataires de l'aide de dernier recours qui essaient de sen sortir et participer activemente dans notre société, selon ses moyens, ses capacités, ses aptitudes et ses limites, comme toute autre personne, ne se trouvent suvant dans les filets de la machine bureaucratique sans espoir de sans sortir adécuatement, ni se développer, parmis ses efforts. Aussi, il faudra voir les expériences à travers le monde sur des projects et des iniciatives qui ont donnée un résultat adéquat, dans la réalité, les besoins, les attentes, voire les demandes et révindications sociales et communautaires pour le bien-être de tous et toutes...
    Sisto Sanchez

  • Lauran A. - Inscrit 29 septembre 2011 11 h 31

    Un coquille

    Le montant de 397 est effectivement un peu farfelu : 39,7 serait par contre tout à fait sensé.